À Tokyo, le quartier de Shinjuku, l’un des plus fréquentés par les visiteurs étrangers, s’apprête à renforcer nettement les restrictions visant les locations touristiques de courte durée. Face à la multiplication des nuisances signalées par les habitants, les autorités locales souhaitent interdire ces hébergements dans plusieurs zones résidentielles, notamment à proximité des écoles et des sites culturels. Une décision qui illustre les tensions croissantes entre l’essor spectaculaire du tourisme japonais et la préservation de la vie quotidienne des riverains.
Près de 2 000 locations touristiques dans le viseur
Shinjuku compte parmi les quartiers les plus emblématiques de Tokyo. Entre son immense gare, considérée comme la plus fréquentée au monde, ses commerces et l’animation nocturne de Kabukicho, le secteur attire chaque année une importante clientèle internationale. Mais cette popularité a aussi profondément transformé certains quartiers résidentiels.
Selon les autorités locales, Shinjuku compte aujourd’hui autour de 4 000 hébergements de courte durée, soit près de 10 % de l’ensemble recensé au Japon. Un autre décompte cité dans la presse fait état de 3 775 logements privés, ce qui en ferait la concentration la plus importante du pays.
La nouvelle réglementation envisagée concernerait les locations déjà existantes et pourrait entraîner la fermeture d’environ 2 000 d’entre elles. Le dispositif viserait les logements situés dans les secteurs résidentiels ainsi que certaines zones proches des établissements scolaires et des lieux présentant un intérêt culturel ou patrimonial.
Les locations proposées sur les grandes plateformes spécialisées, notamment Airbnb, seraient concernées, même si le nombre exact de logements exploités via chaque plateforme n’est pas encore connu.
Des riverains confrontés à des nuisances répétées
À l’origine du durcissement, les autorités mettent en avant l’augmentation des plaintes déposées par les habitants dans les quartiers tokyoïtes. Sur l’exercice fiscal achevé en mars, leur nombre aurait progressé d’environ 40 %. Plus de 1 000 signalements ont été recensés sur l’année, tandis qu’une autre estimation évoque plus de 1 300 plaintes sur douze mois.
Les motifs invoqués sont récurrents : sacs-poubelles mal déposés, déchets abandonnés dans les rues, nuisances sonores, notamment la nuit, consommation de tabac dans des espaces où elle est interdite, mais aussi intrusions sur des propriétés privées.
Pour les habitants, le problème dépasse donc la seule question de l’hébergement touristique. Dans certains secteurs, l’arrivée rapide de visiteurs de passage modifie les habitudes du voisinage et peut compliquer le respect des règles locales, notamment celles concernant le tri et la collecte des déchets.
Face à cette situation, les mesures individuelles prises contre les exploitants jugés fautifs ne semblent plus suffisantes aux yeux des responsables du quartier. La municipalité estime qu’une modification générale de la réglementation permettrait d’agir davantage sur l’origine du problème.

La durée maximale de location devrait également diminuer
Le projet ne se limite pas à interdire certains logements. Shinjuku envisage aussi de réduire la durée pendant laquelle les locations de courte durée peuvent être exploitées dans les quartiers résidentiels.
Actuellement fixée à 180 jours par an, cette limite pourrait passer à 120 jours. L’objectif est de réduire la pression exercée par les hébergements touristiques tout en maintenant un cadre légal pour les logements qui resteront autorisés.
La révision de l’ordonnance doit encore suivre le processus local de consultation et d’adoption. Les autorités prévoient de présenter officiellement le projet et d’intégrer les éventuels retours du public avant son entrée en vigueur.
Une nouvelle étape dans la lutte contre le surtourisme au Japon
Le cas de Shinjuku s’inscrit dans un mouvement plus large au Japon. Après plusieurs années de forte croissance, le tourisme international a atteint des niveaux records. Le pays a accueilli environ 42 millions de visiteurs étrangers en 2025, un sommet historique, et le gouvernement vise désormais 60 millions de touristes internationaux à l’horizon 2030.
Cette fréquentation constitue une importante source de revenus pour l’économie japonaise, mais elle accentue aussi les tensions dans les destinations les plus populaires. À Tokyo comme à Kyoto, les habitants dénoncent notamment l’encombrement de certains espaces, les comportements jugés irrespectueux et les difficultés liées à la circulation et aux déchets.
Le phénomène touche également les sites naturels. Autour du mont Fuji, les autorités ont ainsi instauré des mesures destinées à limiter la fréquentation et à mieux encadrer les visiteurs. Dans certaines communes, des événements ont même été annulés en raison des problèmes de comportement associés à l’afflux touristique.
Kyoto montre déjà la voie
Shinjuku n’est pas le premier territoire japonais à chercher à réduire l’impact des locations de courte durée. Kyoto applique déjà un régime particulièrement restrictif : dans les zones résidentielles, les logements touristiques de type minpaku ne peuvent être loués que 60 jours par an, pendant une période située entre janvier et mars.
L’ancienne capitale impériale est elle aussi confrontée aux effets du surtourisme. La fréquentation des temples et sanctuaires, les rassemblements de visiteurs dans les quartiers traditionnels et les attroupements autour des lieux associés aux geishas alimentent régulièrement les débats sur les limites à imposer au tourisme.
Kyoto envisage également de nouvelles restrictions, notamment pour les logements touristiques nouvellement créés dans certaines zones résidentielles et industrielles.
Le Japon veut préserver ses quartiers sans renoncer au tourisme
Le débat autour des locations touristiques ne concerne toutefois pas uniquement les nuisances. Dans plusieurs grandes destinations mondiales, les plateformes de location entre particuliers sont également accusées de réduire l’offre de logements disponibles pour les résidents permanents et de contribuer à la hausse des prix immobiliers.
Le Japon cherche donc désormais à trouver un équilibre entre deux objectifs : continuer à bénéficier des retombées économiques de l’afflux de visiteurs tout en empêchant certaines zones touristiques de perdre leur caractère résidentiel.
Cette volonté s’est encore renforcée en juillet, lorsque l’Agence japonaise du tourisme a accordé aux municipalités davantage de possibilités pour réglementer les hébergements de courte durée lorsqu’ils menacent la tranquillité des habitants ou l’environnement éducatif, ou lorsqu’ils risquent de fragiliser la présence d’une population permanente et la cohésion des communautés locales.
À Shinjuku, la future interdiction pourrait ainsi constituer un précédent pour d’autres quartiers confrontés aux mêmes difficultés. Alors que Tokyo continue de figurer parmi les grandes capitales touristiques mondiales, la ville doit désormais composer avec une question devenue incontournable : comment accueillir toujours plus de voyageurs sans que leur présence ne pèse trop lourdement sur ceux qui y vivent toute l’année ?




