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Corée du Nord : le rêve balnéaire de Kim Jong-un freiné par une interdiction soudaine aux touristes étrangers

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Rédigé par Salomé

À peine inauguré, déjà refermé. Le gigantesque complexe balnéaire nord-coréen de Wonsan-Kalma, censé incarner la renaissance touristique du pays, vient de fermer ses portes aux visiteurs étrangers. Une décision aussi soudaine que déroutante, alors que Pyongyang avait amorcé, depuis quelques mois, une timide réouverture post-Covid à certains voyageurs internationaux.


Un projet phare, un accès restreint

Située sur la côte est de la Corée du Nord, la station balnéaire de Wonsan-Kalma a été officiellement ouverte aux touristes nord-coréens le 1er juillet 2025. Dotée d’une capacité d’accueil de près de 20 000 personnes, cette infrastructure aux allures de vitrine moderniste a été saluée par Kim Jong-un comme « l’une des plus grandes réussites de l’année » et « le fier premier pas » vers le développement touristique du pays.

Une première délégation de 15 touristes russes y a séjourné le 11 juillet, après un passage par Pyongyang. L’une d’entre eux, Nina Svirida, n’a pas caché son enthousiasme : « C’était magnifique. Tout est neuf, propre et époustouflant », a-t-elle déclaré à NK News.

Une fermeture qui intrigue

Mais à peine deux semaines plus tard, coup de théâtre : le site officiel DPR Korea Tour, géré par les autorités touristiques du pays, a annoncé le 18 juillet que le complexe « ne recevait temporairement plus de touristes étrangers ». Aucune explication n’a été donnée, ni sur les raisons du retrait ni sur sa durée.

Cette volte-face intervient juste après une visite diplomatique de haut niveau : celle du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, venu rencontrer Kim Jong-un et son homologue nord-coréenne Choe Son Hui. À cette occasion, Lavrov avait pourtant exprimé son optimisme : « Je suis sûr que les touristes russes seront de plus en plus désireux de venir ici », affirmait-il.

Une mise en scène révélée ?

Selon plusieurs analystes, cette fermeture précipitée pourrait être liée à la parution d’un article critique signé par un journaliste russe ayant accompagné Lavrov. Ce reportage sous-entendait que les vacanciers nord-coréens sur place auraient été mobilisés par les autorités, et non de véritables touristes profitant librement du complexe. Une image peu flatteuse, qui pourrait avoir poussé le régime à reconsidérer l’ouverture aux visiteurs étrangers.

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« Le gouvernement nord-coréen semble avoir estimé qu’il s’exposerait à des conséquences négatives en ouvrant le site à des étrangers », explique Oh Gyeong-seob, analyste à l’Institut coréen pour l’unification nationale à Séoul.

Le communiqué indiquant que les touristes étrangers ne sont plus les bienvenus (traduction) – Source Tourismdprk.gov.kp

Une stratégie fragile, sous contrainte financière

D’autres experts pointent la fragilité du modèle économique du projet. Selon Ahn Chan-il, président de l’Institut mondial des études nord-coréennes : « Si les touristes étrangers ne sont pas autorisés à se rendre sur le site, aucun rouble russe, yuan chinois ou dollar ne rentrera. Alors la Corée du Nord ne pourra pas rentrer dans ses frais et devra fermer le complexe ».

La Chine, qui représentait plus de 90 % des visiteurs étrangers avant la pandémie, n’a toujours pas relancé ses circuits touristiques vers la Corée du Nord. Les rares tentatives d’ouverture, comme celle de la ville de Rason en février 2025, ont été interrompues au bout de quelques semaines sans explication. D’autres pays, comme les États-Unis, recommandent à leurs ressortissants de ne pas voyager dans le pays.

Le marathon de Pyongyang en suspens

Cette fermeture de Wonsan-Kalma s’inscrit dans un contexte plus large de flou autour de la reprise touristique. Plusieurs agences spécialisées, telles que KTG Tours, Young Pioneer Tours ou Koryo Tours, ont annoncé ces derniers jours l’annulation ou la suspension de leurs programmes, y compris les circuits dans la zone économique spéciale de Rason. Le marathon de Pyongyang, prévu pour le 6 avril prochain, suscite également des incertitudes, alors que les inscriptions internationales venaient tout juste de reprendre après cinq ans d’interruption.

Un test grandeur nature pour Pyongyang

Pour Kim Jong-un, le développement touristique est censé jouer un rôle clé dans la diversification économique du pays, toujours sous sanctions internationales. Mais entre l’étroite surveillance imposée aux visiteurs, le manque d’infrastructures et la peur d’un regard extérieur incontrôlé, la Corée du Nord peine à concilier ouverture et contrôle absolu.

Alors que la station de Wonsan-Kalma continue d’accueillir des touristes nord-coréens dans ce qui s’apparente davantage à une vitrine politique qu’à une véritable destination internationale, la question reste en suspens : Pyongyang est-il vraiment prêt à réintégrer le monde du tourisme global, ou reste-t-il prisonnier de ses réflexes d’isolement ?