Le surtourisme n’est plus un concept abstrait. Ces dernières années, il s’est matérialisé par des manifestations, des tensions croissantes avec les habitants et une pression accrue sur les infrastructures locales, en Europe comme ailleurs. Face à ce constat, le guide de voyage Fodor’s a publié sa « no travel list » pour 2026, une sélection de destinations où les voyageurs sont invités à reconsidérer leur venue, non pas pour boycotter, mais pour laisser souffler des territoires à bout de souffle.
Les îles Canaries : la contestation s’installe
Destination phare du tourisme européen, l’archipel des Canaries est devenu l’un des symboles du malaise lié au surtourisme. À Tenerife, en particulier, les protestations se sont multipliées ces derniers mois. Les habitants dénoncent une accumulation de problèmes : embouteillages, surfréquentation des espaces publics, explosion des prix de l’immobilier et des loyers, rendant l’accès au logement de plus en plus difficile pour les locaux.
Selon Fodor’s, la situation atteint un seuil critique qui justifie une pause, afin de repenser l’équilibre entre activité touristique et qualité de vie.
Isola Sacra, Italie : un écosystème menacé
À quelques kilomètres de Rome, Isola Sacra séduit par son atmosphère côtière et ses paysages préservés. Mais l’approbation récente d’un nouveau port destiné à accueillir des navires de croisière inquiète fortement les associations locales.
Depuis plus d’une décennie, des collectifs alertent sur les risques pour les zones humides, la végétation et l’écosystème fragile du secteur. L’arrivée massive de croisiéristes pourrait profondément transformer ce territoire jusque-là relativement épargné.
Antarctique : le paradoxe d’un rêve fragile
L’Antarctique figure sur la liste pour une raison évidente : sa vulnérabilité extrême. Longtemps réservé aux scientifiques, le continent blanc attire désormais un nombre croissant de visiteurs en quête d’expériences hors normes.
Une tendance jugée préoccupante par les experts. Jessica O., professeure associée d’anthropologie à l’Université de l’Indiana, résume le dilemme :
« L’environnement est fragile et rare. C’est ce qui attire les gens, mais c’est aussi ce qui explique son incapacité à supporter un tourisme de masse. »
Glacier National Park : la ruée avant disparition
Aux États-Unis, le Glacier National Park, dans le Montana, subit une fréquentation en forte hausse. La raison est aussi symbolique que tragique : de nombreux visiteurs souhaitent voir les glaciers avant qu’ils ne disparaissent, conséquence directe du changement climatique.
Ce phénomène accélère la pression humaine sur un parc naturel déjà fragilisé, posant la question de la compatibilité entre tourisme de masse et préservation environnementale.
Jungfrau, Suisse : trop de visiteurs, trop vite
Dans les Alpes suisses, la région de la Jungfrau souffre d’un afflux massif de visiteurs à la journée. Un tourisme rapide, concentré sur quelques infrastructures clés, qui génère peu de retombées locales tout en saturant les équipements.
Mexico City : logement et tourisme en conflit
À Mexico City, la contestation prend une tournure sociale. Comme à Barcelone ou Lisbonne, les locations de courte durée sont accusées de raréfier le logement pour les habitants et de faire grimper les prix.
Montmartre et autres signaux d’alerte en France et au Royaume-Uni
En France, le quartier de Montmartre, à Paris, figure également sur la liste. Victime de son succès, ce lieu emblématique accueille des millions de visiteurs chaque année, au point que les structures locales peinent à absorber ces flux.
Le phénomène ne se limite pas à l’Hexagone. Au Royaume-Uni, des villes comme Bath et Edimbourg voient leurs habitants exprimer un ras-le-bol face à une fréquentation touristique jugée excessive.
Voyager autrement en 2026
Avec cette « no travel list », Fodor’s ne cherche pas à interdire, mais à responsabiliser. L’objectif est clair : encourager les voyageurs à diversifier leurs destinations, à privilégier des périodes moins fréquentées ou des lieux émergents, et à adopter des pratiques plus respectueuses.
Dans un contexte où le tourisme mondial continue de croître, la question n’est plus de savoir où voyager, mais comment voyager sans abîmer ce que l’on vient admirer.




