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Tourisme à Cuba : les autorités canadiennes appellent à la prudence

Publié le

Rédigé par Romane

Longtemps considérée comme l’une des perles des Caraïbes, Cuba traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus difficiles de son histoire touristique. Entre effondrement de la fréquentation, crise économique profonde et avertissements officiels des autorités étrangères, l’île peine à retrouver l’élan qui faisait autrefois sa réputation auprès des voyageurs internationaux.


Une chute brutale depuis la pandémie

Jusqu’à la fin des années 2010, Cuba accueillait près de 5 millions de visiteurs par an, principalement venus d’Europe et du Canada. L’île figurait alors parmi les destinations les plus fréquentées du continent américain, portée par ses plages, ses complexes tout inclus et son image singulière.

Mais la pandémie de Covid-19 a marqué un tournant. Depuis, la reprise espérée n’a jamais vraiment eu lieu. Pour 2025, les arrivées touristiques plafonnent autour de 2,3 millions, soit moins de la moitié du niveau d’avant-crise. Une contre-performance qui fait progressivement sortir Cuba des classements des grandes destinations régionales, loin derrière des concurrents comme le Mexique ou la République dominicaine, aujourd’hui en pleine dynamique.

rue à cuba
Suite à la pandémie, le pays a vu le nombre de touristes diminuer drastiquement – Crédits Vadim

Crise économique et pénuries : un contexte dissuasif

Cette chute du tourisme s’inscrit dans un contexte économique particulièrement tendu. En cinq ans, le PIB cubain a reculé de 11 %, fragilisant la capacité de l’État à assurer les services de base. Le pays fait face à des pénuries chroniques de produits essentiels : nourriture, eau potable, médicaments, carburant et électricité.

Les coupures de courant sont désormais quotidiennes et parfois nationales, pouvant durer plus de 24 heures. Si les grands hôtels disposent généralement de générateurs, les pénuries de carburant compliquent leur fonctionnement et affectent directement les services proposés aux visiteurs, y compris dans les stations balnéaires.

Les difficultés d’approvisionnement touchent aussi la restauration, l’eau courante et les transports. Se déplacer sur l’île est devenu plus complexe, avec des taxis et transports publics régulièrement perturbés, et de longues files d’attente dans les stations-service.

Appels à la prudence des autorités canadiennes

Face à cette situation, le gouvernement du Canada a récemment relevé son niveau de vigilance pour Cuba, appelant les voyageurs à faire preuve d’une « grande prudence ». Cet avertissement concerne aussi bien les séjours itinérants que les vacances en formule tout inclus, désormais susceptibles d’être affectées par les pénuries et les défaillances d’infrastructures.

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Les autorités canadiennes alertent également sur une augmentation des crimes mineurs, notamment les vols à la tire, les vols dans les hébergements et certaines arnaques ciblant les touristes. Si les crimes violents restent rares, un sentiment d’insécurité croissant s’installe, renforcé par les difficultés économiques locales et la circulation importante d’argent liquide.

Les autorités canadiennes mettent en garde les touristes sur un voyage à court terme

Des freins structurels persistants

À ces facteurs internes s’ajoutent des obstacles structurels de longue date. L’embargo américain, toujours en vigueur, continue de peser lourdement sur l’économie cubaine et sur l’attractivité de la destination. Désormais, un séjour à Cuba peut également compliquer l’accès ultérieur aux États-Unis, ce qui freine une partie des voyageurs internationaux.

Le vieillissement du parc hôtelier, le retard accumulé dans les infrastructures et la dépendance énergétique – notamment vis-à-vis du pétrole vénézuélien – accentuent encore les difficultés. Dans ce contexte, l’image d’une destination « simple et relaxante » s’érode peu à peu.

Une transformation devenue indispensable

Conscientes de l’urgence, les autorités cubaines amorcent toutefois plusieurs pistes de transformation. Parmi elles, la simplification des formalités d’entrée, avec le recours accru aux visas électroniques et aux procédures numériques, vise à faciliter l’arrivée des voyageurs.

Cuba cherche également à diversifier son offre touristique, en s’adressant à de nouveaux profils comme les retraités ou les nomades numériques, et en explorant des marchés émergents tels que la Russie ou la Chine. L’objectif : remplir les hôtels grâce à un rapport qualité-prix plus compétitif que celui des destinations voisines.

Une destination à la croisée des chemins

Les solutions existent, mais leur mise en œuvre reste un défi majeur dans un contexte financier et géopolitique contraint. Sans amélioration tangible des conditions de séjour et des infrastructures, Cuba risque de devenir une destination de niche, réservée à des voyageurs avertis, loin de son statut passé de référence caribéenne.

Pour l’île, l’enjeu est clair : réussir sa mue touristique ou accepter un déclassement durable dans la carte mondiale du voyage.