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Japon : une pétition dénonce le durcissement des visas pour les entrepreneurs étrangers

Publié le

Rédigé par Romane

Le Japon fait face à une nouvelle controverse autour de sa politique migratoire. Depuis le durcissement des conditions d’obtention du visa de gestionnaire d’entreprise fin 2025, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé une pétition demandant un assouplissement des règles. À l’origine de cette mobilisation, le témoignage bouleversant d’un restaurateur indien installé depuis trois décennies dans l’archipel, dont la situation a ému une partie de l’opinion publique.


Une réforme migratoire qui change la donne

Fin 2025, les autorités japonaises ont profondément modifié les critères d’accès au visa de gestionnaire d’entreprise, un titre de séjour destiné aux entrepreneurs étrangers souhaitant créer ou gérer une activité au Japon.

Le principal changement concerne le capital minimum exigé : les demandeurs doivent désormais justifier de 30 millions de yens, soit environ 163 000 euros, contre 5 millions de yens auparavant. Le gouvernement explique cette réforme par la volonté de limiter les abus et de lutter contre certaines dérives observées ces dernières années.

Selon plusieurs enquêtes menées par les services régionaux de l’immigration, des sociétés fictives auraient été créées afin de faciliter l’obtention d’un statut de résident au Japon.

Le témoignage viral d’un restaurateur indien

La polémique a pris une ampleur nationale après la diffusion sur les réseaux sociaux de la vidéo de Manish Kumar, un restaurateur indien vivant au Japon depuis trente ans.

Lors d’un rassemblement consacré aux nouvelles règles migratoires, l’homme a raconté, en larmes, que son visa n’avait pas été renouvelé l’année précédente. Installé à Saitama, près de Tokyo, il affirme avoir construit sa vie au Japon grâce à son travail et au soutien de ses clients.

“Mes enfants ne parlent que japonais (…) et on nous dit de retourner en Inde”, a-t-il déclaré devant les participants.

Son témoignage a largement circulé en ligne, cumulant plusieurs millions de vues et suscitant de nombreuses réactions. La situation du restaurateur est rapidement devenue le symbole des inquiétudes des entrepreneurs étrangers installés de longue date dans le pays.

Une pétition soutenue par des dizaines de milliers de personnes

Dans le sillage de cette mobilisation, une pétition publiée sur la plateforme Change.org demande au gouvernement japonais de revenir sur l’exigence des 30 millions de yens de capital.

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Le texte avait déjà recueilli près de 60 000 signatures quelques jours après sa mise en ligne. La pétition a ensuite été remise à l’Agence japonaise des services de l’immigration.

Les opposants à la réforme estiment que ces nouvelles règles risquent de fragiliser des commerçants et restaurateurs étrangers parfaitement intégrés dans la société japonaise, parfois installés depuis plusieurs décennies.

Une chute spectaculaire des demandes de visa

Les premiers effets de la réforme semblent déjà visibles. Selon le quotidien japonais Yomiuri Shimbun, les demandes de visa de gestionnaire d’entreprise auraient chuté de 96 % depuis l’entrée en vigueur des nouvelles conditions.

Pour le gouvernement, cette baisse traduit l’efficacité des mesures mises en place. La ministre de la Sécurité économique, Kimi O., a estimé que la réforme avait permis de réduire les inquiétudes liées à un possible détournement du système migratoire.

Ces préoccupations avaient notamment été alimentées par des publications sur les réseaux sociaux chinois présentant le Japon comme un pays où il était relativement simple d’obtenir un visa d’affaires.

Le Japon face à ses contradictions démographiques

Le débat intervient dans un contexte particulier pour l’archipel. Le Japon, confronté à une population vieillissante et à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, tente depuis plusieurs années de trouver un équilibre entre ouverture économique et contrôle migratoire.

D’après la chaîne publique NHK, le nombre de titulaires d’un visa de gestionnaire d’entreprise avait atteint 45 000 personnes en juin 2025, soit 2,7 fois plus qu’il y a dix ans. Environ la moitié de ces titulaires étaient des ressortissants chinois.

La Première ministre ultraconservatrice Sanae T. a toutefois promis de renforcer davantage les politiques migratoires, malgré les besoins croissants de l’économie japonaise en main-d’œuvre étrangère.

Cette affaire illustre ainsi les tensions qui traversent aujourd’hui le Japon : d’un côté, une volonté de mieux encadrer l’immigration ; de l’autre, la réalité d’un pays dépendant de plus en plus des travailleurs et entrepreneurs étrangers pour soutenir son activité économique et le durcissement des règles pour les étrangers.

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