Dans le cadre de la stratégie régionale de développement du tourisme en Occitanie, le canal du Rhône à Sète, avec ses 65 kilomètres de parcours reliant le fleuve Rhône à la mer Méditerranée, se prépare à devenir un site majeur du slow tourisme. Après plusieurs années de réflexion et de concertation, l’infrastructure centenaire bénéficie désormais d’un projet de restauration ambitieux et d’une volonté affirmée de concilier préservation environnementale, développement touristique et maintien des activités de fret.
Une histoire vieille de plus de deux siècles
Lancé à la fin du XVIIIe siècle pour contourner le bras du Rhône et éviter les zones marécageuses de la Camargue, le canal du Rhône à Sète a été conçu pour relier le fleuve à la lagune de Thau, en passant par les étangs palavasiens. La première écluse de Beaucaire, ouverte au début du XIXe siècle, facilite l’accès à la mer Méditerranée. L’achèvement des 70 kilomètres du canal, vers le milieu du XIXe siècle, a permis de développer la navigation fluviale entre les ports de Sète et ceux du bassin Rhône-Saône.
Mais au fil du temps, l’infrastructure a souffert de l’usure, des apports de sédiments et du mélange d’eaux douces et salées, entraînant une dégradation progressive de la voie d’eau. Face à ces défis, un vaste programme de restauration a été lancé pour redonner au canal toute sa capacité d’emport sans pour autant passer à un grand gabarit, un projet qui devrait se concrétiser d’ici 2032.

Slow tourisme et développement durable : un équilibre fragile
L’un des enjeux majeurs de la restauration du canal du Rhône à Sète est de permettre son intégration dans la tendance actuelle du slow tourisme, un tourisme plus apaisé et respectueux de l’environnement. Comme l’a précisé Christophe Wendling, directeur territorial de Voies Navigables de France (VNF), « On ne vise pas un tourisme de masse mais plutôt un tourisme apaisé ! » Ce principe repose sur l’idée d’un tourisme écoresponsable qui met l’accent sur la préservation de la biodiversité, du patrimoine naturel et des paysages exceptionnels traversés par le canal.
Ce projet s’inscrit dans un contexte écologique particulier, le canal traversant des zones naturelles sensibles, notamment des lagunes méditerranéennes, riches en biodiversité. « Il s’agit d’un environnement sensible en termes écologique, de biodiversité et de paysage », a ajouté Wendling. La gestion des flux de tourisme et la coexistence avec les activités de fret, comme le transport de colis lourds, restent des priorités pour les acteurs locaux et les autorités régionales.
Un potentiel touristique en plein développement
Le canal du Rhône à Sète attire déjà une certaine population de touristes, surtout locaux ou régionaux. Selon les dernières estimations, l’activité touristique génère 17 millions d’euros par an et soutient environ 100 emplois directs. Toutefois, cette fréquentation reste bien en deçà de celle du canal du Midi, dont la notoriété est bien plus ancrée grâce à son statut de site classé par l’UNESCO. « Sa notoriété est à construire », souligne Marc Farré, directeur délégué du Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) Occitanie.
Pour répondre à ce défi, la région et VNF ont dévoilé une étude stratégique visant à structurer l’offre touristique de manière durable, notamment en développant le cyclotourisme et la navigation fluviale. « C’est un joli linéaire, surtout pour le vélo », précise Marc Farré au micro de La Tribune, tout en soulignant les défis liés au climat méditerranéen, qui rendra l’activité cycliste plus agréable durant les mois de juin et de septembre.
Les premières initiatives incluent la mise en place d’une continuité cyclable entre Beaucaire et Aigues-Mortes d’ici fin 2025 et le lancement d’événements comme « Canal en fête », prévu du 23 au 25 mai 2025, afin de promouvoir la région et ses atouts naturels.
Vers une double vocation : fret et tourisme durable
Le projet de restauration du canal ne se limite pas à l’aspect touristique. En parallèle, un volet important du plan vise à maintenir l’activité de fret, essentielle pour l’économie locale. Actuellement, environ 100 000 tonnes de marchandises transitent par le canal chaque année, mais l’objectif est d’atteindre un trafic de 500 000 tonnes dans les cinq à dix ans à venir. Cela s’accompagne de travaux pour sécuriser et restaurer les berges, tout en équilibrant les besoins du fret et du tourisme.
Ainsi, l’avenir du canal du Rhône à Sète repose sur la mise en place d’un modèle hybride où tourisme et transport fluvial cohabitent harmonieusement, avec une attention particulière à la préservation des écosystèmes environnants et à l’accueil d’un tourisme plus durable. Une véritable success story en devenir, où l’histoire et la nature se rencontrent pour offrir une nouvelle destination idéale pour les amateurs de slow tourisme.




