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Vols annulés, hôtels fermés : à Cuba, le tourisme vacille sous la pression américaine

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Rédigé par Arthur

Alors que Cuba traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente, la crise énergétique et économique frappe de plein fouet le tourisme, pilier essentiel de l’île. Entre vols suspendus, hôtels fermés et transports paralysés, la destination caribéenne se retrouve fragilisée en pleine saison haute, sur fond de tensions croissantes avec Washington.


Une crise énergétique qui paralyse l’île

À Cuba, le tourisme subit de plein fouet les conséquences d’un durcissement des pressions américaines, qui se traduit notamment par un étranglement énergétique. La raréfaction du carburant bouleverse l’ensemble du pays : les coupures d’électricité se multiplient, les réseaux de transport se désorganisent et les services touristiques tournent au ralenti.

Dans les rues de La Havane, les chauffeurs de taxis touristiques, notamment ceux des célèbres « almendrón » (voitures américaines des années 50), peinent à travailler. Certains expliquent devoir augmenter leurs tarifs face à l’explosion des prix sur le marché informel, où l’essence s’échangerait désormais autour de 5 dollars le litre.

Des excursions annulées et des déplacements devenus incertains

Cette crise de carburant ne se limite pas aux grandes villes. Elle touche directement les circuits touristiques et les déplacements interurbains, au point de pousser certains voyageurs à écourter leur séjour.

À Viñales, site naturel classé au patrimoine mondial, un touriste français interrogé a expliqué avoir dû partir plus tôt que prévu, craignant de ne plus trouver de taxi pour regagner La Havane. Les agences de transport privé spécialisées ont, elles aussi, commencé à suspendre certaines liaisons, notamment vers Trinidad, faute de garantie de pouvoir refaire le plein sur place.

Dans le même temps, les lignes de bus et de ferries sont réduites, voire stoppées, et les touristes sont parfois regroupés dans un nombre limité d’établissements afin d’économiser l’énergie disponible.

Vols suspendus : la destination Cuba menacée en pleine saison haute

Alors que Cuba se trouve en pleine saison touristique (de novembre à avril), plusieurs compagnies aériennes ont annoncé la suspension de leurs vols vers l’île, incapables de s’approvisionner en kérosène dans les aéroports cubains.

Le Canada, premier marché émetteur de touristes vers Cuba, est directement concerné, tout comme la Russie, sur laquelle La Havane avait misé ces dernières années pour relancer le secteur.

Pour les professionnels du tourisme, la situation est alarmante : une réduction du nombre de vols entraîne mécaniquement une chute de la fréquentation et fragilise encore davantage l’économie locale.

Fermetures d’hôtels et tourisme au ralenti

Autre symptôme visible : la fermeture temporaire de nombreux établissements hôteliers. Une trentaine d’hôtels à travers le pays, notamment à La Havane et dans la station balnéaire de Varadero, doivent cesser leur activité en raison d’un faible taux d’occupation.

La chaîne espagnole Meliá a confirmé la mise en place de fermetures temporaires sur certains sites, évoquant une décision strictement liée au niveau de fréquentation et à la nécessité d’optimiser les ressources.

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Ce recul illustre la fragilité d’un secteur qui emploie plus de 300 000 personnes et représente la deuxième source de devises du pays.

Une chute touristique déjà engagée depuis plusieurs années

La crise actuelle vient accentuer un déclin déjà bien entamé. Ces dernières années, Cuba a subi un double choc : le renforcement des sanctions américaines sous le premier mandat de Donald Trump, puis l’effondrement provoqué par la pandémie de Covid-19.

Les chiffres récents confirment cette tendance : en 2025, la fréquentation touristique aurait déjà reculé de 17,8%. Les marchés historiques sont en baisse, notamment le Canada (-12,4%) et la Russie (-29%). Même la communauté des Cubains vivant à l’étranger, majoritairement installée aux États-Unis, serait en net recul (-22,6%).

Sur une période plus longue, entre 2019 et 2025, les revenus touristiques auraient chuté d’environ 70% selon des calculs basés sur des données officielles.

Cuba sous pression : l’impact direct de Washington

Les nouvelles mesures américaines s’inscrivent dans une stratégie assumée d’asphyxie économique, visant à restreindre les capacités de Cuba à importer pétrole et ressources essentielles. Washington a également brandi la menace de droits de douane contre tout pays qui tenterait de fournir du carburant à l’île. Ces restrictions s’accumulent avec les problématiques pour les demandeurs d’ESTA qui ont précédemment voyagé à Cuba.

Cette politique a un impact immédiat sur l’économie cubaine, mais aussi sur l’image de la destination, certains pays ayant déjà recommandé à leurs ressortissants d’éviter de voyager sur place en raison de l’instabilité et des difficultés logistiques.

Le Mexique en soutien : 800 tonnes d’aide humanitaire à La Havane

Dans ce contexte, Cuba reçoit également des gestes de solidarité. Deux navires de la marine mexicaine, le Papaloapan et le Isla Holbox, sont arrivés à La Havane avec plus de 800 tonnes d’aide humanitaire, composée de vivres et de matériel.

Cette aide, envoyée par la présidente mexicaine Claudia S., intervient alors que le Mexique tente de négocier une éventuelle livraison de pétrole à destination de Cuba, tout en cherchant à éviter d’éventuelles sanctions américaines.

Un soutien crucial pour l’île, alors que le carburant manque non seulement pour les transports touristiques, mais aussi pour l’ensemble de l’économie.

Vers un changement durable du tourisme cubain ?

Au-delà de l’urgence, certains observateurs estiment que cette crise pourrait marquer un tournant historique. L’idée d’une « fin du tourisme cubain tel qu’on l’a connu pendant des décennies » commence à circuler.

Le tourisme ne disparaîtra probablement pas, mais pourrait se transformer en profondeur : moins accessible, plus incertain, plus cher, et potentiellement réservé à une clientèle capable de supporter des conditions de voyage plus complexes.

À court terme, les perspectives restent sombres. Entre pénurie de carburant, coupures électriques, baisse des vols et fermetures d’hôtels, la saison touristique pourrait s’annoncer comme l’une des plus difficiles pour Cuba depuis des décennies.