Destination prisée de la côte atlantique, l’île d’Oléron attire chaque année des milliers de vacanciers. Mais derrière son image de carte postale, le territoire insulaire fait face à une crise du logement de plus en plus aiguë. Pour tenter de réguler l’explosion des meublés touristiques, les huit communes de l’île ont décidé d’instaurer, à partir du 1er janvier 2026, un quota global d’environ 4 000 locations saisonnières.
Une croissance fulgurante des meublés de tourisme
En moins d’une décennie, l’offre de locations touristiques a connu une envolée spectaculaire. « Nous sommes passés de 2 000 à 4 000 logements de tourisme en quelques années », constate Michel P., président de la communauté de communes de l’île d’Oléron. Entre 2022 et 2024, environ 400 nouveaux meublés sont venus s’ajouter chaque année.
Au total, l’île compte près de 30 000 logements, dont 62 % de résidences secondaires. Un déséquilibre qui fragilise la vie locale. « On ne peut plus loger les saisonniers l’été et encore moins se loger à l’année dans l’île. Cela signifie qu’aucune entreprise ne peut recruter, ni les collectivités, ni les maisons de retraite. Si on laisse faire, il y aura ensuite des fermetures de classes et d’écoles », alerte Michel Parent.
Un cadre légal renforcé
Ce dispositif s’appuie sur la loi Le Meur, adoptée en novembre 2024, qui permet aux communes d’instaurer des quotas d’autorisations de meublés de tourisme. Concrètement, dès 2026, les propriétaires devront obtenir une autorisation de changement d’usage pour louer leur bien, sauf exceptions (chambres d’hôtes, chambres chez l’habitant ou résidence principale louée moins de 120 jours par an).
L’autorisation sera délivrée pour quatre ans, renouvelable, mais restera nominative et incessible. En cas de vente ou de succession, le nouveau propriétaire devra attendre qu’une place se libère. Par ailleurs, un plafond de quatre logements par propriétaire et par commune est fixé, afin d’éviter les situations de multipropriété concentrée.
Des réactions contrastées chez les propriétaires
Si les élus mettent en avant une mesure « nécessaire pour préserver l’équilibre du territoire », les loueurs, eux, oscillent entre résignation et inquiétude.
Isabelle, qui possède deux appartements à La Cotinière, relativise au micro de France 3 : « La mesure ne va rien changer pour moi. Je suis déjà déclarée et je sais que j’aurai mon autorisation de louer. » Mais pour elle, louer à l’année reste inenvisageable : « Si vous avez un locataire qui ne paye plus le loyer, il faut des mois et des mois pour pouvoir le faire partir. »
Même constat pour Véronique M., qui gère cinq maisons en location depuis 18 ans. « Nous avons eu tellement d’amis autour de nous qui ont été échaudés par des locataires catastrophiques ! Il paraît que de nouvelles mesures pour protéger les propriétaires vont être prises mais j’attends de voir. »
D’autres s’inquiètent pour leurs finances. Comme Émilie Feuillade, vendeuse et mère célibataire, qui loue ponctuellement sa maison pour compléter ses revenus : « Je suis célibataire, j’ai un enfant et pour payer les traites, cela devient compliqué. » En se limitant à 120 jours de location par an pour échapper aux quotas, elle perdra entre 40 et 60 nuitées de revenus.
Une bataille autour de l’avenir de l’île
Les résidents secondaires dénoncent pour leur part une mesure injuste. Bernard B., président de l’association Oléron résidents secondaires, estime que « les résidents secondaires, eux, ne possèdent qu’un seul logement qu’ils habitent ponctuellement et que certains louent quelques semaines pour amortir les charges. Ce n’est pas ça qui va ramener du logement à l’année. »
Certains redoutent également des effets pervers, comme l’apparition de maisons vides ou abandonnées faute de rentabilité, ou encore une difficulté accrue à trouver un hébergement touristique en haute saison.
Face aux critiques, la communauté de communes rappelle avoir prévu des dispositifs d’accompagnement, comme une subvention de 10 000 € pour transformer un meublé de tourisme en location à l’année. Et Michel Parent de conclure : « Ceux qui louent jusqu’à présent seront protégés car cela va éviter de la concurrence supplémentaire. Et concernant les autres, il faut qu’ils comprennent qu’ils ont toutes les chances de perdre de l’argent car le marché est en train d’atteindre la saturation. ».




