Longtemps première destination des voyageurs canadiens, les États-Unis connaissent un net recul de leur attractivité auprès de leur voisin du nord. Les dernières données publiées par Statistique Canada révèlent une baisse historique des déplacements en 2025, conséquence d’un climat politique tendu entre Ottawa et Washington. Dans le même temps, les Canadiens n’ont pas renoncé à voyager : ils privilégient désormais davantage leur propre pays ainsi que d’autres destinations à travers le monde.
Une chute historique des voyages vers les États-Unis
Les relations politiques entre le Canada et les États-Unis ont eu un impact direct sur les habitudes de voyage des Canadiens. Selon les chiffres publiés par Statistique Canada, les déplacements vers les États-Unis ont reculé d’environ 25 % en 2025 par rapport à l’année précédente.
Cette baisse s’est traduite par une diminution importante des dépenses touristiques réalisées de l’autre côté de la frontière. Les voyageurs canadiens ont consacré environ 18,8 milliards de dollars canadiens à leurs séjours aux États-Unis en 2025, contre 22,1 milliards en 2024, soit une baisse de 3,3 milliards de dollars canadiens.
Les passages de la frontière, qu’ils soient effectués en voiture ou en avion, ont diminué durant onze mois consécutifs en 2025. Selon Statistique Canada, il s’agit de la plus longue période de recul observée en dehors de la pandémie depuis le début des relevés numériques en 1972. Le mois de juillet 2025 a enregistré les plus fortes baisses, avec près d’un tiers de passages en moins par rapport à l’année précédente.
Les tensions politiques au cœur du désamour
Cette évolution intervient dans un contexte de relations particulièrement tendues entre les deux pays depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis au début de l’année 2025.
Les nouvelles politiques commerciales de l’administration américaine, notamment les droits de douane imposés à certains secteurs industriels canadiens dans le cadre de la stratégie « America First », ont alimenté les tensions entre Washington et Ottawa.
À cela se sont ajoutées les déclarations répétées de Donald Trump évoquant une éventuelle intégration du Canada comme « 51e État » américain. Ces propos ont été vivement rejetés par le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a rappelé que « le Canada n’est pas à vendre ».
Selon Statistique Canada, ce contexte a entraîné un changement brutal du sentiment des voyageurs canadiens vis-à-vis des États-Unis.
Les Canadiens continuent de voyager… mais ailleurs
Cette baisse ne traduit pas une diminution générale des voyages. Au contraire, les Canadiens ont largement reporté leurs vacances vers d’autres destinations.
En 2025, les 7,1 millions de voyages en moins vers les États-Unis ont été compensés en grande partie par 5,1 millions de déplacements supplémentaires à l’intérieur du Canada ainsi que par 1,3 million de voyages additionnels vers d’autres pays.
Les dépenses consacrées aux destinations situées hors des États-Unis ont progressé de 3,6 milliards de dollars canadiens pour atteindre 22,8 milliards en 2025.
L’Europe et l’Asie figurent parmi les principales bénéficiaires de cette réorientation. Les voyages des Canadiens vers les pays européens ont progressé d’environ 14 %, tandis que ceux vers l’Asie ont augmenté de près de 17 %.
Cette évolution illustre une diversification des choix de destinations plutôt qu’un recul de l’envie de voyager.
Un impact économique pour le tourisme américain
Le Canada représente traditionnellement le premier marché émetteur de visiteurs internationaux vers les États-Unis. La baisse de fréquentation observée en 2025 constitue donc un manque à gagner significatif pour l’industrie touristique américaine.
Les milliards de dollars de dépenses perdues concernent principalement les voyages de loisirs, qui constituent l’essentiel du recul enregistré.
De son côté, la Maison Blanche défend le bilan touristique de l’administration Trump. Sa porte-parole Anna Kelly estime que les politiques menées ont renforcé l’attractivité du pays, mettant notamment en avant l’organisation de grands événements internationaux comme la Coupe du monde de football de la FIFA ou les Jeux olympiques de Los Angeles.
Les prochaines statistiques de fréquentation permettront de mesurer si l’arrivée accrue de visiteurs venus d’autres régions du monde compense en partie le recul des touristes canadiens.
Une tendance qui se prolonge en 2026
Les premiers chiffres disponibles pour 2026 montrent que cette nouvelle dynamique se poursuit. Les retours de Canadiens depuis les États-Unis restent proches des niveaux observés à la fin de l’année 2025.
Statistique Canada relève toutefois un léger ralentissement de la baisse au printemps 2026, essentiellement grâce à une reprise des déplacements en voiture. Les voyages en avion, en revanche, demeurent nettement en retrait.
Ces données confirment que le changement des habitudes de voyage ne relève pas d’un simple phénomène ponctuel. Pour de nombreux Canadiens, les vacances aux États-Unis ont laissé place à une offre plus diversifiée, entre découverte de nouvelles destinations internationales et redécouverte de leur propre pays.




