Longtemps considérée comme un simple plaisir associé au voyage, la cuisine vietnamienne s’impose désormais comme une véritable porte d’entrée vers la culture du pays. Forte de milliers de spécialités régionales, d’un patrimoine transmis par 54 groupes ethniques et d’une reconnaissance internationale grandissante, elle pourrait devenir l’un des principaux leviers de développement du tourisme vietnamien dans les prochaines années.
La cuisine vietnamienne, un patrimoine qui attire de plus en plus de voyageurs
Du nord montagneux aux deltas fertiles en passant par les régions côtières, le Vietnam possède une diversité culinaire exceptionnelle. Chaque territoire raconte son histoire à travers ses ingrédients, ses techniques de préparation, ses habitudes alimentaires et ses traditions.
Cette richesse commence à jouer un rôle central dans la manière dont les visiteurs découvrent le pays. La gastronomie ne se limite plus à une étape pendant un séjour : elle devient une expérience touristique à part entière, capable de révéler l’identité d’une destination.
Au Vietnam National Village for Ethnic Culture and Tourism, à Hanoï, les espaces consacrés à la cuisine figurent parmi les attractions les plus fréquentées. Les visiteurs viennent y goûter des spécialités issues de différentes communautés ethniques tout en découvrant les savoir-faire, les fêtes et les coutumes qui entourent ces plats.
Selon plusieurs acteurs du secteur, l’enjeu est désormais de faire évoluer l’approche touristique : il ne s’agit plus seulement de proposer des plats typiques, mais de raconter les histoires et les traditions qui leur donnent leur valeur.

Les expériences culinaires influencent de plus en plus les choix de voyage
La tendance dépasse largement les frontières vietnamiennes. Les voyageurs recherchent aujourd’hui davantage d’authenticité et souhaitent comprendre la culture locale à travers des expériences concrètes.
D’après les données citées par l’Association mondiale du voyage gastronomique, une grande majorité des voyageurs souhaite découvrir la cuisine locale pendant ses déplacements et une part importante de leur budget est consacrée aux expériences alimentaires.
Cette évolution se retrouve également chez les voyageurs vietnamiens eux-mêmes. Selon le rapport Travel Outlook 2026 d’Agoda, 35 % d’entre eux considèrent la gastronomie locale comme un facteur déterminant dans le choix d’une destination.
Les recherches effectuées sur la plateforme montrent d’ailleurs que les principales destinations vietnamiennes recherchées combinent souvent paysages attractifs et identité culinaire forte. Les villes côtières occupent une place importante, avec des destinations comme Da Nang, Nha Trang, Vung Tau, Phan Thiet ou Ha Long.
À Da Nang, les visiteurs associent les plages et les paysages urbains aux spécialités locales comme le mì Quảng, les soupes de nouilles au poisson ou les fruits de mer frais. À Nha Trang, les nouilles à la méduse et les rouleaux de porc grillés de Ninh Hoa font partie des expériences incontournables. À Ha Long, la découverte du site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO s’accompagne souvent d’une dégustation du célèbre pâté de calamar de Quang Ninh.
Huê, exemple d’une destination qui mise sur son identité gastronomique
Parmi les villes vietnamiennes, Huê apparaît comme l’un des meilleurs exemples de transformation de la cuisine en véritable produit touristique attractif.
Ancienne capitale impériale, la ville ne séduit plus uniquement par ses palais, ses monuments et son patrimoine historique. Sa gastronomie devient progressivement un argument majeur pour attirer les visiteurs.
Avec plus de 3 000 spécialités recensées, la cuisine de Huê se distingue par son raffinement et son lien étroit avec l’histoire de la cour impériale. La préparation des plats, le choix des ingrédients, la présentation et les rituels associés reflètent une philosophie fondée sur l’équilibre et l’harmonie.
Cette approche explique en partie le succès touristique récent de la ville. Au premier semestre, Huê a enregistré une forte progression de sa fréquentation et de ses revenus touristiques, portée notamment par ses événements culturels et son offre gastronomique.
Pour les spécialistes, la valeur de la cuisine de Huê ne réside pas uniquement dans le goût des plats, mais dans tout l’univers culturel qui les accompagne.
Passer de la dégustation à l’immersion culturelle
Malgré son potentiel, le Vietnam n’exploite encore qu’une partie de ses ressources culinaires. Dans de nombreuses destinations, l’offre touristique reste encore centrée sur la consommation de spécialités locales, sans toujours mettre en avant les histoires, les gestes et les communautés qui se cachent derrière chaque recette.
Les experts appellent donc à changer de perspective : il ne faut plus seulement « vendre des plats », mais créer des expériences participatives.
Les voyageurs pourraient ainsi être invités à découvrir les marchés traditionnels avec les habitants, visiter des zones de production, apprendre les techniques de cuisine auprès d’artisans ou participer à des fêtes locales liées aux traditions alimentaires.
Des formats comme les cours de cuisine, les circuits gastronomiques, les expériences « de la ferme à la table » ou les visites de villages artisanaux répondent à cette nouvelle demande. Ils permettent aux visiteurs de mieux comprendre la culture locale tout en générant des revenus supplémentaires pour les populations.
La cuisine devient alors un lien entre tourisme et préservation du patrimoine.
La gastronomie, un outil pour renforcer l’économie locale
Au-delà de l’attractivité touristique, le développement du tourisme culinaire représente également un enjeu économique et social.
Les producteurs locaux, les artisans, les restaurateurs et les communautés rurales peuvent bénéficier directement de cette nouvelle dynamique. En devenant acteurs et ambassadeurs de leur patrimoine alimentaire, ils contribuent à maintenir vivantes des traditions parfois menacées.
Les villages artisanaux, les marchés régionaux et les savoir-faire transmis de génération en génération représentent ainsi des ressources importantes pour construire une offre touristique durable.
Pour plusieurs spécialistes, la réussite du modèle repose sur une coopération étroite entre les autorités, les entreprises touristiques, les centres de formation, les artisans et les habitants. Des standards communs devront également être développés afin de garantir la qualité des services et répondre aux attentes des visiteurs internationaux.
Le Vietnam veut faire de sa cuisine une marque touristique nationale
Face à une concurrence accrue entre destinations asiatiques, le Vietnam souhaite désormais placer la gastronomie au cœur de sa stratégie touristique.
L’Administration nationale du tourisme vietnamienne travaille sur un projet visant à promouvoir la culture culinaire du pays à l’international pour la période 2026-2035. L’objectif est de faire de la cuisine un pilier de l’image nationale et d’améliorer la compétitivité du Vietnam sur la scène touristique mondiale.
Cette stratégie ne vise pas uniquement à faire connaître des plats emblématiques. Elle cherche surtout à raconter une histoire : celle des territoires, des populations, des traditions et des générations qui ont façonné la cuisine vietnamienne.
À terme, le pays ambitionne de figurer parmi les cinq destinations gastronomiques les plus attractives d’Asie.
Avec son immense diversité culinaire et son patrimoine culturel associé à l’alimentation, le Vietnam dispose d’un atout majeur pour séduire une nouvelle génération de voyageurs (le tout sans visa pour les touristes français !). Le défi sera désormais de transformer cette richesse en expériences authentiques, durables et mémorables.




