L’Islande connaît une fréquentation touristique sans précédent. De janvier à septembre 2025, le pays a accueilli près de 1,8 million de visiteurs internationaux, un chiffre supérieur à celui enregistré avant la pandémie. Ce regain d’activité pousse les autorités à envisager une augmentation “considérable” de la taxe touristique, afin de financer la préservation de son environnement fragile.
Une fréquentation au plus haut
Connue comme le “pays du feu et de la glace”, l’Islande séduit par ses paysages spectaculaires : geysers, volcans, glaciers, cascades et aurores boréales attirent des visiteurs du monde entier. Selon Statistics Iceland, le nombre de touristes étrangers a progressé de 2,2 % entre 2023 et 2024, puis de 3,5 % supplémentaires sur les douze mois glissants jusqu’à septembre 2025.
Cette dynamique se traduit également par un taux d’occupation record dans les hôtels et maisons d’hôtes, et une forte hausse du chiffre d’affaires des secteurs liés au tourisme.
Cette popularité contraste avec certaines analyses pessimistes publiées ces derniers mois. Certains médias évoquaient une baisse de fréquentation liée au coût de la vie élevé, mais les données officielles montrent au contraire que le tourisme islandais bat de nouveaux records, malgré la faillite de la compagnie low-cost Play et l’éruption du volcan Sundhnúksgígar.
Une réussite économique, mais des pressions environnementales
Le tourisme représente environ 7,8 % du PIB islandais. Cependant, cet essor a un revers : dégradation des routes, pression sur les sites naturels et accumulation des déchets. L’ex-première ministre Katrin Jakobsdottir soulignait déjà en 2023 sur Bloomberg “l’importance d’agir pour limiter l’impact environnemental” du tourisme.
Pour tenter d’y remédier, le gouvernement a réintroduit en janvier 2024 une taxe d’hébergement : 600 ISK (environ 4,24 €) par nuitée en hôtel, moitié moins pour les campings, et une taxe supplémentaire de 1 000 ISK (7 €) pour les passagers de croisières.
Mais pour Jóhann Viðar Ívarsson, analyste à l’office du tourisme islandais, ces montants restent trop faibles :
“Ces frais ne rapportent pas de grandes sommes dans les caisses de l’État, et il est difficile d’établir un lien entre la taxation et les contributions à la durabilité du tourisme.”
Selon lui, “le gouvernement actuel prévoit de proposer une taxe touristique considérablement plus élevée dans les prochaines semaines.”
“Le secteur est une success story et les autorités veulent avoir une plus grande part de la valeur ajoutée”, ajoute-t-il.
Des contrastes sur le marché touristique
Malgré ces chiffres impressionnants, certains signes de ralentissement subsistent. Selon The Telegraph, le nombre de visiteurs britanniques et américains, historiquement les plus nombreux, aurait légèrement diminué. Les analystes évoquent l’inflation et le coût élevé des séjours en Islande, où un simple déjeuner peut dépasser 30 euros et une bière coûte souvent plus de 10 euros à Reykjavik.
La faillite de la compagnie low-cost Play, six ans après celle de Wow Air, a également fragilisé le marché aérien islandais. Ces compagnies misaient sur la position stratégique du pays entre l’Europe et l’Amérique pour proposer des vols transatlantiques à bas prix. Mais la demande insuffisante a mis fin à leur ambition.
Icelandair, la compagnie nationale, continue toutefois d’assurer des liaisons entre les États-Unis et l’Europe, avec la possibilité d’un stopover à Reykjavik.
Vers un tourisme mieux réparti
Face à la surfréquentation de certains sites emblématiques, l’office du tourisme islandais encourage les voyageurs à explorer des régions moins connues, comme les Westfjords, situés à l’extrême ouest du pays.
“On y trouve certaines de nos plus magnifiques montagnes et fjords côtiers et la nature est belle et majestueuse, avec de petits villages de pêcheurs blottis près de la côte, sous des flancs de montagnes escarpés”, décrit Jóhann Viðar Ívarsson.
Cette région isolée, habitée par seulement 7 000 personnes, offre une expérience plus authentique et contribue à désengorger les zones touristiques les plus fréquentées.
Un équilibre à trouver
Entre croissance économique et préservation environnementale, l’Islande cherche à trouver un nouvel équilibre. Si les autorités souhaitent taxer davantage le tourisme, elles espèrent aussi orienter les visiteurs vers des régions plus préservées et rendre le modèle touristique du pays plus durable.
Malgré les défis, l’île nordique semble bien décidée à poursuivre son succès, tout en protégeant ce qui fait sa richesse : une nature spectaculaire et encore largement intacte.




