Une nouvelle flambée de violences à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge suscite de vives inquiétudes chez les voyageurs. Alors que ces deux pays figurent parmi les destinations hivernales les plus prisées d’Asie du Sud-Est, la reprise des combats, fin décembre, interroge sur les conditions de sécurité réelles sur place et sur l’impact du conflit sur le tourisme.
Des combats localisés mais intenses à la frontière
Les tensions ont brusquement augmenté lorsque la Thaïlande a mené des frappes aériennes contre ce qu’elle présente comme des positions militaires cambodgiennes. Chaque camp s’accuse d’avoir ouvert le feu. Ces affrontements interviennent malgré un plan de paix négocié deux mois plus tôt sous médiation américaine, et après plusieurs mois de violences ayant déjà fait une quarantaine de morts et provoqué d’importants déplacements de population.
Selon les autorités, plus de 125 000 personnes ont trouvé refuge dans des camps côté thaïlandais, tandis que le Cambodge affirme avoir évacué plus de 21 000 habitants dans trois provinces frontalières. Les combats se concentrent principalement dans des districts reculés, mais certains heurts récents ont rapproché la zone de conflit de provinces thaïlandaises touristiques, notamment dans la région de Trat, non loin des îles de Koh Chang, Koh Kood et Koh Mak.
Vols maintenus, frontières terrestres fermées
Malgré ce contexte tendu, le trafic aérien reste opérationnel. Les vols entre Bangkok, Phnom Penh et Siem Reap continuent de fonctionner normalement, même si une partie de l’espace aérien demeure fermée jusqu’à nouvel ordre. En revanche, les frontières terrestres sont fermées dans les deux sens, empêchant tout passage par la route entre la Thaïlande et le Cambodge.
Les grands pôles touristiques, Bangkok, Phuket, Chiang Mai, Phnom Penh et Siem Reap, ne sont pas directement touchés par les combats. Les autorités locales et les professionnels du tourisme insistent sur le caractère très localisé des affrontements.
Le tourisme déjà fragilisé à Angkor
Sur le terrain, l’impact psychologique est toutefois bien réel, notamment au Cambodge. À Siem Reap, porte d’entrée des temples d’Angkor, la fréquentation touristique est en net recul. Les ventes de billets pour le site archéologique ont chuté de près de 20 % sur plusieurs mois, alors que le tourisme représente près de 10 % du PIB du pays.
Autour d’Angkor Wat, guides et commerçants peinent à maintenir leur activité. Bun R., guide touristique, confie au Figaro que ses revenus ont beaucoup baissé. Il explique n’avoir gagné que 150 dollars en décembre, contre 800 un an plus tôt.
Les chauffeurs de tuk-tuk, les agences de voyage et les transporteurs ressentent également le ralentissement. À Bangkok, les minibus reliant habituellement la capitale thaïlandaise à Angkor sont immobilisés depuis la fermeture des frontières. « On peut seulement leur répondre qu’ils ne peuvent pas y aller », explique Prasit C., patron d’une agence locale. « On ne sait pas du tout quand les voyages pourront reprendre ».
Des voyageurs partagés, mais globalement rassurés
Malgré tout, certains touristes maintiennent leur séjour. Dorothy, une Américaine en visite à Angkor, n’était « pas inquiète » avant son départ. Une touriste allemande confirme : « On est très heureux d’être venus et on se sent en sécurité pour l’instant », malgré des tirs d’artillerie signalés à moins de deux heures de route.
À Bangkok, Elliot, un Canadien de 35 ans, relativise également la situation : « C’est surtout à la frontière que c’est dangereux ». On ne ressent aucune menace ici ».
Ce que disent les autorités françaises et étrangères
Du côté des autorités, la prudence est de mise. Le Foreign Office britannique déconseille tout voyage non essentiel dans les zones frontalières concernées, en raison des combats en cours, de l’usage de l’artillerie et de la présence de mines non explosées. Plusieurs temples situés sur la frontière, dont Preah Vihear, sont fermés.
La France a, de son côté, renforcé ses recommandations. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille formellement tout déplacement dans une zone rouge allant jusqu’à 50 km de la frontière, et tout voyage touristique dans les zones dites rouge et orange, incluant certaines parties des provinces de Banteay Meanchey, Preah Vihear et Battambang. Les Français résidents sont appelés à limiter strictement leurs déplacements.
Faut-il annuler son voyage ?
À ce stade, aucune alerte générale ne vise l’ensemble de la Thaïlande ou du Cambodge. Les grandes villes et les stations balnéaires restent accessibles, mais les zones frontalières sont à éviter absolument. Les voyageurs sont invités à suivre de très près l’évolution de la situation et les consignes officielles, en gardant à l’esprit que les assurances et remboursements dépendent souvent des avis émis par les autorités nationales.
Si le conflit n’a pas encore mis le tourisme à l’arrêt, il rappelle à quel point l’équilibre régional reste fragile, et combien la prudence demeure indispensable pour tout projet de voyage dans la région cet hiver.




