La ville de Cannes, symbole du glamour de la Côte d’Azur, s’apprête à imposer des restrictions sévères aux navires de croisière, rejoignant ainsi le mouvement européen contre le surtourisme.
De nouvelles mesures contre les très gros paquebots
Alors que les touristes se pressaient encore sur la Croisette pour assister au Festival de Cannes et aux Cannes Lions, la municipalité a voté une décision qui pourrait marquer un tournant : à partir du 1er janvier prochain, les paquebots transportant plus de 1 000 personnes seront interdits d’accès au port de Cannes.
Cette régulation, qualifiée de « drastique » par les élus locaux, vise à limiter l’impact environnemental et esthétique des croisières massives, tout en conservant les retombées économiques qu’elles génèrent. La municipalité impose également une limite quotidienne de 6 000 passagers pouvant débarquer dans la ville, tous navires confondus.
Une réponse locale à un phénomène mondial
Cannes n’est pas un cas isolé. Plusieurs destinations européennes, de Venise à Nice, prennent des mesures similaires pour faire face à l’afflux de visiteurs, dont les effets se font de plus en plus sentir sur l’environnement, les infrastructures locales et la qualité de vie des résidents. La France, qui a accueilli près de 100 millions de visiteurs en 2023, est en première ligne de ces tensions.
La nouvelle réglementation cannoise s’inscrit dans cette tendance. Les bateaux dépassant la capacité autorisée devront désormais mouiller au large et transférer leurs passagers vers des embarcations plus petites pour rejoindre le rivage.
Pour le maire David Lisnard, l’objectif n’est pas de rompre avec le tourisme de croisière, mais de mieux l’encadrer : « Cannes est devenue une destination majeure des croisières, avec de réels bénéfices économiques. Il ne s’agit pas d’interdire les croisières, mais de réguler, d’organiser, de fixer des règles de navigation. »
Préserver l’esthétique et l’équilibre urbain
Avec une population d’environ 75 000 habitants, Cannes voit sa capacité d’accueil mise à rude épreuve pendant la haute saison. Les autorités locales mettent désormais l’accent sur un tourisme « moins nombreux, moins grand, moins polluant et plus esthétique ». Ces mots-clés traduisent une volonté de concilier attractivité touristique et respect de l’environnement urbain et côtier.
Les compagnies de croisières, de leur côté, ont exprimé des inquiétudes face à ces restrictions, considérées comme préjudiciables à la fois pour les voyageurs et pour les ports d’escale. Deux navires dépassant largement les nouvelles limites étaient encore attendus dans le port cannois ce week-end, avec à leur bord plus de 7 000 personnes. Leurs opérateurs n’ont pas encore réagi officiellement aux mesures adoptées.
Une mesure sanitaire indirecte ?
Au-delà des considérations environnementales, les croisières posent également des enjeux sanitaires, comme le rappellent certains experts. La promiscuité à bord peut favoriser la propagation rapide de maladies infectieuses.
« Les maladies infectieuses se propagent rapidement sur les navires de croisière car beaucoup de personnes partagent le même espace jour et nuit pendant une période prolongée et dans un contact relativement étroit », explique au NewYork Post le Dr Shalom Sokolow, médecin urgentiste au Phelps Hospital de Northwell. « Le norovirus, un virus gastro-intestinal, se propage très rapidement sur les navires de croisière », ajoute le Dr Eric Ascher du Lenox Hill Hospital.
Vers un tourisme plus raisonné ?
La décision de Cannes pourrait inspirer d’autres villes méditerranéennes soumises aux mêmes pressions. Elle illustre surtout une prise de conscience croissante : pour rester désirables, certaines destinations doivent apprendre à se faire plus sélectives. Le luxe de Cannes ne réside plus seulement dans ses hôtels ou ses tapis rouges, mais aussi dans sa capacité à préserver son cadre de vie, pour ses habitants comme pour ses visiteurs.




