Voyager aux quatre coins du globe sans contrainte de visa reste un privilège inégalement réparti selon la nationalité. Le dernier classement Henley des passeports, publié en juillet 2025, met en lumière les profondes disparités en matière de liberté de circulation à travers le monde. Et cette année encore, l’Asie tire son épingle du jeu.
Singapour en tête, l’Europe résiste
Pour la deuxième année consécutive, Singapour décroche la première place du classement avec 193 destinations accessibles sans visa ou avec un visa délivré à l’arrivée. Un résultat qui confirme la montée en puissance diplomatique et économique de la cité-État. Le Japon, longtemps indétrônable, partage désormais la deuxième place avec la Corée du Sud, permettant à leurs citoyens de visiter 190 pays sans visa préalable.
Sur la troisième marche du podium, on retrouve un bloc européen solide : France, Allemagne, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande et Italie permettent à leurs ressortissants de voyager dans 189 pays sans visa. Un score élevé qui confirme la stabilité des passeports européens, bien qu’une légère érosion soit perceptible.
La France recule mais reste dans le peloton de tête
Si la France avait brièvement retrouvé le sommet du classement début 2024, elle glisse d’une place cette année. Elle reste néanmoins bien positionnée, dans un groupe européen très représenté dans le top 10. En 2023, la France n’occupait que le sixième rang ; cette progression récente témoigne d’une diplomatie active et d’accords bilatéraux efficaces.
États-Unis : une lente chute vers le bas du classement
Autre fait marquant : les États-Unis poursuivent leur déclin, désormais à la 10e place, avec seulement 182 destinations accessibles sans visa. Un recul constant depuis leur première place atteinte il y a dix ans. Pour Henley & Partners, ce glissement s’explique par une politique migratoire de plus en plus restrictive.
« Tandis que les économies émergentes libéralisent leurs politiques de visas et renforcent leur influence diplomatique, les anciennes puissances de la mobilité adoptent des approches plus restrictives », analyse Henley & Partners dans un communiqué.
Un constat similaire concerne le Royaume-Uni, classé sixième avec un accès sans visa à 186 pays. Ces deux puissances, longtemps dominantes, semblent perdre du terrain face à des nations plus agiles sur la scène diplomatique.
L’indice Henley : comment est-il calculé ?
Mis à jour chaque trimestre, le Henley Passport Index repose sur les données de l’Association internationale du transport aérien (IATA). Il prend en compte 199 passeports et 227 destinations. Le score attribué à chaque pays correspond au nombre de destinations accessibles sans visa, ou avec un visa à l’arrivée, dans les conditions suivantes : passeport valide, citoyenneté adulte, séjour touristique ou professionnel de minimum trois jours.
Les passeports diplomatiques, les exigences sanitaires ou de solvabilité, ainsi que les autorisations électroniques mineures (comme l’ETA ou l’ESTA) ne sont pas considérés comme des restrictions dans le calcul du classement.
Les passeports les plus restrictifs : Afghanistan, Syrie, Iraq
À l’autre bout du classement, la liberté de mouvement reste extrêmement limitée. Les ressortissants afghans ne peuvent entrer sans visa que dans 25 pays, contre 193 pour les Singapouriens – soit un écart de 168 destinations. La Syrie (27 pays), l’Iraq (30) et le Yémen (32) complètent la fin de ce tableau, illustrant les difficultés géopolitiques majeures de ces régions.
Une dynamique à surveiller
Derrière le podium, plusieurs pays européens comme la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal et la Suède restent très bien classés avec un accès à 188 destinations. La Grèce, la Nouvelle-Zélande et la Suisse suivent de près (187), devant le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada ou encore la Pologne.
À noter également la progression de certaines puissances émergentes. L’Inde, par exemple, a gagné huit places pour se hisser à la 77e position, avec un accès à 59 destinations. La Chine, quant à elle, est passée du 94e au 60e rang en dix ans, un bond notable malgré l’absence d’exemption de visa pour l’espace Schengen.
Le top 10 des passeports les plus puissants en 2025 :
- Singapour – 193 destinations (sur 227 pays/territoires pris en compte par Henley & Partners)
- Japon, Corée du Sud – 190 destinations
- France, Allemagne, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Italie – 189 destinations
- Autriche, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Suède – 188 destinations
- Grèce, Nouvelle-Zélande, Suisse – 187 destinations
- Royaume-Uni – 186 destinations
- Australie, Hongrie, Malte, Pologne, République tchèque – 185 destinations
- Canada, Estonie, Émirats arabes unis – 184 destinations
- Croatie, Slovaquie, Slovénie, Lettonie – 183 destinations
- États-Unis, Islande, Lituanie – 182 destinations
Le classement Henley reste un baromètre incontournable de la puissance diplomatique des nations. Si Singapour s’impose désormais comme leader incontesté de la mobilité mondiale, l’Europe maintient une présence forte dans le top 10. Les États-Unis, eux, voient leur influence s’éroder dans ce domaine stratégique. Un rappel que la liberté de voyager n’est pas universelle – elle dépend plus que jamais de la nationalité inscrite sur son passeport.




