Actualités voyage

Naples fête ses 2 500 ans : entre renaissance culturelle et crise du tourisme de masse

Publié le

Rédigé par Romane

En 2025, Naples célèbre son 2 500ᵉ anniversaire. La cité campanienne, longtemps marginalisée par les guides touristiques qui la décrivaient comme « graveleuse », s’offre aujourd’hui un visage renouvelé. Ses ruelles baroques, ses catacombes antiques et ses palais renaissants attirent des millions de visiteurs, transformant la ville en l’une des destinations les plus dynamiques d’Italie. Mais derrière cette effervescence, l’overtourisme inquiète : explosion des loyers, disparition des habitants du centre historique et perte d’authenticité alimentent un débat de plus en plus vif.


Une ville en pleine lumière

Le centre historique de Naples, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, offre un condensé unique de 2 500 ans d’histoire. Sous ses ruelles étroites reposent des catacombes du IIᵉ siècle, ses églises recèlent des mosaïques paléochrétiennes et des toiles du Caravage, tandis que le somptueux Teatro San Carlo propose en 2025 une programmation spéciale anniversaire. Le Musée archéologique national inaugure une nouvelle aile, et le Museo di Capodimonte ouvre un espace dédié à la porcelaine.

Cette renaissance s’accompagne d’efforts pour améliorer l’image de la ville. Les autorités locales ont lancé un plan de modernisation de la collecte des déchets et les chiffres de la criminalité sont en baisse. Comme l’explique le directeur d’ASIA Napoli, l’organisme de gestion des déchets : « Nous annonçons l’arrivée de nouveautés importantes pour l’amélioration des services de collecte. Parmi elles, un nouveau site internet, la mise à jour des services de communication avec les citoyens, et l’installation progressive d’infrastructures technologiques pour l’élimination des déchets et le suivi de la collecte dans la ville. »

Une clientèle nouvelle : croisiéristes et voyageurs haut de gamme

Si Naples attire aujourd’hui plus de 14 millions de visiteurs par an, ce n’est pas seulement grâce à son histoire. La ville accueille désormais en moyenne trois paquebots de croisière par jour en été. Contrairement à Venise ou Santorin, sa taille lui permet de mieux absorber ce flux.

Parallèlement, le segment du luxe se développe. Le Romeo Hotel Napoli, avec sa terrasse signée Krug et sa vue sur le Vésuve, a ouvert la voie dès 2008. D’autres grands noms suivront bientôt, comme Radisson, Roccoforte ou Marriott. Le marché international répond présent : l’établissement a récemment accueilli le footballeur Scott McTominay et sa famille.

Vue sur la baie de Naples depuis les Rampe di Sant’Antonio a Posillipo – Crédits EyeM

Des visiteurs qui restent plus longtemps

Les arrivées ont bondi de 15 % entre 2023 et 2024, mais surtout, les séjours s’allongent. « Les gens venaient pour une ou deux nuits. Maintenant ils restent 4 ou 5 jours, utilisent Naples comme base mais explorent aussi la ville en profondeur », constate Inès Sellami, galeriste et hôtelière. Elle note aussi une diversification des nationalités, avec l’arrivée de voyageurs venus d’Australie, de Corée ou d’Amérique latine.

Pour de nombreux habitants, ce dynamisme a des aspects positifs. « Cela a apporté beaucoup d’énergie et d’opportunités. Des quartiers délabrés reprennent vie, de jeunes ouvrent des cafés, des galeries, des hôtels. Il y a une nouvelle fierté : les visiteurs apprécient nos traditions, notre cuisine, notre créativité », poursuit-elle.

À LIRE ÉGALEMENT :  Aéroport de Beauvais : record de fréquentation en 2025, mais la croissance ralentit sous l’effet des taxes

« Le centre historique est mort » : le revers de la médaille

Mais l’autre visage de Naples inquiète de plus en plus. L’essor des locations touristiques, notamment via Airbnb, provoque une crise du logement comparable à celle de Barcelone ou des Canaries. Selon une étude, entre 2015 et 2019, les annonces sur ces plateformes ont augmenté de 553 % dans les quartiers les plus fragiles économiquement.

Les loyers ont doublé en dix ans : un appartement dans le centre historique coûtait 550 à 600 € il y a dix ans, contre 1 200 à 1 400 € aujourd’hui. Pour beaucoup d’habitants, c’est insoutenable. Le taux de chômage des jeunes atteint encore 43 %.

Le sociologue et militant Francesco Calicchia tire la sonnette d’alarme : « Le centre historique de Naples est mort. Ces rues ne sont plus des quartiers. Il n’y a plus de Napolitains, plus de vraie vie. Elles sont devenues des terrains de jeux, des centres commerciaux à ciel ouvert. Le problème, c’est que ce type de tourisme n’est pas géré ni contrôlé. »

Chiara Capretti, conseillère municipale et membre de l’association Resta Abitante, ajoute : « Les locations de courte durée ont augmenté de façon exponentielle à Naples, comme dans d’autres villes italiennes… Il y a eu une augmentation notable des expulsions. »

Ces témoignages se multiplient. Giuseppe Giglio, travailleur humanitaire et guide à ses heures perdues, raconte avoir été évincé lorsque son propriétaire a transformé son immeuble en B&B. « J’ai tout perdu et j’ai dû loger chez des amis avec mon chat, jusqu’à retrouver un logement. Pendant un temps, j’ai littéralement vécu dans la rue. »

Entre fierté et inquiétude

Les habitants dénoncent aussi une perte d’authenticité. Des « traditions » inventées de toutes pièces par des influenceurs, comme la statue de Pulcinella dont on frotte le nez pour la chance, symbolisent cette dérive. « C’est ce que Naples est devenue : un supermarché à ciel ouvert pour des entreprises du Nord qui viennent ici prendre des morceaux de nos quartiers », regrette Calicchia.

Même le PDG de Visit Italy, Ruben Santopietro, sonne l’alerte : « Naples a été étouffée par le tourisme, presque jusqu’au point de non-retour. Une ville où les habitants ne sont pas satisfaits est une ville qui ne fonctionne pas… Dans cinq ans, 50 % des città d’arte (villes d’art) deviendront inaccessibles. »

Vers une nouvelle stratégie ?

Face à ces tensions, plusieurs voix appellent à repenser le modèle touristique. Inès Sellami plaide pour un tourisme plus qualitatif : « La clé, c’est de mieux répartir les flux, encourager les visiteurs à découvrir d’autres quartiers, améliorer les transports et la signalétique. Surtout, accueillir des voyageurs curieux et respectueux. Si nous leur montrons le vrai Naples, tout le monde y gagne. »

Pour l’heure, l’absence de législation nationale sur les locations de courte durée empêche les municipalités d’agir efficacement. La pression continue donc de croître sur les habitants, entre sentiment de fierté et crainte d’un avenir « vidé de ses Napolitains ».