La compagnie low-cost Ryanair a annoncé une réduction majeure de son offre en Espagne pour l’hiver 2025-2026. En pleine querelle avec le gestionnaire public des aéroports, Aena, le transporteur irlandais prévoit de supprimer plus d’un million de sièges cet hiver et menace déjà de retirer un million supplémentaire l’été prochain.
Des coupes sévères dans les aéroports régionaux
Les réductions toucheront principalement les dessertes régionales et les destinations hivernales prisées comme les Canaries. Ryanair va fermer sa base de deux avions à Santiago de Compostela et suspendre l’ensemble de ses vols vers Vigo à compter du 1er janvier 2026. Les liaisons avec Tenerife Nord seront également stoppées dès le début de la saison hivernale.
Plusieurs autres aéroports enregistreront des baisses notables :
- Zaragoza : –45 %
- Santander : –38 %
- Asturias : –16 %
- Vitoria : –2 %
Les bases de Valladolid et de Jerez, déjà fermées, resteront inactives tout l’hiver. Au total, 36 routes reliant l’Espagne régionale et les Canaries disparaissent, entraînant une baisse de 10 % de capacité vers l’archipel et de 41 % vers le reste du pays.
Si les coupes concernent surtout les petites plateformes, Ryanair assure maintenir sa croissance dans les grands hubs de Madrid et Barcelone.
Une bataille autour des redevances aéroportuaires
À l’origine de ce bras de fer : la décision d’Aena d’augmenter de 6,62 % ses redevances aéroportuaires à partir de mars 2026, soit environ 0,68 € par passager. L’opérateur, détenu à 51 % par l’État espagnol, justifie cette hausse par les règles en vigueur et rappelle que ses tarifs restent compétitifs en Europe.
Ryanair, au contraire, dénonce une mesure « excessive » et « injustifiée », alors qu’Aena a enregistré des profits records en 2025. Eddie Wilson, directeur général de Ryanair DAC, a fustigé une décision qui « est la dernière preuve que l’opérateur aéroportuaire monopolistique n’a aucun intérêt à développer le trafic dans les aéroports régionaux espagnols, et veut simplement continuer à engranger des profits records depuis les grands aéroports du pays ».
Le ton est encore plus tranchant du côté du PDG Michael O’Leary : « Si le gouvernement espagnol ne parvient pas à persuader Aena de reculer, alors je n’ai de toute façon aucune envie de les contenter. » Il accuse l’opérateur d’avoir « une approche monopolistique des prix » où « tout le monde paie les mêmes frais à Barcelone qu’à des aéroports mickey mouse ».
Face à ces critiques, Aena contre-attaque. Son président, Maurici Lucena, a qualifié Ryanair d’« impertinent » et a dénoncé une vision « perturbante et ploutocratique » de la politique. Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a lui aussi pris la défense d’Aena en accusant Ryanair de « chantage ».
Quelles conséquences pour les voyageurs ?
Pour les passagers européens, l’impact sera immédiat : moins d’options de vols low-cost vers l’Espagne cet hiver et une probable hausse des prix sur les lignes restantes. Les voyageurs souhaitant rejoindre les régions les plus reculées risquent d’être particulièrement affectés par ces réductions.
Cette décision inquiète aussi les autorités locales et les acteurs du tourisme, qui redoutent une perte de connectivité, de visiteurs et d’emplois. Ryanair, qui affirme contribuer à hauteur de 28 milliards d’euros au PIB espagnol, estime que ces coupes « vont inévitablement entraîner une perte d’investissement, de connectivité, de tourisme et d’emplois dans l’Espagne régionale ».
Une stratégie de redéploiement
Si Ryanair réduit la voilure en Espagne, la compagnie ne diminue pas pour autant son activité en Europe. Une partie des sièges supprimés a déjà été redirigée vers Málaga et Palma de Majorque, tandis que d’autres renforcent les opérations en Italie, au Maroc, en Croatie, en Suède ou en Hongrie. Turin, par exemple, est en passe de devenir un hub hivernal majeur pour la compagnie dans le nord de l’Italie.
En Espagne, deuxième marché de Ryanair après l’Italie (18 % de ses revenus), le bras de fer est loin d’être terminé. Michael O’Leary a d’ores et déjà prévenu qu’il pourrait annoncer « another 1 million seats coming out next summer » si aucun compromis n’était trouvé.




