La métropole de Montpellier poursuit sa lutte contre la flambée des locations touristiques de courte durée. Dans les prochaines semaines, la durée maximale de location d’une résidence principale sera abaissée de 120 à 90 jours par an, conformément à une délibération votée en conseil municipal le 16 octobre. Une mesure emblématique d’une politique plus large visant à favoriser l’accès au logement et à lutter contre la spéculation immobilière.
Une application directe de la loi Le Meur
Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la loi Le Meur de 2024, qui offre aux collectivités (voir ici les actions mises en place par la commune de La Rochelle) de nouveaux leviers pour réguler le marché des meublés de tourisme. Claudine V., vice-présidente de la Métropole déléguée à l’habitat, a rappelé les principales dispositions : « la limitation à quatre ans, non renouvelables, de la durée de validité des autorisations temporaires sans compensation ; la création d’une zone à quota ; mais aussi l’abaissement de la durée maximale de location de 120 à 90 jours par an pour la location des résidences principales ».
Une décision « raisonnable et raisonnée », selon la mairie
Pour la municipalité, cette réduction vise à rétablir un équilibre entre les différents usages du logement et à soutenir le secteur hôtelier local. « Passer de 120 jours à 90 jours nous paraît quelque chose de raisonnable et raisonné », estime Laurent N., adjoint au maire en charge de l’espace public et de l’urbanisme. « Montpellier, ce n’est pas la ville du Airbnb », ajoute-t-il, rappelant la volonté de la ville de permettre aux « hôtels d’exercer leur métier ».
Outre cette limitation, la Métropole a instauré un quota de logements touristiques dans l’hypercentre, désormais fixé à 770 logements contre près de 6 000 auparavant. Désormais, toute nouvelle autorisation devra attendre qu’une place se libère. Autre mesure : l’interdiction de transformer en location meublée touristique les logements ayant bénéficié d’une aide publique ou d’un dispositif d’accession à la propriété. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 100 000 euros.
Des propriétaires désemparés face à la perte de revenus
Sur le terrain, la décision fait grincer des dents. Certains propriétaires craignent un manque à gagner important. Mathieu, propriétaire d’une maison dans le centre-ville, explique au micro du Figaro : « C’est presque un quart du temps que je ne pourrai plus louer. Ça représente une perte financière assez importante. Et c’est vrai que je ne comprends pas cette décision. J’entends que la mairie souhaite faciliter l’accès au logement. Du coup, moi ces 30 jours qui me sont retirés ne seront pas mis sur le marché donc je ne vois pas ce que ça va changer. »
Professionnel du secteur et gérant d’une conciergerie, il partage l’avis de Sarah, cheffe d’entreprise montpelliéraine : « On tape à nouveau sur les petits propriétaires qui essaient de faire 3 sous. Ce sont les familles, par exemple, qui ont leur maison à l’année et qui partent l’été et aussi deux semaines à la Toussaint. Pour eux, pouvoir louer c’est vraiment un gain. » Elle s’interroge aussi sur la direction prise par la municipalité : « On a sincèrement l’impression en tant que professionnels qu’on veut lentement rayer de la ville les locations à courte durée. »
Une volonté politique assumée
Pour Montpellier, l’objectif est clair : rééquilibrer le marché immobilier dans un contexte de forte tension sur le logement. En restreignant la location touristique, la Métropole espère libérer davantage de biens pour la résidence à l’année et contenir la hausse des loyers.
Reste à savoir si cette stratégie produira les effets escomptés, ou si elle accentuera le sentiment de frustration des petits propriétaires, déjà nombreux à estimer qu’ils font les frais d’une régulation et de mesures fiscales de plus en plus strictes.




