Après une saison unique et une polémique tenace, l’aventure de Canua Island en Méditerranée française s’achève. L’île flottante nomade, imaginée par le skipper Marc Audineau et le champion du monde de planche à voile Tony Philp, met cap sur Malte, où elle prévoit de rouvrir en 2026.
Un projet ambitieux… et contesté
Présenté dès 2017 comme une « plage flottante » de 1 700 m² avec restaurant, bar, piscine et suite VIP, le trimaran géant se voulait un espace haut de gamme, amarré l’été au large de Mandelieu-la-Napoule. Ses promoteurs mettaient en avant un navire « écoconçu » fonctionnant aux biocarburants, avec récupération et tri des déchets. Mais dès 2023, associations et habitants dénoncent des nuisances sonores, un risque pour la biodiversité et une concurrence jugée déloyale pour les établissements de plage.
Les oppositions se multiplient : avis défavorables de Cannes et Théoule-sur-Mer, critiques du président de la région Paca Renaud Muselier, réserves du ministre de la Transition écologique Christophe Béchu. Même si le Conseil d’État finit par ordonner la délivrance d’un permis de navigation en décembre 2023, la saison 2024 se déroule dans un climat tendu. Vingt et un maires du littoral varois et maralpins signent alors une tribune dénonçant le projet.
Une victoire pour les opposants
Pour Sylvie A. initiatrice d’une pétition de 20 000 signatures, le départ définitif de l’île est un soulagement :
« Je suis ravie que la plateforme soit définitivement partie. Je n’avais rien contre Tony Philip et Marc Audineau, les deux fondateurs, mais les 20.000 personnes qui ont signé la pétition et moi-même ne voulions pas ce genre de tourisme sur la Côte d’Azur. Un tourisme teinté de nuisances – les va-et-vient des navettes étaient insupportables –, qui crée une concurrence déloyale envers les plagistes et restaurateurs qui, eux, s’acquittent d’une taxe, et un tourisme qui, une fois de plus, avantage les plus fortunés au détriment des gens d’ici qui ont de moins en moins accès à des services de plus en plus chers. »
Amertume chez les porteurs du projet
De son côté, Tony Philp se dit amer face au traitement réservé à Canua Island : « Nous sommes devenus les bouc-émissaires d’un nombre inimaginable de personnes. Alors oui, on aurait pu rester, mais nos mains étaient liées. Nous sommes devenus persona non grata. » au micro de à France 3 Côte d’Azur.
Il dénonce un blocage « politique » et estime que le concept, qu’il qualifie d’« avant-gardiste », n’a pas été jugé à sa juste valeur. L’homme assure toutefois que le départ vers Malte s’est fait « la tête haute », après 20 millions d’euros investis et une construction menée pendant le Covid.
Ironie politique et nouveau départ
Le maire de Mandelieu-la-Napoule, Sébastien L., qui avait initialement soutenu le projet, pointe du doigt la gestion des pouvoirs publics :
« Toutes mes félicitations à l’État français et la région Paca pour cette saine gestion qui a consisté à financer ce projet avec des deniers publics pour ensuite tout mettre en œuvre afin de l’interdire. Ainsi l’argent du contribuable va, une fois encore, profiter à un État tiers au détriment des intérêts français. À propos, vous cherchez toujours des idées pour faire des économies? »
Racheté par un groupe maltais, le navire se prépare à entamer « une nouvelle ère de luxe et d’aventure » sur des rivages jugés « plus ouverts d’esprit ». L’ouverture au large de Malte est prévue pour 2026, avec l’ambition de devenir une destination incontournable pour un divertissement haut de gamme.




