Tourisme durable

Madrid frappe fort contre le surtourisme : fermeture inédite de locations touristiques pour préserver la vie privée des résidents

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Rédigé par Arthur

Alors que l’Espagne est confrontée à une montée des tensions liées au surtourisme, Madrid vient de franchir une étape symbolique et inédite. Pour la première fois, un tribunal de la capitale espagnole a ordonné la fermeture de dix appartements touristiques dans un même immeuble, non pas pour irrégularité administrative, mais au nom du respect de la vie privée des habitants. C’est une famille madrilène, résidant depuis quatre ans dans un immeuble du quartier central de La Latina, qui est à l’origine de cette décision qualifiée de « jugement pionnier » par son avocat


Des nuisances devenues insupportables

Le quotidien El Pais détaille un environnement devenu invivable pour cette famille, l’un des derniers foyers permanents au sein d’un immeuble de 60 logements, largement converti à la location de courte durée. Entre nuisances sonores récurrentes, saleté dans les parties communes et comportements inappropriés des locataires de passage, la situation a fini par engendrer de graves conséquences. Les témoignages font état de chariots de ménage laissés dans les couloirs, de serviettes jetées devant les portes, de fêtes nocturnes rythmées par des touristes ivres, et même d’actes sexuels dans les parties communes à toute heure du jour et de la nuit. « Même pour y avoir des relations sexuelles », a confirmé un policier cité dans les rapports.

Une famille à bout de souffle

Face à l’accumulation des nuisances et à l’inefficacité des amendes (plus de 16 000 euros infligés par la municipalité) ou des interventions policières, la famille a fini par porter plainte. Le jugement souligne que ces conditions de vie dégradées ont provoqué des « troubles du sommeil », une dégradation de la santé mentale, et même la perte de l’emploi de la mère de famille, victime d’un état dépressif. Le tribunal a reconnu l’impact psychologique majeur de cette cohabitation forcée avec le tourisme de masse.

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Une condamnation lourde pour les gestionnaires

Les quatre entreprises responsables de la gestion des dix appartements incriminés ont été condamnées à indemniser la famille à hauteur de 37 000 euros. Une somme dont une partie est destinée aux deux enfants, qui recevront chacun 9 833 euros. Surtout, le tribunal interdit désormais toute location touristique dans l’immeuble concerné, une mesure permanente.

Le contexte tendu du surtourisme en Espagne

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte de saturation touristique croissante en Espagne. Le pays bat des records de fréquentation, mais au prix de fortes tensions sociales et immobilières. En mai, le gouvernement espagnol a sommé Airbnb de retirer plus de 65 000 annonces jugées illégales, estimant que la multiplication de ces logements de courte durée aggrave la crise du logement.

Barcelone, elle aussi confrontée à ces dérives, a récemment décidé la suppression de 10 000 appartements touristiques d’ici 2029. L’objectif : restituer ces logements au marché résidentiel, afin de lutter contre la flambée des prix et permettre aux habitants de se loger dignement. Ibiza a, de son côté, mis en place une régulation du nombre de véhicules touristiques l’été, tandis que Palma de Majorque a vu ses habitants défiler dans les rues contre le surtourisme.

Un tournant pour les grandes villes touristiques ?

La décision madrilène pourrait bien faire jurisprudence. Alors que d’autres grandes métropoles comme Paris observent avec attention les moyens de réguler l’explosion des locations saisonnières, ce jugement inédit pourrait marquer un tournant. Il souligne, au-delà des régulations administratives classiques, la reconnaissance judiciaire du droit des habitants à vivre dans des conditions respectueuses de leur intimité, même au cœur des centres touristiques les plus prisés.