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Corée du Nord : une station balnéaire titanesque et étonnante pour accueillir les touristes

Publié le

Rédigé par Salomé

La Corée du Nord a inauguré un ambitieux complexe touristique en bord de mer, censé marquer un tournant dans la stratégie de développement économique du pays. Mais derrière les toboggans et les hôtels flambant neufs, un tourisme sous haute surveillance.


Un site militaire transformé en station balnéaire

Une plage de sable fin s’étirant sur quatre kilomètres, une marina, des hôtels à la capacité d’accueil impressionnante, des restaurants, des bassins, des installations sportives et un parc aquatique : la station balnéaire de Wonsan-Kalma a des allures de destination de rêve. Pourtant, c’est bien en Corée du Nord que ce complexe vient de voir le jour. Situé sur la côte est du pays, à proximité de la cité portuaire de Wonsan, il a été inauguré le 24 juin 2025 en grande pompe par Kim Jong-Un, en présence de son épouse Ri Sol-Ju – une rare apparition publique – et de leur fille Kim Ju-ae.

Cette nouvelle infrastructure touristique, bâtie sur un site longtemps utilisé à des fins militaires, est décrite par l’agence officielle KCNA comme « une station culturelle de classe mondiale » et « un événement majeur et propice pour tout le pays ». Elle peut accueillir jusqu’à 20 000 visiteurs et ambitionne de devenir l’un des moteurs économiques d’un pays encore largement fermé sur lui-même.

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Un projet vitrine du régime

Ce projet pharaonique, annoncé dès 2018 et initialement prévu pour une ouverture en 2019, avait été repoussé à plusieurs reprises, notamment en raison de la crise sanitaire. Selon les médias sud-coréens, jusqu’à 150 000 personnes ont été mobilisées pour le chantier, dont environ 120 000 militaires. Le régime a vu grand, y voyant un levier pour relancer une économie étranglée par les sanctions internationales. Kim Jong-Un lui-même a qualifié le site de « l’un des plus grands succès de cette année » et a promis d’autres projets du même type « dans les plus brefs délais ».

Ce complexe jouxte l’aéroport international de Wonsan, modernisé pour l’occasion, et se trouve non loin des monts Kumgang, un autre haut lieu touristique potentiel. La région dispose désormais du statut de zone économique spéciale.

Des touristes russes, mais peu d’Occidentaux

Si l’ouverture aux visiteurs nord-coréens est prévue dès le 1er juillet, l’accès aux étrangers reste flou. À ce jour, seuls quelques groupes russes ont été autorisés à revenir depuis septembre 2023, signe d’un rapprochement stratégique entre Pyongyang et Moscou. Une agence de voyages basée à Vladivostok proposait même dès le début de l’année des séjours d’une semaine à Wonsan-Kalma pour environ 1 200 euros, avec pension complète et excursion à Pyongyang incluse.

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La venue de l’ambassadeur russe à l’inauguration en tant qu’invité d’honneur souligne encore davantage cette alliance renforcée, sur fond de guerre en Ukraine. Une liaison ferroviaire entre Moscou et Pyongyang, suspendue depuis cinq ans, vient d’être rétablie.

Pour les autres touristes étrangers, en revanche, l’horizon reste incertain. Le pays avait brièvement rouvert la zone touristique de Rason en février dernier, avant de la refermer sans préavis quelques semaines plus tard. Les conditions de visite sont par ailleurs extrêmement encadrées : seuls quelques voyagistes agréés dans des pays qui n’ont pas mis la Corée du Nord sur liste noire ont le droit d’opérer, et les visiteurs sont accompagnés en permanence par des guides officiels, avec des déplacements limités à certains sites.

Une vitrine plus politique que touristique ?

Le développement de cette station balnéaire dépasse largement la seule ambition touristique. Wonsan est une ville chère à Kim Jong-Un, qui y aurait passé une partie de son enfance. Elle incarne aussi une certaine vision du futur nord-coréen, moderne et tourné vers l’extérieur – du moins en apparence. Car malgré les images diffusées par la télévision d’État montrant une station flamboyante, le nombre réel de visiteurs étrangers à venir reste très incertain, tout comme l’ouverture effective du pays.

Le site lui-même n’est pas anodin : en face, une île criblée de cratères rappelle le passé militaire de la région, utilisée autrefois comme terrain d’essai pour les missiles et obusiers. Ce n’est qu’à partir de 2024 que le pays a commencé à relâcher timidement ses restrictions post-Covid pour certaines nationalités triées sur le volet.

Alors que les plages de Wonsan s’apprêtent à accueillir leurs premiers touristes nord-coréens, les observateurs s’interrogent sur le véritable objectif de cette station balnéaire. Coup d’éclat politique ? Tentative de diversification économique ? Ou simple vitrine destinée à masquer une réalité bien plus rigide ? Une chose est sûre : en Corée du Nord, le tourisme n’est jamais vraiment un voyage comme les autres.