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États-Unis : une caution de 15 000 dollars désormais exigée pour certains voyageurs

Publié le

Rédigé par Arthur

Les voyageurs en provenance du Malawi et de la Zambie devront désormais verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars pour obtenir un visa touristique ou d’affaires à destination des États-Unis. Cette mesure controversée, annoncée par le département d’État américain, s’inscrit dans un programme pilote de 12 mois visant à lutter contre les dépassements de durée de séjour.


Une caution remboursable pour limiter les séjours illégaux

À compter du 20 août 2025, les demandeurs de visas B-1 (affaires) ou B-2 (tourisme) originaires du Malawi et de la Zambie devront s’acquitter d’un dépôt de garantie, pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars. Cette somme, remboursable, sera conservée jusqu’à leur départ effectif du territoire américain. Selon le département d’État, l’initiative vise les ressortissants de pays présentant des « taux élevés de dépassement de visa ou où les informations de contrôle et de filtrage sont jugées déficientes ».

Ce nouveau programme, publié officiellement dans le Federal Register, permet aux agents consulaires d’exiger une caution individuelle de 5 000, 10 000 ou 15 000 dollars selon les cas. La liste des pays concernés pourrait évoluer au fil du temps, bien qu’à ce jour seuls le Malawi et la Zambie aient été spécifiquement nommés.

Une mesure inscrite dans l’agenda migratoire de l’administration Trump

Cette initiative fait suite à un décret signé par le président Donald Trump au premier jour de son second mandat, destiné à renforcer la politique migratoire américaine. Ce décret demandait notamment aux secrétaires au Trésor, à la Sécurité intérieure et aux Affaires étrangères de mettre en œuvre un système de visa avec caution.

Le département d’État décrit cette mesure comme un « outil diplomatique » :

« Le programme pilote est également conçu pour servir d’outil diplomatique afin d’encourager les gouvernements étrangers à prendre toutes les mesures appropriées pour garantir un filtrage rigoureux de tous leurs citoyens en matière de vérification d’identité et de sécurité publique, à créer des garde-fous dans les programmes de citoyenneté par investissement qui accordent la citoyenneté sans exigence de résidence dans le pays, et à inciter les pays concernés par les dépassements de visa à veiller à ce que leurs ressortissants quittent les États-Unis dans les délais prévus après une visite temporaire. »

La mesure ne s’applique toutefois pas aux ressortissants des plus de 40 pays participant au programme d’exemption de visa (Visa Waiver Program), majoritairement situés en Europe et en Asie.

Des conséquences redoutées sur le tourisme international

Certains experts redoutent que cette politique n’affecte lourdement le secteur du tourisme.

« Les cautions sur les visas touristiques et d’affaires convaincront la plupart des étrangers de ne même pas essayer de venir », estime Alex Nowrasteh, vice-président du Cato Institute pour les études économiques et sociales.
« Le résultat sera une industrie touristique décimée. Les touristes dépensent plus de 200 milliards de dollars par an aux États-Unis, des dépenses qui comptent comme des exportations. La proposition de l’administration ne va pas seulement saper une grande partie de l’industrie touristique, elle va aussi aller à l’encontre des objectifs du gouvernement de réduction du déficit commercial. »

Cette inquiétude est partagée par David Bier, directeur des études sur l’immigration au même institut, qui qualifie la mesure de « draconienne ».

« Bien que nous ne puissions pas connaître l’ampleur exacte de cette règle, car l’administration ne dit pas à quels pays elle s’appliquera, elle représentera probablement un obstacle insurmontable pour de nombreux demandeurs qui seront visés, souvent des membres de la famille de citoyens américains », explique-t-il.
« L’idée selon laquelle cela ferait pression sur les gouvernements pour qu’ils forcent leurs ressortissants à respecter les termes de leur visa est incohérente. Cela ressemble davantage à un aveu que cette règle ne fera que bannir certaines personnes plutôt que d’encourager le respect. La plupart des dépassements de visa se soldent par un départ spontané ou une régularisation ultérieure. Rien ne justifie une règle aussi draconienne. »

Dans un contexte où le tourisme international vers les États-Unis connaît déjà un net ralentissement, avec une baisse de 11 % des visiteurs à Las Vegas entre juin 2024 et juin 2025, ces nouvelles restrictions risquent de peser davantage encore sur une industrie fragilisée.

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Une mesure qui s’ajoute à d’autres frais

Outre la caution, une nouvelle taxe baptisée « Visa Integrity Fee » de 250 dollars a été introduite par une récente loi budgétaire signée par Donald Trump. Bien qu’elle ne touche qu’une partie des voyageurs, son impact est jugé préoccupant par les professionnels du secteur.

« Si cette taxe est appliquée, les États-Unis auront l’un des, sinon le plus élevé, frais de visa visiteur au monde », a déclaré un porte-parole de l’U.S. Travel Association.
« Si nous voulons maintenir une position compétitive sur le marché mondial du voyage, il est essentiel que la politique américaine en matière de visas reflète à la fois les priorités de sécurité nationale et la valeur économique importante des visites internationales. »

Une tendance à surveiller

Si cette mesure ne concerne pour l’instant qu’un nombre limité de pays et de voyageurs (environ 2 000 dossiers selon les estimations), sa portée pourrait rapidement s’élargir. D’autres nations ayant des taux de dépassement de visa élevés, comme Haïti, le Myanmar, le Yémen, le Congo ou le Laos, pourraient être ajoutées à la liste.

En résumé, le programme de visa avec caution pourrait bien représenter un tournant dans la politique migratoire et touristique américaine. Reste à savoir si cette stratégie dissuasive, comme l’augmentation de l’ESTA, atteindra réellement ses objectifs sans compromettre l’image des États-Unis comme destination de voyage.