Actualités voyage

La Bretagne envisage de tripler la taxe de séjour pour financer ses transports : la mesure fait débat

Publié le

Rédigé par Romane

La région Bretagne pourrait bientôt revoir à la hausse la taxe de séjour payée par les visiteurs. L’objectif affiché : financer les investissements dans les transports régionaux. Mais cette proposition, qui reviendrait à tripler le montant actuel, provoque de vives réactions chez les professionnels du tourisme, inquiets pour l’attractivité de la destination.


Une taxe destinée à soulager les entreprises locales

Aujourd’hui, la région finance une partie de son réseau de transport grâce au versement mobilité, une contribution acquittée par les entreprises de plus de onze salariés. Pour Loïg C., président de la région Bretagne, la réflexion est simple : « Est-ce que c’est encore une fois aux hommes et femmes qui travaillent en Bretagne de le payer par l’impôt, ou est-ce qu’on le fait payer à celles et ceux qui profitent de la Bretagne ? »

L’élu plaide ainsi pour un transfert de charge vers les visiteurs, estimant qu’il est plus juste de « fiscaliser les loisirs plutôt que le travail ». Le projet prévoit une hausse jusqu’à 200 % de la taxe actuelle, soit le triple du montant appliqué aujourd’hui. Concrètement, un séjour pourrait coûter environ 2 € supplémentaires par nuitée et par personne, selon les estimations régionales.

Des professionnels du tourisme vent debout

L’idée passe mal du côté des acteurs du tourisme breton, qui redoutent une perte de compétitivité face aux autres régions. « On a sorti les bonnets rouges pour moins que ça », ironise Nicolas D., président de l’Union bretonne de l’hôtellerie de plein air. Pour lui, cette mesure pourrait « affaiblir l’attractivité de la Bretagne » et alourdir la facture des familles modestes, notamment celles qui séjournent en camping.

Même son de cloche du côté de Jean-Luc E., président des Gîtes de France du Morbihan, qui avertit : « Cette taxe exorbitante n’a pas lieu d’être. Si elle venait à être instaurée, elle déstabiliserait tout un secteur qui pèse plus de 80 000 emplois et environ 8 % du PIB régional. »

Anthony R., président de l’Umih Bretagne, souligne quant à lui que « les touristes ne doivent pas financer la mobilité régionale » et rappelle que près de 40 % des visiteurs de la région viennent du Grand Ouest, donc majoritairement français.

À LIRE ÉGALEMENT :  Le Maroc franchit un cap historique avec 18 millions de touristes à fin novembre 2025

Des touristes partagés

Sur le terrain, les avis des visiteurs divergent. Certains estiment la hausse acceptable si elle profite aux transports publics et aux aménagements touristiques. D’autres, en revanche, redoutent que la Bretagne devienne une destination plus chère, alors que les prix de l’hébergement et de la restauration ont déjà grimpé ces dernières années.

Christophe W., hôtelier interrogé par FranceInfo, a fait le calcul : « Demain, si jamais on passe de 1,35 €, on serait à 4,05 € par personne, par nuitée. Ce qui veut dire que pour deux personnes par jour, ils paieraient 8,10 €. » Et de regretter : « On tape encore sur le tourisme. Je pense que c’est un peu facile d’aller chercher cet argent à cet endroit. »

Une décision encore incertaine

Pour l’heure, rien n’est acté. Un premier amendement allant dans ce sens a été rejeté par la commission des finances à l’Assemblée nationale, mais le débat pourrait revenir dans le cadre du projet de loi de Finances 2026. Le président de région assure vouloir « une discussion collective » avant toute mise en œuvre.

Une taxe déjà bien implantée dans la région

Selon les données de Tourisme Bretagne, la taxe de séjour représente déjà une ressource importante pour les collectivités dans une région parfois impactée par le sur-tourisme. En 2023, 22 millions d’euros ont été collectés dans 1 138 communes, soit 94 % du territoire breton. Le tarif moyen s’élève à 1,51 € par nuitée, équivalent à la moyenne nationale. Les recettes sont principalement générées par les hôtels (34 %) et les plateformes numériques comme Airbnb (21 %).

Certaines destinations, telles que Saint-Malo – Baie du Mont-Saint-Michel ou le Golfe du Morbihan, concentrent à elles seules près de la moitié des montants perçus, permettant d’investir à la fois dans l’accueil des visiteurs et l’amélioration du cadre de vie local.