Dans l’univers du tourisme européen, les perceptions croisées entre pays donnent lieu à une galerie de portraits à la fois amusante, instructive et révélatrice de nos biais culturels. À travers une enquête réalisée par Le Telegraph et les témoignages de professionnels du secteur et de locaux en France, en Espagne, en Italie et en Grèce, on découvre comment certains touristes sont perçus… et parfois jugés.
Les Britanniques : un mélange d’enthousiasme et d’excès
S’ils sont souvent accueillis avec chaleur, les Britanniques traînent aussi leur lot de stéréotypes. En Espagne, ils sont régulièrement associés à des comportements bruyants ou irrespectueux, surtout à la sortie des bars. Un guide de Séville témoigne : « Beaucoup de touristes britanniques arrivent ici et se comportent comme s’ils étaient dans un club à Ibiza, sans aucune considération pour l’endroit où ils se trouvent. » En Grèce aussi, leur réputation de fêtards colle à la peau, avec « des coups de soleil à la Budweiser et des cris en anglais à 3h du matin ».
Pourtant, tout n’est pas noir : en France, notamment en Dordogne, les liens historiques (et immobiliers) jouent en leur faveur. « Ils sont polis, souriants et vraiment intéressés par notre culture », affirme un restaurateur du Périgord. En Italie, leur passion pour la dolce vita est saluée, bien que leur accent reste un mystère pour bien des locaux.
Les Italiens : cousins méditerranéens pleins de charme
Les Italiens séduisent un peu partout, avec leur gestuelle expressive et leur appétit pour l’art et la gastronomie. En France, ils sont vus comme des « versions plus démonstratives des Français eux-mêmes », selon une enquête en Bourgogne. Danaé Pestel, dans le Var, loue même leur « spontanéité poétique ».
En Espagne, ils sont considérés comme des âmes sœurs culturelles. À la différence d’autres touristes, « les Italiens ne se plaignent pas des horaires de repas tardifs, ne rentrent pas dans les églises en short et sont généralement respectueux ». Même en Grèce, on reconnaît leur enthousiasme communicatif : « Ils parlent tout le temps avec les mains, et boivent beaucoup de café – ils sont comme les Grecs, mais sous amphétamines », plaisante un coiffeur.
Les Chinois : richesse et incompréhensions culturelles
Très attendus pour leur pouvoir d’achat, les touristes chinois ne laissent personne indifférent. En France, leur attrait pour les grandes enseignes de luxe est bien connu, mais leur approche du voyage – souvent rapide et axée sur le shopping – peut décevoir les puristes de la culture. Un hôtelier de la Méditerranée confie anonymement : « Tous les Chinois ne maîtrisent pas les règles de courtoisie internationales. »
En Italie, où ils constituent désormais l’un des principaux contingents de touristes, ils sont décrits comme « peu populaires » malgré leurs dépenses records. Un guide raconte : « Ils voyagent en grands groupes armés de perches à selfies avec lesquelles ils documentent chaque minute de leur voyage – même en rampant entre les jambes des gens à la Galerie des Offices. »
En Grèce, le rachat d’infrastructures par des entreprises chinoises alimente une certaine méfiance, tandis qu’en Espagne, leur discrétion est appréciée… jusqu’à ce que les exigences s’accumulent.
Les Australiens : entre respect et débordements
Chaleureusement accueillis en France – notamment dans le nord où le souvenir de la Première Guerre mondiale reste vivace –, les Australiens sont perçus comme enthousiastes et généreux. « On a perdu le compte des photos prises et des câlins reçus », affirment les propriétaires d’un musée à Bullecourt.
En Grèce, leur accent fait sourire, mais leur esprit de groupe (« mateship ») évoque celui des Grecs. L’Espagne, en revanche, est plus critique : « Les Australiens se comportent comme si notre cathédrale était une boîte de nuit », déplore un guide à Barcelone. On leur reproche aussi d’être rivés à leur téléphone, « sans aucun intérêt pour notre culture ».
Les Américains : entre admiration sincère et maladresses culturelles
Véritables éponges à culture, les Américains séduisent par leur enthousiasme. « Même après deux heures, ils restent enthousiastes et avides d’en savoir plus », note Marie-Cécile Ruault-Marmande, du musée de la Préhistoire aux Eyzies. Leur sourire permanent et leur gentillesse sont aussi soulignés en Provence.
Cependant, leur côté pratique et leur besoin de confort détonnent parfois : air conditionné indispensable, valises géantes, peu de goût pour les abats français. Et leur comportement écologique laisse à désirer : « Ils n’éteignent jamais la lumière », regrette Bernard Legal du Château de Chantore.
En Italie, les avis sont partagés. Certains guides trouvent « les Américains haut de gamme exigeants, impolis et difficiles ». D’autres les considèrent comme « bravissimi clients », qui savent apprécier l’Italie… et surtout, qui savent bien tipper.
Les Français : charme… et râleries
Les Français ont aussi leur réputation à l’étranger. En Grèce, ils sont jugés romantiques mais râleurs. « Pourquoi se plaignent-ils tout le temps ? », s’interroge un hôtelier crétois. En Espagne, ils divisent : on les trouve civilisés, mais souvent arrogants. En Italie, leur supériorité supposée en matière de gastronomie et de langue agace : « Ils ne montrent presque jamais d’enthousiasme, et semblent souvent ingrats », regrette un guide.




