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Zaanse Schans : le village hollandais aux moulins va instaurer un droit d’entrée

Publié le

Rédigé par Arthur

À quelques kilomètres au nord d’Amsterdam, le pittoresque village de Zaanse Schans, célèbre pour ses moulins à vent et ses maisons en bois traditionnelles, s’apprête à franchir une étape décisive dans sa gestion du tourisme de masse. Dès le printemps 2026, les visiteurs devront s’acquitter d’un droit d’entrée de 17,50 € (20 $) pour accéder au site, jusque-là librement ouvert.


Un patrimoine submergé par le tourisme

Avec ses paysages de carte postale et son atmosphère de musée à ciel ouvert, Zaanse Schans attire chaque année des millions de visiteurs. En 2024, 2,6 millions de personnes s’y sont pressées, et la barre des 2,8 millions est attendue cette année. Un chiffre vertigineux pour ce village qui ne compte qu’une centaine d’habitants permanents.

« En 2017, nous avions 1,7 million de visiteurs… cette année, nous allons atteindre 2,8 millions. Mais c’est un petit endroit ! Nous n’avons tout simplement pas la place pour toutes ces personnes ! » explique Marieke V., directrice du musée de Zaanse Schans, à la BBC.

La cohabitation entre résidents et touristes est devenue source de tensions. Certains visiteurs ignorent que le lieu est habité : « Ils entrent dans les jardins, ils entrent dans les maisons, ils urinent dans les jardins, ils frappent aux portes, ils prennent des photos, ils utilisent des perches à selfie pour regarder à l’intérieur des maisons. Donc aucune intimité. » poursuit Mme Verweij.

Un billet qui inclut musée et moulins

Le futur ticket d’entrée donnera accès non seulement au village, mais aussi au musée et à l’intérieur d’un moulin. Les visiteurs pourront notamment y découvrir une toile peinte par Claude Monet, inspirée par les moulins du site lors de sa visite en 1871. Dans les moulins eux-mêmes, des démonstrations rappellent comment ces structures servaient autrefois à scier du bois ou à broyer des pigments.

Cette tarification vise à limiter l’afflux de visiteurs, tout en garantissant des revenus conséquents. Même si la fréquentation venait à être divisée par deux, le village espère engranger près de 24,5 millions d’euros par an, une manne destinée à financer l’entretien des moulins et de nouvelles infrastructures, comme des sanitaires publics, nécessaires dans ce contexte de surtourisme.

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Des commerçants inquiets

Mais cette mesure suscite des inquiétudes parmi les commerçants locaux, dont les boutiques – souvent installées dans de superbes maisons anciennes – font partie de l’attrait du village.

« Si vous venez en famille de quatre personnes et que vous payez le parking, cela reviendra à environ 100 €. Donc les gens n’auront plus beaucoup de budget pour autre chose, » déplore Sterre S., co-gérante de la boutique Trash and Treasures. Elle craint que de nombreux visiteurs, rebutés par le coût global, ne se détournent de Zaanse Schans.

Des visiteurs partagés

Sur place, les touristes eux-mêmes expriment des avis divergents. Ishan, un Canadien, estime que : « Je ne sais pas si je paierais les 17,50 € pour venir ici. C’est un peu cher juste pour voir deux ou trois moulins à vent. »

À l’inverse, Elisia, résidente aux Pays-Bas, voit dans cette décision une manière de préserver le charme du lieu : « Ces villages, ils ne sont pas si grands et ils perdent leur charme quand il y a trop de touristes. »

Pour certains, comme Steve, venu du Massachusetts avec sa famille, le forfait global pourrait même représenter une bonne affaire : « Les radins comme moi regardent le moulin et se disent : “non, je ne vais pas payer un supplément pour entrer là-dedans”, mais si tout est inclus je n’hésiterais pas. »

Un phénomène mondial

L’initiative de Zaanse Schans s’inscrit dans une tendance mondiale visant à réguler le surtourisme. Venise a déjà mis en place une taxe de 5 € pour les excursionnistes, Barcelone prévoit de réduire la capacité de son port de croisières d’ici 2030, et Hawaï introduira une “climate impact fee” en 2026. Partout, les destinations très fréquentées cherchent un équilibre entre préservation, qualité de vie des habitants et accueil des visiteurs.

À Zaanse Schans, l’enjeu est clair : conserver l’authenticité de ce village-musée sans le transformer en décor saturé par les foules. Reste à savoir si ce droit d’entrée permettra de trouver ce fragile équilibre.