La situation demeure chaotique dans les aéroports canadiens. Depuis samedi, plus de 10 000 agents de bord d’Air Canada ont cessé le travail, paralysant totalement le trafic de la première compagnie aérienne du pays. Malgré une décision du Canada Industrial Relations Board (CIRB) jugeant le mouvement de grève « illégal » et une injonction gouvernementale de reprise, le syndicat des agents de bord refuse de céder.
Un bras de fer inédit
Le conflit a éclaté après huit mois de négociations infructueuses sur la nouvelle convention collective. Le précédent accord a expiré le 31 mars et les discussions se sont enlisées sur deux points principaux : les salaires et le temps de travail non rémunéré, notamment les heures passées à bord avant la fermeture des portes.
Air Canada affirme avoir proposé une hausse de 38 % de la rémunération totale sur quatre ans, dont une augmentation de 25 % dès la première année. Une offre qui, selon la direction, aurait fait des agents de bord de la compagnie « les mieux rémunérés au Canada ». Mais le syndicat conteste : l’offre était « en dessous de l’inflation, en dessous de la valeur du marché, en dessous du salaire minimum », soulignant que les tâches effectuées avant et après le vol resteraient toujours impayées.
Défiance envers le gouvernement et l’arbitrage
Dès samedi, la ministre fédérale de l’Emploi, Patty Hajdu, avait ordonné la reprise du travail et le recours à l’arbitrage obligatoire. Le CIRB a confirmé cette décision dimanche, exigeant un retour au travail immédiat. Mais la riposte syndicale a été sans équivoque.
« Si Air Canada pense que les avions vont décoller cet après-midi, ils se trompent lourdement », a lancé Mark Hancock, président national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), devant les médias. Il a même symboliquement déchiré l’ordre de reprise en public à Toronto.
À ses côtés, Candace Rennick, secrétaire-trésorière nationale du syndicat, a tenu à préciser : « Notre lutte n’est pas contre vous. Nous ne voulons pas être ici. Mais ces travailleurs, qui sont en grande majorité des femmes, ont attendu trop longtemps que leurs problèmes soient pris en compte. »
Des conséquences massives pour les voyageurs
L’impact pour les passagers est considérable. Selon les chiffres communiqués par Air Canada, plus de 2 300 vols ont déjà été annulés, affectant près de 500 000 clients au Canada et à l’international (touristes, PVTistes, résidents canadiens…). Rien que pour la journée de lundi, plus de 550 vols supplémentaires ont été supprimés.
Le site de la compagnie avertit : « Tous les vols d’Air Canada et d’Air Canada Rouge sont annulés en raison des actions du SCFP. Veuillez ne pas vous rendre à l’aéroport, car aucun vol ne circule. » Les passagers disposant de billets entre le 17 et le 22 août peuvent toutefois reprogrammer gratuitement leur voyage entre le 23 août et le 30 septembre.
Certains voyageurs se disent partagés entre compréhension et frustration. Jenny Phelps, passagère bloquée à Toronto, confiait à Reuters qu’elle devait assumer trois nuits d’hôtel supplémentaires et qualifiait l’expérience de « super stressante et très coûteuse ».
Une crise suivie de près par Ottawa
Le Premier ministre Mark Carney a exprimé sa préoccupation lundi : « Nous sommes dans une situation où littéralement des centaines de milliers de Canadiens et de visiteurs dans notre pays sont perturbés par cette action. J’exhorte les deux parties à résoudre ce conflit le plus rapidement possible. ».
Il a également rappelé « le rôle crucial que jouent les agents de bord pour assurer la sécurité des Canadiens et de leurs familles lorsqu’ils voyagent », soulignant qu’« il est important qu’ils soient rémunérés de manière équitable ».
Et maintenant ?
Pour l’heure, l’avenir demeure incertain. Le SCFP affirme être prêt à assumer les conséquences de sa désobéissance, y compris des amendes ou des peines de prison. « Si cela signifie que des gens comme moi vont en prison, qu’il en soit ainsi », a assuré Mark Hancock.
Alors que le gouvernement tente de forcer un arbitrage, le syndicat campe sur sa position : pas de retour au travail sans véritable accord négocié. En attendant, les voyageurs sont les premiers à payer le prix de ce bras de fer, à un moment crucial de la haute saison estivale.




