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Le Quai d’Orsay déconseille tout voyage non essentiel à Madagascar

Publié le

Rédigé par Salomé

Alors que Madagascar traverse une grave crise sociale et politique, le ministère français des Affaires étrangères recommande désormais d’éviter tout déplacement non impératif vers l’île. Les manifestations qui secouent le pays depuis fin septembre ont déjà fait plusieurs victimes et plongé le secteur touristique dans une incertitude totale.


Une flambée sociale d’une ampleur inédite

Depuis le 25 septembre, de vastes mouvements de contestation agitent la capitale Antananarivo. Ce qui n’était au départ qu’une réaction aux coupures récurrentes d’eau et d’électricité s’est transformé en un mouvement de colère beaucoup plus large, alimenté par la hausse du coût de la vie et la précarité des services publics. La mobilisation s’est rapidement étendue aux grandes villes du pays, comme Antsiranana, Fianarantsoa ou Toamasina, entraînant blocages de routes, pillages et suspension des transports.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, « au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessée » depuis le début des manifestations. « Parmi les victimes figurent des manifestants et des passants tués par des membres des forces de sécurité. Mais aussi d’autres tués lors des violences et des pillages généralisés qui ont suivi, perpétrés par des individus et des gangs sans lien avec les manifestants », précise l’organisation. Son haut-commissaire, Volker Türk, s’est dit « choqué » par la « réponse violente des forces de sécurité ».

Une contestation politique contre le président Rajoelina

Le mouvement, porté notamment par la jeunesse malgache, réclame désormais la démission du président Andry Rajoelina. L’ancien maire d’Antananarivo, déjà arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2009, a mis fin le 30 septembre aux fonctions de son gouvernement, sans parvenir à apaiser la rue. Les manifestants, souvent vêtus de noir et rassemblés depuis l’université de la capitale, scandent désormais un mot d’ordre clair : « Rajoelina, dégage » (“Miala Rajoelina”).

Cette contestation s’inscrit dans un climat social particulièrement tendu, dans un pays où près de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque mondiale. Malgré ses richesses naturelles et son potentiel touristique, Madagascar demeure l’un des pays les plus pauvres du monde.

Le Quai d’Orsay appelle à la plus grande prudence

Dans sa dernière mise à jour, datée du 28 septembre, le Quai d’Orsay recommande de « reporter tout projet de voyage vers Madagascar sauf raison impérative ». Le ministère met en garde contre les manifestations, les affrontements et les pillages signalés dans plusieurs villes, ainsi que contre les coupures d’électricité et d’eau susceptibles d’affecter les infrastructures touristiques.
Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination et en provenance de Madagascar. Le ministère conseille donc aux voyageurs de vérifier le maintien et les horaires des vols auprès de leur compagnie aérienne avant tout déplacement.

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Message d’avertissement présent sur le site de l’ambassade de France à Madagascar

Voyages et annulations : le cadre juridique des “circonstances exceptionnelles”

Face à cette situation, les professionnels du tourisme s’interrogent sur la marche à suivre pour les voyageurs ayant réservé un séjour à Madagascar. Selon Me Emmanuelle Llop, avocate au cabinet Equinoxe interrogée au micro de TourMag, les troubles actuels entrent bien dans la catégorie des circonstances exceptionnelles et inévitables (CEI) prévues par le droit européen.

« Si le professionnel estime qu’il ne sera pas en mesure d’exécuter le contrat tel qu’il a été conclu, il peut indiquer au voyageur qu’il l’annule. Il faut le faire dans les meilleurs délais avant le début du voyage et procéder au remboursement intégral, sous 14 jours maximum », explique-t-elle.
Le voyageur peut également invoquer ces circonstances pour annuler son contrat, « s’il démontre que son voyage ou son transport subiront des conséquences importantes du fait des CEI survenant à sa destination ou à proximité immédiate », précise l’avocate.

Toutefois, cette appréciation dépendra du moment du départ et de l’évolution de la situation. « Un client qui annulerait Madagascar prévu en juin 2026 ne pourra invoquer les CEI », rappelle Me Llop.
Elle souligne aussi que les professionnels sont tenus d’assister les voyageurs déjà présents sur place. « Les professionnels doivent à leurs clients aide et assistance durant le voyage et, en cas de CEI, une mobilisation totale pour gérer leur situation sur place, notamment en termes de rapatriement dans les meilleurs délais sans frais supplémentaires, ou de prise en charge dans un hébergement équivalent pendant 3 nuitées ».

Alors que Madagascar traverse une période de forte instabilité, la prudence reste de mise pour les voyageurs. Le pays, réputé pour la beauté de ses paysages et la richesse de sa biodiversité, voit son image touristique fragilisée par la crise actuelle. En attendant un retour au calme, mieux vaut reporter tout projet de séjour et suivre attentivement l’actualisation des recommandations officielles du Quai d’Orsay.