Ce qui devait être un séjour paradisiaque s’est transformé en attente interminable. Plus de 400 touristes étrangers sont actuellement bloqués sur l’île de Socotra, au large du Yémen, après l’annulation soudaine de leurs vols, conséquence directe des tensions politiques et militaires qui secouent le pays depuis plusieurs semaines. Située en mer d’Arabie, Socotra est souvent surnommée « les Galapagos de l’océan Indien ». Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, l’archipel est réputé pour sa biodiversité unique, ses plages immaculées et ses paysages spectaculaires, qui attirent voyageurs aventureux et influenceurs du monde entier.
Vols suspendus et état d’urgence
La situation s’est brusquement compliquée fin décembre, lorsque le gouvernement yéménite a décrété l’état d’urgence. Dans la foulée, l’ensemble des vols intérieurs et internationaux a été suspendu, y compris les trois liaisons hebdomadaires en provenance d’Abou Dhabi, principal point d’entrée des touristes sur l’île.
Ces annulations sont liées à la reprise des affrontements sur le continent entre les séparatistes du Conseil de transition du Sud (STC), soutenus par les Émirats arabes unis, et les forces gouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite. Le STC, qui contrôle notamment Socotra, a récemment lancé une offensive dans le sud du pays, provoquant une riposte militaire et une forte dégradation de la situation sécuritaire.
Selon un responsable local, 416 touristes se sont retrouvés coincés sur l’île, parmi lesquels plus d’une soixantaine de Russes. Des ressortissants britanniques, français et américains figurent également parmi les personnes bloquées, ainsi que deux Chinois.
Un diplomate occidental a indiqué que des dizaines de touristes étrangers, venus notamment pour célébrer le Nouvel An, sont aujourd’hui « bloqués sur l’île et font appel à leurs ambassades pour être évacués ».
Une issue à partir de mercredi
Après plusieurs jours d’incertitude, une solution de sortie semble toutefois se dessiner. Les touristes devraient pouvoir commencer à quitter Socotra à partir de mercredi, via des vols opérés par Yemenia Airways. Le trajet prévoit un transit par la ville yéménite d’Aden, puis par Jeddah, en Arabie saoudite, les vols directs entre le Yémen et les Émirats arabes unis ayant été interdits.
Cette mesure s’inscrit dans une décision prise le 1er janvier par la coalition militaire dirigée par Ryad, imposant à tous les vols en provenance ou à destination des Émirats une escale à Jeddah pour des contrôles de sécurité.
Dans un message publié sur Facebook, l’ambassade de Russie au Yémen a précisé que le prix du billet s’élevait à 700 dollars, ajoutant : « Des vols réguliers sont prévus ultérieurement, mais pour l’instant, aucune information précise n’est disponible ».
Une île préservée dans un pays meurtri
Relativement épargnée jusqu’ici par la guerre qui ravage le Yémen depuis plus de dix ans, Socotra compte environ 50 000 habitants répartis sur quatre îles et deux îlots rocheux. Le conflit, qui oppose le gouvernement yéménite aux rebelles houthis soutenus par l’Iran, a déjà fait des centaines de milliers de morts et provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde.
Cet épisode rappelle toutefois la fragilité de l’accès à cette destination hors norme, où la beauté naturelle contraste fortement avec l’instabilité régionale. Pour les voyageurs, il souligne aussi l’importance de suivre de près les recommandations diplomatiques et l’évolution du contexte géopolitique avant de se rendre dans des zones sensibles, même lorsqu’elles semblent éloignées des lignes de front.




