Des centaines de milliers de personnes ont défilé à travers l’Espagne pour protester contre la crise du logement, alimentée par la spéculation immobilière et la hausse des loyers, dont une partie est due au boom du tourisme. Ces manifestations, qui se sont déroulées dans 40 villes du pays, ont attiré l’attention sur les effets néfastes de la « touristification » des centres urbains, un phénomène où la hausse des locations de courte durée prive les habitants de logements abordables.
Les locations de courte durée en ligne de mire
Les grandes manifestations ont eu lieu à Madrid et à Barcelone, où des milliers de personnes ont marché pour demander des réformes et dénoncer l’augmentation des loyers. À Madrid, plus de 150 000 personnes se sont rassemblées, brandissant des pancartes avec des slogans tels que « Baissez les prix » et « Évitez Airbnb dans nos quartiers ». Les manifestants ont secoué des clés, symbole de leur frustration face à l’impossibilité d’accéder à un logement décent.
Les revendications sont claires : les Espagnols exigent une régulation stricte des locations de courte durée et des politiques plus équitables en matière de logement. À Palma de Majorque, la situation est particulièrement préoccupante, avec des loyers ayant augmenté de 40 % en cinq ans, atteignant 1 400 euros par mois pour un petit appartement, soit plus que le salaire moyen dans le secteur de l’hôtellerie, l’industrie principale de l’île.
Selon le syndicat des locataires de Madrid, plus de 1,4 million de foyers espagnols consacrent plus de 30 % de leurs revenus au logement. Ce chiffre a augmenté de 200 000 familles par rapport à la dernière décennie. Le problème touche particulièrement les jeunes, dont 85 % vivent encore chez leurs parents, faute de logements abordables. Mari Sanchez, une avocate de 26 ans, explique : « Je vis avec quatre personnes et je consacre encore 30 à 40 % de mon salaire au loyer. Cela ne me permet ni d’économiser, ni d’acheter une voiture. »
Des résidents mécontents
À Barcelone, où les loyers ont augmenté de 70 % en dix ans, les manifestants réclament une réduction de 50 % des loyers, des baux indéfinis et la fin de la spéculation immobilière. Jaime Palomera, chercheur à l’Institut d’urbanisme de Barcelone, souligne au micro de Reuters que « les riches sont devenus plus riches depuis la crise financière de 2008 et la crise du Covid, et ils ont utilisé cette richesse pour acheter de plus en plus de propriétés, ce qui a constamment fait monter les prix et accru les inégalités. »
La protestation a également pris une tournure locale à Majorque, où des groupes comme le syndicat de logement de Palma ont organisé une manifestation à Plaça d’Espanya le 5 avril. « Il y a des maisons vides alors que les gens ne peuvent pas se permettre de payer un loyer décent, avec des prix exorbitants dus à la spéculation immobilière et au tourisme de luxe », ont expliqué les organisateurs. Ils dénoncent la « touristification » qui empêche de nombreux habitants de trouver un logement stable, tandis que les maisons restent vides, destinées à des locations saisonnières.
Le président des îles Baléares, Marga Prohens, a récemment annoncé de nouvelles mesures visant à améliorer la situation du logement, telles que la transformation de terrains publics en logements abordables et l’allocation de terrains pour des logements à prix plafonnés. Cependant, les manifestants estiment que ces initiatives arrivent trop tard et demandent une mobilisation collective pour que le logement devienne un droit accessible à tous.
Cette crise a fait de l’accès au logement l’une des principales préoccupations sociales en Espagne, un problème dont les racines se trouvent dans les politiques favorisant la spéculation et le tourisme au détriment des besoins des résidents permanents. À travers ces manifestations, les Espagnols demandent des changements structurels dans un système où le logement est devenu un privilège réservé aux plus riches.




