À quoi ressembleront nos vacances dans un demi-siècle ? Alors que le secteur touristique traverse de profondes mutations liées au climat, aux crises géopolitiques et aux attentes des voyageurs, l’agence Nomade Aventure a lancé le projet Destination 2075. Objectif : imaginer ce que seront les voyages dans 50 ans, en donnant la parole à des écrivains, scientifiques, explorateurs et penseurs.
Des destinations inattendues
Les grands classiques comme New York, la Thaïlande ou le Japon resteront-ils indétrônables ? Rien n’est moins sûr. Pour l’influenceur voyage Bruno Maltor, « De nouvelles contrées vont émerger, pas toujours là où on les attend ». Il cite le sud de l’Angola, les plateaux du Bénin, les forêts du Gabon ou encore les marais de Pologne.
Le directeur général de Nomade Aventure, Fabrice Del Taglia, parie aussi sur le Gabon, qu’il décrit comme un futur « Costa Rica africain », grâce à sa nature exceptionnelle et à la richesse de ses traditions. D’autres pays comme l’Uruguay, le Paraguay, le Zimbabwe ou la Bosnie-Herzégovine pourraient également tirer leur épingle du jeu, à condition d’investir dans leurs infrastructures touristiques.
À l’inverse, certaines icônes risquent de disparaître des cartes de vacances : Venise, Jakarta ou la Vallée de la Mort sont déjà menacées par le réchauffement climatique. Des territoires plus frais – Scandinavie, Groenland, Irlande, Écosse ou Alpes – pourraient devenir les nouvelles stars de demain.
Voyager moins, voyager mieux
La rareté des déplacements est un autre scénario envisagé. L’écrivain Thibaut Labey imagine un système inspiré d’Erasmus : si un voyageur français part au Cambodge, un Cambodgien vient en France, instaurant une logique de réciprocité. « En 2075 on voyage moins mais on voyage mieux », résume-t-il.
Jacques Attali va plus loin, prédisant la fin des séjours « jetables » : « Chaque voyage deviendra rare comme un serment, lourd comme une responsabilité, léger comme une déclaration d’amour. (…) L’empreinte de chaque kilomètre pèsera si lourd qu’un seul déplacement deviendra un événement. »
Dans cette logique, le tourisme pourrait devenir plus long, plus engagé et surtout porteur de sens.
Du tourisme utile à l’immobile
Le concept de tourisme utile est largement évoqué par les experts. L’éthologue Valérie Valton plaide pour un tourisme animalier au service de la préservation des espèces. « Considérer que tout ce qui est lointain ne nous appartient pas, c’est croire que notre impact, finalement, importe peu. Au contraire, nous devrions vivre le tourisme animalier comme s’il s’agissait d’une invitation à venir prendre soin de notre jardin commun. »
Dans cette perspective, l’éco-participation (collecter des données scientifiques lors d’une sortie en mer par exemple) pourrait remplacer les expériences intrusives comme « nager avec les dauphins ».
Parallèlement, le tourisme virtuel devrait se développer, offrant des expériences immersives grâce aux technologies sensorielles. Déjà, l’écrivain de science-fiction Laurent Genefort a imaginé un « Serengeti virtual tour » permettant de suivre la grande migration africaine depuis chez soi.
Le rêve spatial… ou terrestre ?
Et le tourisme spatial ? Longtemps fantasmé, il séduit encore les milliardaires. Mais pour l’astronaute Jean-Pierre Haigneré, il s’agit surtout d’un mirage : extrêmement coûteux, polluant et réservé à une élite réduite. « Pour mettre un appareil en orbite, l’accélération nécessaire est de 7 km par seconde, contre 1 km/s pour un vol suborbital. (…) Cela signifie qu’il faut dépenser 50 fois plus d’énergie, et donc générer 50 fois plus de pollution. »
En revanche, les sites terrestres liés à l’espace, comme le Centre spatial de Kourou en Guyane, devraient connaître un essor, en contribuant à faire rêver le public et à susciter des vocations.
Entre espoir et incertitudes
Si les experts divergent sur les formes exactes que prendra le voyage en 2075, tous s’accordent sur un point : le tourisme de demain sera profondément transformé. Moins fréquent mais plus réfléchi, plus responsable et probablement plus local, il pourrait redonner au voyage un caractère rare et précieux.
Reste à savoir si les voyageurs de 2075 accepteront de troquer les week-ends express à l’autre bout du monde contre des expériences plus longues, plus immersives et parfois… immobiles.




