Deuxième destination touristique de France après Paris, la Métropole Nice Côte d’Azur attire chaque année près de 10 millions de visiteurs. Mais face à un modèle jugé trop gourmand en ressources et en espace, la ville entame un virage décisif vers un tourisme plus raisonné. Christian Estrosi, maire de Nice, envisage plusieurs mesures pour enrayer le surtourisme et préserver la qualité de vie des habitants.
Des chiffres impressionnants, mais une pression croissante
En accueillant la dernière étape du Tour de France en 2024 puis la Conférence des Nations unies sur l’Océan (Unoc) en juin 2025, Nice a confirmé son rang de destination phare. L’événement international de l’ONU a mis en lumière l’attractivité de la Côte d’Azur, tout en soulignant ses contradictions : comment concilier rayonnement touristique et respect des équilibres environnementaux et sociaux ?
Les chiffres dévoilés par l’Office de tourisme métropolitain (OTM NCA) illustrent la puissance du secteur : 10 millions de visiteurs annuels, 22 000 emplois salariés (13 % des emplois privés de la métropole), 6,2 millions de nuitées hôtelières et 28 000 meublés touristiques recensés. À Nice, la taxe de séjour a rapporté 16,1 millions d’euros en 2024, dont près de 80 % dans la seule capitale azuréenne.
Pourtant, cette réussite économique se double de tensions croissantes. Le taux d’occupation moyen des hôtels s’élève à 70 %, les séjours restent courts (quatre nuits en moyenne), mais la ville voit sa population doubler en été. Résultat : saturation des infrastructures, hausse des prix immobiliers, et difficultés d’accès au logement pour les résidents.

Croisières, Airbnb, bus touristiques : les restrictions envisagées
Face à cette situation, Christian Estrosi assume un changement de cap. Dès janvier 2025, il a annoncé une série de restrictions visant les croisières. Désormais, le port de Nice n’accueille plus qu’un seul navire par jour, avec un plafond de 2 500 passagers, et un total de 65 escales par an. Un choix critiqué tant par les écologistes que par certains commerçants, mais qui témoigne d’une volonté de régulation.
Dans la continuité, d’autres mesures sont à l’étude. Le maire veut interdire l’entrée en ville aux bus de tour-opérateurs, leur imposant un stationnement en périphérie et l’utilisation des transports en commun pour leurs passagers. « Nous travaillons à l’élaboration d’un arrêté pour interdire au plus vite l’entrée dans Nice aux cars de tour-opérateurs : ils stationneront en périphérie et ses passagers prendront les transports en commun », a-t-il déclaré dans Nice-Matin.
Le secteur de l’hébergement n’échappe pas non plus à ce tournant. Alors que la demande foncière pour de nouveaux hôtels reste forte, le maire se montre prudent : « Je suis très sollicité pour du foncier en vue de nouveaux investissements hôteliers : je n’y suis pas forcément favorable. » Son objectif ? « Notre tourisme, c’est notre histoire, nos emplois aussi. Je veux le préserver mais en faisant moins et mieux. »
Airbnb, autre symbole de la transformation du paysage urbain, est également dans le viseur. La municipalité a limité à 90 jours par an la durée de location touristique des résidences principales et introduit des quotas dans les quartiers les plus tendus.
Objectif : un tourisme durable, maîtrisé et équilibré
Portée par une clientèle internationale, Américains, Britanniques et Italiens en tête, et dopée par les événements mondiaux, Nice veut aujourd’hui sortir du modèle du « tourisme de masse destructeur », comme l’ont décrit les experts du Plan Bleu lors de l’Unoc. La ville cherche à devenir une destination « quatre saisons », durable, respectueuse de ses habitants et de son environnement.
Pour Christian Estrosi, l’ambition est affirmée : « Le surtourisme, je n’en veux plus. Pas question de devenir Florence ou Rome ! »
Alors que la Métropole se prépare à accueillir les Jeux Olympiques d’hiver en 2030, la question du tourisme reste plus que jamais centrale. Nice réussira-t-elle à concilier attractivité mondiale et préservation de son identité ? La réponse dépendra de l’audace – et de l’efficacité – des mesures à venir.




