Tourisme durable

Annecy face au défi du surtourisme : entre attractivité et préservation

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Rédigé par Romane

Avec ses ruelles bordées de canaux, son lac turquoise et ses montagnes en arrière-plan, Annecy attire chaque année environ trois millions de visiteurs. Une affluence qui s’est encore renforcée depuis la pandémie de Covid-19, portée par les réseaux sociaux et l’attrait pour les destinations pittoresques. Mais ce succès croissant transforme profondément la ville et son quotidien.


Des habitants mobilisés pour préserver leur cadre de vie

Dans la vieille ville, les files d’attente pour un simple déjeuner peuvent s’allonger pendant trois quarts d’heure. Les commerces historiques, eux, cèdent la place à des établissements orientés vers la clientèle de passage. « Plus de la moitié des commerces dans ces trois rues ne sont que des cafés, restaurants et glaciers. D’ailleurs, vous pouvez lever les yeux, vous vous en rendez compte : le palais des glaces, les glaces artisanales, c’est plus de 50% qui sont entrecoupés uniquement par des magasins de fast fashion, des commerces uniquement pour touristes », déplore la co-présidente de l’Association des Résidents de la Vieille Ville d’Annecy (ARVVA) au micro de FranceInfo.

Face à ce phénomène, plusieurs collectifs se sont constitués, dont l’ARVVA et Les Glaisins de la colère. Début juillet, ces associations ont manifesté pour dénoncer le surtourisme et ses effets sur le logement, la circulation et la vie de quartier. Comme à Barcelone, des panneaux exprimant le ras-le-bol des riverains sont apparus sur les façades, et le célèbre pont des Amours a même été rebaptisé symboliquement « pont du désamour ».

Pour les habitants mobilisés, la concentration des visiteurs dans le centre historique, qui ne couvre que 0,5 km², devient difficilement soutenable. La situation est accentuée par la prolifération des locations saisonnières, qui raréfient les logements pour les résidents permanents.

ponton fleuri à Annecy
Ponton fleuri sur le lac d’Annecy à Talloires – Crédits EyeEM

Réguler les locations touristiques

Le Grand Annecy a décidé de s’attaquer à cette problématique en instaurant, depuis le 1er juin, un système de quotas pour les meublés de tourisme, avec une limitation plus stricte en centre-ville. « Ici (dans le centre-ville d’Annecy), vous vous trouvez dans un endroit où l’essentiel des appartements, entre 50 et 100%, sont occupés par des meublés en résidence secondaire. On va simplement, d’un point de vue géographique, dispatcher de manière différente les meublés pour ne pas que tout le monde se concentre au même endroit et qu’on puisse avoir, dans tous les quartiers de la ville d’Annecy, notamment ici, dans ce centre historique, des gens qui y vivent à titre de résidence principale », explique Frédérique Lardet, présidente de la métropole du Grand Annecy.

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Cette mesure ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains commerçants redoutent un impact négatif sur l’économie locale. « Je passe acheter quelque chose à la boutique, manger à un endroit, certainement me loger. Donc il y a plein de gens qui travaillent grâce à ça. Il y a des hôtels, il y a des restaurants qui embauchent des salariés », rappelle Geneviève A., commerçante depuis vingt ans.

Diversifier les flux et promouvoir d’autres sites

À l’instar d’autres communes françaises, plutôt que de réduire drastiquement la fréquentation, l’office de tourisme mise sur la répartition des visiteurs. Il a cessé ses campagnes de promotion directe sur Annecy et incite désormais à découvrir d’autres lieux d’intérêt à proximité, comme les gorges du Fier ou le plateau des Glières, à moins de vingt minutes de route. Objectif : désengorger la vieille ville tout en maintenant l’activité qui fait vivre près de 5 500 personnes dans le secteur de l’hébergement et des loisirs.

Un défi partagé par d’autres destinations

Annecy illustre une problématique plus large : selon les données du gouvernement, 80 % de l’activité touristique française se concentre sur seulement 20 % du territoire. Trouver un équilibre entre attractivité et préservation du cadre de vie devient donc un enjeu majeur pour les villes emblématiques. Pour la Venise des Alpes, la bataille ne fait que commencer.