Alors que la saison estivale bat son plein, la Corse oscille entre espoirs de reprise et doutes persistants. Si les chiffres de fréquentation montrent des signes de redressement en ce mois de juillet 2025, les professionnels du tourisme ne masquent pas leurs préoccupations. Entre flambée des prix, évolution des modes de consommation et déséquilibres économiques, l’île de Beauté cherche un nouveau souffle.
Une fréquentation en demi-teinte malgré la haute saison
À Porto-Vecchio, dans les ruelles habituellement bondées à cette période, l’ambiance semble étonnamment calme. « On vient visiter Porto-Vecchio, son centre-ville, son port et on va aller à la plage après. Il y a du monde, mais ça va. On peut circuler partout, il n’y a pas de souci », confie une vacancière à France Info. Un sentiment partagé par un autre touriste : « Moi qui n’aime pas trop le monde d’habitude, là ça va. Je me sens bien, pas trop oppressé, donc je suis plutôt content. »
Un calme relatif qui pèse lourdement sur l’activité des professionnels. Dans la restauration, Telma G. observe une baisse du nombre de clients attablés : « On voit qu’il n’y a pas le surplus de monde qu’il y avait avant. Les gens, oui, mangent un petit peu à la plage, mais ils font surtout des petits pique-niques et ils mangent un sandwich. Donc c’est vrai que les restaurants passent un petit peu après. » Même son de cloche dans l’hôtellerie de plein air, où François-Marie Nicolaï, responsable du camping « La Matonara », explique ne pas avoir à refuser de campeurs cette année, contrairement aux saisons précédentes.
Une destination toujours chère, malgré des efforts
Les prix du transport continuent de faire fuir certains vacanciers. François-Marie Nicolaï rappelle qu’« un aller-retour, 1 300 euros pour une personne, une cabine et une voiture pour une traversée », reste inaccessible pour de nombreuses familles, qui s’orientent plus souvent vers l’avion. Pourtant, des signes d’amélioration apparaissent. Le coût des locations de voitures, longtemps considéré comme excessif, a reculé à Ajaccio et Bastia, qui figurent désormais parmi les villes les moins chères de France pour ce service. Une évolution perçue comme un signal positif.
Le retour des touristes, mais une consommation en berne
D’un point de vue logistique, la saison s’annonce encourageante. « Ce qui nous remonte est rassurant. La programmation des compagnies aériennes est meilleure que l’an dernier avec 134 lignes, 18 compagnies, 11 pays et 190 000 sièges en plus », se réjouit Jean D., président de la chambre de commerce et d’industrie de Corse (CCI) au Figaro. L’aéroport de Bastia, par exemple, a enregistré une hausse de 20 % de passagers au mois d’avril.
Mais cette hausse du trafic ne se traduit pas systématiquement en dépenses sur place. « Si dans les hôtels, résidences et secteur marchand en général, les réservations restent stables, le prix moyen n’augmente pas et les dépenses ralentissent. La durée de séjour baisse, le panier moyen aussi et les prix des chambres », analyse Benoît C., vice-président de l’UMIH Corse.
L’ombre grandissante des meublés de tourisme
Face à la baisse du pouvoir d’achat, les visiteurs privilégient les plateformes de location entre particuliers. Résultat : les hébergements traditionnels peinent à faire le plein, malgré une fréquentation globale correcte. « Il y a du flux mais les professionnels ne le retrouvent pas dans leurs établissements », déplore Jean D.
En 2025, les meublés de tourisme dépassent les capacités de l’hôtellerie classique, avec 181 000 lits contre 147 000. Une tendance structurelle qui interroge les acteurs locaux, de plus en plus nombreux à réclamer une réforme de la législation : « Chaque année, l’équation est de plus en plus difficile à résoudre, assure Benoît Chaudron. Même si les gens sont là, ça ne suffit pas à remplir nos établissements. Je ne suis pas fataliste, parce qu’il y a une prise de conscience des politiques. Il faut une vraie contrainte pour ceux qui en font leur métier. On doit les taxer comme tout le monde. La politique de l’inaction doit cesser. »
Un territoire sous tension économique
Au-delà des difficultés liées à la saison touristique, la Corse traverse une profonde transformation socio-économique. L’afflux de touristes et l’investissement croissant dans le secteur du luxe participent à une flambée des prix. Certains produits essentiels ont connu une hausse allant jusqu’à 40 %, mettant en difficulté de nombreux foyers corses, contraints à des arbitrages douloureux. Les jeunes, notamment, peinent à rester sur l’île en raison du coût prohibitif de l’immobilier, dopé par les résidences secondaires et les locations saisonnières.
Malgré l’adoption de la loi Le Meur, censée réguler le marché des meublés touristiques, l’efficacité de ces mesures reste limitée. La spéculation immobilière continue d’exclure une partie de la population locale, creusant les inégalités et menaçant la vitalité de certaines communes.
Vers un tourisme plus équilibré ?
Pour contrer la surconcentration estivale, près de 3 millions de touristes pour 350 000 habitants, avec un pic à 450 000 en août, l’Agence du Tourisme de la Corse plaide pour un étalement de la saison. La Collectivité souhaite renforcer les liaisons aériennes au printemps et à l’automne, en ciblant des villes comme Bordeaux, Nantes ou encore Zurich et Milan. « Il faut plus d’avions, plus de bateaux mais aussi desservir les grandes capitales européennes, comme le font les autres îles du bassin méditerranéen », soutient Benoît C..
Dans ce contexte, l’île s’interroge : comment concilier attractivité touristique et préservation de son identité ? Entre volonté de développement durable, pression économique et exigences des visiteurs, la Corse tente de trouver un équilibre. Un défi crucial pour l’attractivité de l’île, dont la beauté intacte ne saurait compenser indéfiniment les tensions sous-jacentes.




