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Disneyland Paris plutôt que Disney World : le boycott canadien du tourisme américain s’intensifie

Publié le

Rédigé par Romane

Le boycott canadien des voyages vers les États-Unis prend une nouvelle ampleur. Après une baisse marquée des visites en 2025, la tendance se confirme dans les réservations pour 2026, touchant désormais des symboles majeurs du tourisme américain comme Walt Disney World et les parcs nationaux. En toile de fond : tensions politiques, durcissement migratoire et incertitudes aux frontières, qui redessinent progressivement les habitudes de voyage en Amérique du Nord… et bien au-delà.


Le “Trump Slump” : un refroidissement du tourisme international vers les États-Unis

Le phénomène a désormais un nom dans le secteur : le “Trump Slump”, une expression utilisée pour désigner le recul de l’attractivité touristique des États-Unis, lié à un climat politique jugé dissuasif par une partie des voyageurs internationaux.

Cette baisse intervient alors que, paradoxalement, le tourisme mondial se porte plutôt bien. Selon le World Travel and Tourism Council (WTTC), le tourisme international a progressé globalement, mais les États-Unis pourraient enregistrer une baisse d’environ 6% de visiteurs étrangers sur l’année 2025.

Dans le même temps, plusieurs pays européens ont émis des avertissements de voyage ou des recommandations renforcées, dans un contexte de durcissement des contrôles aux frontières américaines et d’actions accrues en matière d’immigration.

Le Canada en première ligne d’un boycott touristique inédit

Si le phénomène touche plusieurs marchés, le Canada apparaît comme le pays moteur de cette tendance.

D’après les données de l’Office national du voyage et du tourisme (NTTO), rattaché au département du Commerce américain, la fréquentation étrangère totale aux États-Unis a reculé de 5,4% en 2025 (données disponibles jusqu’à novembre). Mais ce sont surtout les Canadiens qui font basculer les statistiques : environ 4 millions de visites en moins sur l’année, soit une chute de 22% par rapport à l’année précédente.

Cette désaffection est directement liée au contexte politique : la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, ses déclarations sur une possible annexion du Canada, ainsi que des mesures migratoires plus strictes, sont fréquemment citées comme facteurs de rupture.

Disney touché de plein fouet : Disneyland Paris en profite

Le repli canadien commence à se faire sentir dans des lieux emblématiques comme Walt Disney World, en Floride (qui a récemment augmenté ses tarifs).

Christine Fiorelli, dirigeante de l’agence canadienne Fairytale Dreams & Destinations, indique constater un changement net dans les habitudes de sa clientèle : environ 30% des voyageurs qui auraient traditionnellement réservé un séjour Disney aux États-Unis se tournent désormais vers d’autres alternatives, notamment Disneyland Paris.

Selon elle, l’envie de vivre “la magie Disney” n’a pas disparu, mais certains clients souhaitent éviter, pour l’instant, de soutenir des infrastructures américaines.

Cette évolution est d’autant plus significative que le Canada représentait jusqu’ici un marché clé pour Orlando. En 2024, les Canadiens étaient même la première clientèle internationale de la ville, avec un record de 1,2 million de visiteurs, selon Visit Orlando, l’organisme de promotion touristique local.

Disney lui-même reconnaît une visibilité plus faible sur les réservations internationales. Lors d’une récente communication financière, son directeur financier Hugh J. a expliqué que le groupe réorientait une partie de ses efforts marketing vers le public américain, signe que la demande étrangère pourrait devenir plus incertaine.

Des voyageurs canadiens qui changent durablement leurs habitudes

Le mouvement semble dépasser le simple ajustement ponctuel.

Une voyageuse canadienne, Catherine Norris, originaire de la région de Toronto, explique avoir visité Disney World chaque année depuis 2008. Mais en 2025, elle et son mari ont choisi de réserver un séjour Disney en Europe, ainsi que deux croisières Disney au départ de Singapour.

Elle estime même qu’ils ne retourneront probablement pas aux États-Unis avant cinq à dix ans, illustrant une forme de boycott assumée et potentiellement durable.

Les parcs nationaux américains aussi en recul

Le phénomène ne s’arrête pas aux parcs à thème. Il s’étend également aux grands espaces, longtemps considérés comme l’un des atouts touristiques majeurs des États-Unis.

Intrepid Travel, tour-opérateur basé en Australie et spécialisé dans les circuits nature, indique une baisse globale de 42% des réservations pour ses voyages dans les parcs nationaux américains en 2026.

