Tourisme durable

Comino : de paradis méditerranéen à une île envahie par les touristes et les rats

Publié le

Rédigé par Salomé

Autrefois considérée comme l’un des plus beaux joyaux de la Méditerranée, l’île de Comino, située entre Malte et la Sicile, est aujourd’hui en proie à une crise écologique majeure. Ce petit bout de terre, célèbre pour son lagon aux eaux turquoise et son statut de réserve naturelle, subit les effets dévastateurs du surtourisme. Avec jusqu’à 10 000 visiteurs par jour en haute saison, la surpopulation touristique a entraîné une accumulation massive de déchets et une prolifération incontrôlée des rats, mettant en péril la biodiversité locale.


Une île envahie et défigurée

Réputée pour ses paysages de carte postale et sa présence dans des films cultes comme Le Comte de Monte-Cristo, Troy ou encore Swept Away, Comino a connu un essor fulgurant grâce aux réseaux sociaux. Mais cette popularité a un prix. Comme l’explique Mark Sultana, directeur général de BirdLife Malta, l’île est devenue un véritable « désastre » :

« Quand vous avez 10 000 personnes sur l’île, il y a du bruit, la végétation est piétinée et la quantité de déchets produite est un problème majeur. »

Le Blue Lagoon, autrefois paisible, est aujourd’hui bondé de touristes, de musique assourdissante et de déchets laissés sur les plages. Des stands de nourriture vendent cocktails et encas dans des ananas creusés, qui finissent ensuite abandonnés sur le sable, alimentant la prolifération des rongeurs.

Une invasion de rats qui menace la biodiversité

Avec la montée en flèche des déchets, la faune locale subit de lourdes conséquences. La surpopulation de rats menace les espèces indigènes, notamment les oiseaux marins comme le puffin Yelkouan, dont les œufs sont dévorés par ces rongeurs. Arnold Sciberras, expert en lutte antiparasitaire, alerte sur les dangers :

« Les rats rongent tout, du plastique aux câbles électriques, et peuvent transmettre des maladies par leurs morsures et leur urine. »

Les habitants et défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme. Certains décrivent une île devenue « une zone de chaos et d’ordures », où les plages sont envahies de transats, les chemins défigurés par les détritus et la nature étouffée sous le poids du tourisme de masse.

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Des mesures pour sauver Comino ?

Face à cette situation alarmante, le ministre du Tourisme de Malte, Ian Borg, a annoncé un plan pour limiter l’afflux de visiteurs. Son objectif est de réduire de moitié le nombre de passagers déposés chaque jour par les bateaux touristiques.

« Nous ne pouvons plus permettre aux opérateurs de déverser 700 à 800 passagers d’un coup sur un espace aussi réduit », a-t-il déclaré au Times of Malta.

Des organisations comme Moviment Graffitti ou Friends of the Earth Malta militent également pour un changement durable. Leur campagne « Ditch the Waste – Save Comino » bénéficie d’un financement de plus de 64 000 euros et vise à instaurer des pratiques écoresponsables, comme le recyclage des déchets, un système de consigne pour les gobelets et une meilleure gestion des kiosques de restauration.

La collecte Ditch the Waste – Save Comino a déjà collecté 64 570 € – Crédits Malta Environment

Un avertissement pour le tourisme mondial

Le cas de Comino est emblématique des dérives du tourisme de masse et pose une question cruciale : comment préserver un site naturel tout en permettant son accès aux visiteurs ?

Tandis que des mesures sont mises en place, l’île demeure un exemple frappant de ce qui arrive lorsque l’essor du tourisme dépasse les capacités écologiques d’un lieu. La prise de conscience doit être collective : touristes, autorités et opérateurs doivent repenser leurs pratiques pour éviter que d’autres destinations ne subissent le même sort.