Depuis fin 2022, l’essor fulgurant des intelligences artificielles génératives, comme ChatGPT (OpenAI) ou Gemini (Google), transforme notre rapport à l’information. Ces outils, capables de générer des textes cohérents et contextualisés à partir de simples requêtes, trouvent désormais leur place dans le secteur du tourisme. À la clé : la promesse d’itinéraires personnalisés, de suggestions adaptées et d’une réduction significative du temps passé à organiser ses vacances.
Mais les IA sont-elles réellement prêtes à accompagner les voyageurs dans la conception de leurs séjours ? Les premiers retours permettent d’esquisser des réponses nuancées.
Des réponses rapides, mais à double tranchant
Premier constat : la rapidité de traitement des IA constitue un avantage notable. À partir de quelques indications – destination, durée, budget, mode de transport – ChatGPT ou Gemini peuvent fournir en quelques secondes un programme de voyage structuré. Pour de nombreux utilisateurs, c’est un gain de temps appréciable, notamment dans la phase de recherche initiale.
Cependant, les tests réalisés par Les Numériques ou Le Monde révèlent plusieurs failles. Les itinéraires proposés manquent souvent de fiabilité sur le plan pratique : horaires erronés, lieux mal géolocalisés, établissements inexistants ou fermés. Dans une simulation de séjour à Londres, par exemple, Gemini a recommandé de visiter le Borough Market un mardi matin, alors que ce dernier n’ouvre qu’en fin de semaine. De même, certaines suggestions mêlaient allègrement les époques ou les localisations, sans cohérence temporelle ou géographique.
Ces erreurs ne sont pas anecdotiques : elles posent la question de la vérification des sources utilisées par les IA, qui restent dépendantes de données disponibles en ligne, parfois obsolètes ou incomplètes.
Une inspiration utile, mais une exécution limitée
La plupart des utilisateurs s’accordent à dire que les IA génératives peuvent constituer un point de départ inspirant. En particulier, elles permettent d’explorer des régions peu connues, de combiner plusieurs thématiques (culture, gastronomie, nature), ou encore de structurer un itinéraire par journée. Dans un test réalisé par PhocusWire, ChatGPT a ainsi proposé un parcours cohérent de quatre jours dans le nord de l’Espagne, intégrant la visite de Bilbao, San Sebastián et Oviedo.
Toutefois, cette suggestion restait très généraliste, sans lien direct vers les hébergements, sans information tarifaire, ni indication sur les horaires de transport ou les jours d’ouverture des musées. La granularité des données fait encore défaut.
En comparaison, des outils spécialisés comme Layla, qui s’appuie également sur l’intelligence artificielle, intègrent parfois des liens directs vers des restaurants, des hôtels ou des plateformes de réservation. Mais ces outils restent encore en phase de développement et leur fiabilité n’est pas toujours supérieure à celle d’un guide traditionnel ou d’un agent de voyage.
Le rôle croissant mais encadré de l’IA dans les agences de voyages
Les professionnels du secteur ne s’y trompent pas. Certaines agences intègrent déjà des briques d’IA dans leurs processus. C’est le cas d’Evaneos, qui utilise l’IA pour analyser des millions de données issues de voyages précédents afin d’orienter les futurs clients vers les expériences les plus pertinentes. Pour Aurélie Sandler, co-directrice générale de l’entreprise, l’IA est un outil puissant à condition d’être encadré : « Elle n’a de sens que si elle est capable de proposer des itinéraires réellement sur mesure, en phase avec les préférences culturelles, le budget et les contraintes spécifiques de chaque voyageur. »
Un avis partagé par de nombreux acteurs : l’IA ne peut, à ce stade, se substituer à une expertise humaine dans l’élaboration de voyages complexes ou personnalisés.
Quelles perspectives pour les prochaines années ?
L’intégration de l’IA dans le tourisme s’inscrit dans une tendance de fond. En 2023, 55 % des voyageurs américains déclaraient vouloir recourir à des outils d’IA pour planifier leurs déplacements. Une attente forte, notamment chez les moins de 35 ans.
Pour autant, cette technologie doit encore surmonter plusieurs défis pour s’imposer comme un outil de référence :
– Actualisation des données en temps réel, en lien avec les plateformes de transport, d’hébergement et d’activités ;
– Amélioration de la contextualisation, pour éviter les itinéraires trop standardisés ;
– Interface simplifiée et intuitive, notamment pour intégrer directement les réservations ou la gestion budgétaire.
Une technologie prometteuse, mais encore incomplète ?
Les IA génératives représentent un tournant majeur dans la planification de voyage, en tant qu’outil d’inspiration et d’organisation initiale. Mais elles ne sauraient, à ce jour, remplacer totalement l’expertise humaine, notamment pour les séjours complexes, sur mesure ou hors des sentiers battus.
Leur valeur réside dans leur capacité à faire gagner du temps et à stimuler l’exploration de nouvelles idées. Mais pour un voyage fluide, sûr et fidèle aux attentes personnelles, une vérification humaine reste indispensable.




