Alors que l’Union européenne déploie progressivement son nouveau système d’entrée/sortie (EES) aux frontières de l’espace Schengen, les professionnels du voyage alertent sur un risque majeur de perturbations dans les aéroports européens. Entre files d’attente prolongées, correspondances manquées et inquiétudes économiques, la haute saison estivale s’annonce sous tension pour des millions de voyageurs.
Un nouveau système frontalier au cœur des inquiétudes
Le système d’entrée/sortie européen (EES) est désormais opérationnel dans les pays de l’espace Schengen. Il remplace progressivement le tampon manuel sur les passeports par un enregistrement numérique des voyageurs non européens, incluant des données biométriques telles que les empreintes digitales et la reconnaissance faciale.
Pensé pour moderniser et sécuriser les frontières européennes, le dispositif s’applique notamment aux visiteurs venant du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada, de l’Australie, mais aussi d’autres pays tiers. Son déploiement, engagé depuis le printemps, suscite toutefois de fortes inquiétudes dans le secteur du transport aérien et du tourisme.
Des délais déjà constatés dans plusieurs aéroports
Sur le terrain, les premiers effets du système se font déjà sentir. Plusieurs témoignages font état de files d’attente dépassant une heure dans certains aéroports, notamment en Italie et au Portugal. Dans certains cas, les délais peuvent atteindre deux à trois heures, selon les périodes et les points de passage.
Des agents de voyage rapportent également des situations de congestion plus marquées lors des arrivées et des départs, en particulier sur les vols internationaux. Certains passagers ont déjà raté leurs correspondances en raison de ces ralentissements aux contrôles frontaliers.
Ces perturbations concernent aussi bien les voyageurs individuels que les groupes, avec des impacts concrets sur les circuits touristiques et les croisières.
Des files d’attente qui pourraient atteindre plusieurs heures
Les organisations du secteur aérien et du tourisme alertent sur une possible aggravation de la situation pendant la haute saison estivale. Certaines estimations évoquent des temps d’attente pouvant aller jusqu’à quatre heures dans les scénarios les plus tendus.
L’Association internationale du transport aérien (IATA) va encore plus loin en évoquant des files d’attente susceptibles d’atteindre trois à six heures dans certains aéroports si les difficultés persistent.
La raison principale tient à la complexité du nouveau processus. Selon les données du secteur, un contrôle frontalier classique prend environ 20 à 25 secondes par passager. Avec l’EES, ce temps pourrait grimper à environ 90 secondes, même en conditions optimales, ce qui réduit fortement la capacité de traitement aux points de passage.
Une menace économique pour le tourisme européen
Au-delà des désagréments pour les voyageurs, les conséquences économiques pourraient être significatives. Une étude du World Travel & Tourism Council estime que jusqu’à 41 millions d’arrivées touristiques et plus de 45 milliards de dollars de dépenses pourraient être menacés si les retards deviennent structurels.
Les marchés les plus exposés sont ceux du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et de l’Australie. Dans ces pays, une part importante des voyageurs se dit prête à renoncer à un voyage en Europe si les délais aux frontières deviennent trop longs ou imprévisibles.
Les données montrent également qu’environ un tiers des voyageurs interrogés seraient moins enclins à se rendre en Europe en cas de files d’attente de trois à quatre heures.
Une acceptation globale mais une méconnaissance du dispositif
Paradoxalement, malgré les inquiétudes opérationnelles, le système bénéficie d’un soutien relatif de la part des voyageurs une fois expliqué. La majorité reconnaît les avantages potentiels en matière de sécurité et de modernisation des frontières.
Cependant, plus de la moitié des voyageurs interrogés déclarent avoir peu ou pas entendu parler de l’EES, et près de la moitié ne savent pas exactement quelles démarches seront requises lors de leur passage aux frontières.
Cette méconnaissance pourrait accentuer les frictions lors de la mise en œuvre, notamment dans les aéroports les plus fréquentés.
Les professionnels appellent à des mesures urgentes
Face à ces défis, plusieurs acteurs du secteur appellent les États membres à renforcer la préparation opérationnelle des points de contrôle. Parmi les solutions évoquées figurent le déploiement accéléré d’outils de pré-enregistrement numérique, une meilleure communication auprès des voyageurs et le renforcement des effectifs aux frontières.
Les compagnies aériennes et les associations du secteur demandent également une coordination renforcée entre les pays européens afin d’éviter des disparités dans l’application du système.
Les professionnels conseillent déjà aux voyageurs d’anticiper leurs déplacements, en arrivant plus tôt aux aéroports et en évitant les correspondances trop serrées, notamment lors des arrivées en Europe.
Une transition jugée nécessaire mais délicate
Si les critiques se multiplient sur les risques de congestion, les acteurs institutionnels défendent la nécessité de moderniser les contrôles aux frontières. Le système EES est présenté comme une évolution majeure permettant à terme d’accélérer les passages et de renforcer la sécurité.
Reste que la phase de transition apparaît délicate, entre ajustements techniques, formation des agents et adaptation des infrastructures aéroportuaires.
Dans ce contexte, la saison estivale 2026 pourrait servir de test grandeur nature pour un système appelé à transformer durablement l’expérience des voyages vers l’Europe.




