Inspiré du Nutri-Score ou encore du DPE, un nouvel outil de mesure vient enrichir le débat autour de la pression touristique en France : le Touriscore. Élaboré par le site Ville de rêve, en partenariat avec le Collectif National des Habitants Permanents (CNHP), ce baromètre inédit classe les communes françaises de A à E, selon leur degré d’exposition au surtourisme. Une cartographie éclairante, qui replace la question de l’équilibre entre attractivité touristique et qualité de vie des habitants au cœur des préoccupations.
Un score basé sur quatre indicateurs clés
Pour évaluer cette pression, le Touriscore repose sur une méthodologie centrée sur quatre facteurs majeurs :
- Le taux de meublés touristiques, révélateur du nombre de logements retirés du marché classique ;
- La « prédation » des logements, mesurée via le ratio entre nouvelles annonces Airbnb et transactions immobilières ;
- Le taux de loueurs professionnels, défini comme les propriétaires possédant au moins trois logements sur Airbnb ;
- La densité de bars et restaurants par km², utilisée comme indicateur indirect des nuisances liées à la vie nocturne et à l’activité touristique.
Un classement par lettre (de A à E) permet ensuite de visualiser facilement l’intensité de la pression ressentie par les habitants, comme dans le cas du Nutriscore alimentaire.
Des villes « sous pression critique »
Sur les 17 villes classées dans les Bouches-du-Rhône et le Var, Aix-en-Provence, Marseille et La Ciotat obtiennent un Touriscore E, synonyme de pression maximale. Même constat dans les Alpes-Maritimes, où Nice, Cannes et Antibes figurent dans le top 3 des villes les plus affectées au niveau national. Ces communes cumulent les notes les plus élevées sur tous les critères, notamment en matière de meublés touristiques, prédation immobilière, concentration de bars et forte présence de multi-loueurs.
À Cannes, près de 25 % des logements en centre-ville sont aujourd’hui dédiés à la location de courte durée. À Nice, la densité de bars et restaurants dépasse les 500 établissements par kilomètre carré, un chiffre également atteint par Toulon.

Des impacts concrets sur le quotidien des habitants
Les conséquences de ce phénomène ne sont plus anecdotiques. À Aix-en-Provence, Patricia, résidente du centre historique, décrit une cohabitation difficile :
« Le soir et le week-end, c’est le cauchemar. Il y a des bars, restaurants, bars à chicha. Beaucoup de jeunes qui font la fête et qui boivent beaucoup. Je ferme les fenêtres et je mets de boules Quiès, mais parfois, je pense à déménager. »
À Aix, on compte 651 établissements (bars, restaurants…) par km². Marseille en recense 729, Toulon 775.
Ce foisonnement est aussi le reflet d’une économie locale très spécialisée dans le tourisme, parfois au détriment du tissu résidentiel. L’étude évoque une hausse des loyers, une raréfaction de l’offre locative longue durée, des nuisances sonores et une érosion des commerces de proximité. Entre 2021 et 2024, les annonces Airbnb ont bondi de 76 % en France, concentrant 90 % de l’augmentation de la capacité d’hébergement touristique.
Des villes mieux protégées
Tout n’est pas noir pour autant. Des communes comme Aubagne, La Garde, Grasse, La Seyne-sur-Mer ou encore Le Luc affichent des scores plus modérés (A ou B), traduisant une pression touristique limitée. D’autres, comme Hyères ou Cagnes-sur-Mer, obtiennent un score C.
Une étude controversée mais utile
Bien que le Touriscore soit salué pour son ambition de quantification, certains experts notent ses limites. La méthodologie reste focalisée sur l’analyse des meublés touristiques, négligeant d’autres sources potentielles de pression comme les excursions journalières ou les croisières.
La plateforme Airbnb a d’ailleurs rapidement réagi, rejetant une partie des conclusions de l’étude :
« Contrairement à ce qui est affirmé, un rapport récemment dévoilé par Airbnb montre que le surtourisme est principalement alimenté par les hôtels. En Europe, 80% des nuitées sont réalisées dans des hôtels – ces derniers représentant 75% de la croissance des nuitées dans les dix villes les plus visitées d’Europe entre 2021 et 2023. Airbnb a un impact limité sur les problématiques de surtourisme en France et contribue à répartir les bénéfices du tourisme dans 29.000 communes françaises. »
Une alerte pour les pouvoirs publics
Pour Jérôme Devouge, fondateur de Ville de rêve, l’objectif est avant tout de mettre à disposition des collectivités un outil d’analyse locale. Il précise dans l’Echo Touristique :
« Pour les collectivités locales, nous fournissons un outil qui leur donne accès à toutes les données et statistiques à l’échelle locale. Cette activité, en cours de développement, sera prochainement commercialisée. »
Face à l’accélération du phénomène, cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de régulation du tourisme urbain et de protection du logement abordable pour les habitants. Si le débat reste ouvert, une chose est sûre : les données sont là, et elles interpellent.