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La chute est particulièrement spectaculaire du côté canadien : les réservations en provenance du Canada auraient plongé de 93%. Le Royaume-Uni et l’Australie affichent également un recul significatif, montrant que la tendance dépasse largement le seul marché nord-américain.

Même le tourisme haut de gamme ralentit. L’agence britannique Cazenove+Loyd a ainsi expliqué avoir renoncé à lancer des itinéraires sur mesure axés sur des parcs et régions de l’Ouest américain, notamment en Californie, dans le Montana ou encore dans l’État de Washington, faute de demande suffisante.

Hôtellerie : Hilton et Marriott signalent un essoufflement sur le marché américain

Les signaux négatifs se multiplient également dans l’hôtellerie.

Hilton Worldwide a indiqué que ses revenus par chambre et ses taux d’occupation ont progressé partout dans le monde… sauf aux États-Unis, où la dynamique est moins favorable.

Même constat chez Marriott. Son PDG, cité par le cabinet spécialisé CoStar, aurait exprimé la volonté de convaincre les autorités américaines d’adopter une posture plus accueillante envers les visiteurs internationaux, alors que l’industrie touristique craint un décrochage prolongé.

Les réservations aériennes en baisse côté Canada et Europe

Les chiffres du secteur aérien confirment cette tendance.

Selon les données de Cirium, spécialiste de l’analyse du transport aérien, les réservations européennes vers les États-Unis entre le 7 octobre 2025 et le 31 janvier 2026 sont en baisse de 14% sur un an. Sur la même période, les réservations en provenance du Canada reculent de 17%.

Ces chiffres suggèrent que la baisse ne concerne pas uniquement les voyages déjà réalisés en 2025, mais qu’elle se prolonge sur les mois à venir.

Un climat de défiance lié aux contrôles et aux politiques migratoires

Au-delà des tensions diplomatiques et commerciales, un autre sujet cristallise les inquiétudes : les conditions d’entrée sur le territoire américain.

Une proposition récente évoque l’obligation pour certains voyageurs de transmettre aux autorités américaines leurs activités sur les réseaux sociaux sur une période de cinq ans. Cette perspective alimente les réticences, notamment en Europe.

L’US Travel Association, principal lobby du secteur touristique américain, estime que ce type de mesure pourrait détourner plusieurs millions de voyageurs vers d’autres destinations, en renforçant l’idée que les États-Unis sont devenus plus difficiles d’accès.

Son représentant Erik H. nuance toutefois : selon lui, les chiffres de refus d’entrée ou de contrôles menés par les services des douanes américaines (CBP) n’auraient pas significativement augmenté par rapport aux administrations précédentes. Mais dans le tourisme, la perception suffit souvent à infléchir la demande.

L’effet Coupe du monde : un possible rebond en 2026 ?

Tout n’est pas forcément joué. Certains acteurs du secteur estiment que l’organisation d’événements internationaux pourrait relancer la fréquentation.

La Coupe du monde de football, attendue en juin, pourrait représenter un moment clé pour l’attractivité touristique du pays, même si l’ampleur d’un éventuel rebond reste incertaine.

Du côté de la Maison Blanche, la communication reste offensive. La porte-parole adjointe Anna Kelly a affirmé que la politique “America First” avait au contraire renforcé la place des États-Unis comme destination incontournable.

Disneyland Paris, croisières asiatiques… le tourisme se réorganise

Ce boycott canadien a un effet mécanique : les voyageurs ne renoncent pas au tourisme, ils déplacent leurs dépenses.

Disneyland Paris semble en bénéficier directement, en captant une partie de la clientèle nord-américaine. D’autres alternatives émergent également, comme les croisières Disney en Asie, notamment au départ de Singapour.

Plus largement, la baisse de fréquentation américaine pourrait profiter à d’autres destinations jugées plus “neutres” politiquement, y compris en Europe et en Asie.

Un signal fort pour le tourisme américain

Le recul des voyageurs canadiens représente un avertissement stratégique pour l’industrie touristique américaine. Car le Canada n’est pas seulement un marché proche : c’est historiquement l’un des principaux pourvoyeurs de visiteurs étrangers.

La baisse des réservations vers Disney, le ralentissement des circuits dans les parcs nationaux, et les signaux négatifs côté hôtellerie montrent que la tendance ne se limite pas à une réaction médiatique, mais s’installe dans la durée.

Reste à savoir si cette fracture touristique se résorbera rapidement… ou si elle marquera le début d’un nouveau rapport entre les voyageurs internationaux et les États-Unis.