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Taxes, quotas, IA, réalité virtuelle : les nouvelles stratégies des villes face au surtourisme

Publié le

Rédigé par Arthur

Venise, Barcelone, Amsterdam, Bali ou encore certaines destinations asiatiques cherchent désormais à maîtriser l’afflux de visiteurs qui fragilise leur environnement, leur patrimoine et parfois leur marché immobilier. Taxes, quotas, restrictions sur les locations touristiques, fermetures temporaires : les mesures se multiplient. Mais une autre voie se dessine également, fondée sur les données, l’intelligence artificielle et les expériences virtuelles. L’objectif n’est plus nécessairement d’attirer toujours davantage de touristes, mais de mieux répartir leur présence dans l’espace et dans le temps.


Quand le tourisme devient trop important pour les destinations

Le surtourisme ne se résume pas à une simple accumulation de visiteurs. Dans les destinations les plus fréquentées, la pression touristique peut se traduire par des rues saturées, davantage de bruit et de déchets, une pollution accrue ou encore une transformation rapide des quartiers.

Le phénomène touche aussi directement les habitants. Dans certaines villes, des logements autrefois destinés à la population locale sont convertis en hébergements touristiques, notamment lorsque la location de courte durée apparaît plus rentable. Cette évolution peut contribuer à réduire l’offre résidentielle et à accentuer les tensions sur les prix du logement.

Les espaces naturels sont eux aussi concernés. Les sentiers très fréquentés se dégradent, tandis que certains écosystèmes et habitats peuvent subir les conséquences d’une fréquentation excessive. Face à ces pressions, les autorités locales cherchent donc de nouveaux moyens de préserver leurs territoires sans renoncer totalement aux retombées économiques du tourisme.

Des quotas pour maîtriser les foules

Parmi les solutions les plus directes figure la limitation du nombre de visiteurs. À Athènes, l’accès à l’Acropole est notamment encadré par un système de réservation et une limite quotidienne de fréquentation.

D’autres destinations interviennent sur des sites particulièrement fragiles. À Maya Bay, en Thaïlande, la plage est fermée pendant une partie de l’année afin de permettre à l’écosystème de se régénérer. Depuis sa réouverture en 2022, la baignade y est interdite et la fréquentation quotidienne est limitée, avec une durée de visite encadrée.

Les fermetures peuvent également être beaucoup plus longues. L’île de Boracay, aux Philippines, avait ainsi été interdite aux touristes pendant six mois en 2018 dans le cadre d’une vaste opération de nettoyage et de restauration du littoral.

À Venise, les autorités ont choisi une autre approche en s’attaquant notamment au tourisme de croisière. Depuis 2021, les grands navires de croisière ne peuvent plus entrer dans le centre historique. À Dubrovnik, le nombre d’arrivées de navires est également encadré afin d’éviter que d’importants groupes de visiteurs ne se retrouvent simultanément dans la vieille ville.

Locations touristiques : les villes s’attaquent aussi au logement

Le contrôle des hébergements de courte durée constitue un autre levier majeur. Barcelone a annoncé la suppression, d’ici novembre 2028, des licences de plus de 10 000 logements autorisés à accueillir des touristes pour de courts séjours. Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large visant notamment à améliorer l’accès au logement pour les habitants, comme l’augmentation des taxes touristiques.

D’autres villes ont privilégié le gel des nouvelles autorisations. Dubrovnik a ainsi bloqué la création de nouveaux permis pour les locations de type Airbnb dans sa vieille ville.

Amsterdam cherche quant à elle à contrôler la capacité d’hébergement touristique. La ville a mis en place un principe de limitation du développement hôtelier, avec une logique de « un pour un » pour les nouvelles capacités.

Ces politiques illustrent un changement d’approche : la question n’est plus uniquement de savoir combien de visiteurs une destination peut attirer, mais aussi combien elle peut accueillir sans compromettre son équilibre résidentiel et urbain.

Les taxes touristiques se multiplient

Faire contribuer financièrement les visiteurs constitue une autre réponse adoptée par plusieurs destinations.

Le Japon a notamment augmenté la taxe touristique internationale, tandis que Bali applique depuis 2024 une contribution de 150 000 roupies destinée notamment à soutenir la préservation de l’environnement et de la culture.

Venise a également introduit un droit d’accès pour certains visiteurs à la journée. Le dispositif repose notamment sur un système permettant de vérifier que les personnes concernées ont bien acquitté la contribution.

Amsterdam, Barcelone et Paris ont de leur côté renforcé certaines taxes liées aux séjours touristiques.

Mais l’efficacité de ces prélèvements fait débat. Selon Joseph Cheer, professeur de tourisme durable à la Western Sydney University, une taxe modeste ne suffit pas nécessairement à dissuader quelqu’un de visiter une destination particulièrement convoitée. Pour être efficace, la fiscalité devrait donc s’inscrire dans une stratégie plus globale s’attaquant aux différentes causes de la saturation.

Amsterdam veut éviter de franchir un seuil critique

La capitale néerlandaise expérimente justement une approche davantage fondée sur la planification. Elle a abandonné les campagnes traditionnelles visant à attirer toujours plus de touristes et s’appuie sur son programme « Tourism in Balance ».

L’une des mesures centrales consiste à surveiller le nombre de nuitées. Lorsque celui-ci se rapproche de 18 millions par an, les autorités doivent envisager des mesures destinées à empêcher le franchissement du seuil de 20 millions.

Cette logique traduit une évolution importante du modèle touristique : au lieu de considérer l’augmentation permanente de la fréquentation comme un objectif, la ville cherche à définir une capacité d’accueil compatible avec la vie locale.

Le paradoxe des aéroports qui continuent de grandir

Ces politiques de réduction ou de régulation de la fréquentation se heurtent toutefois à une contradiction structurelle. Alors que certaines municipalités cherchent à ralentir les flux, les infrastructures aéroportuaires continuent dans plusieurs cas à augmenter leurs capacités.

À Venise, l’aéroport Marco Polo doit pouvoir accueillir à terme davantage de passagers qu’aujourd’hui. À Amsterdam, Schiphol développe ses infrastructures d’embarquement. L’aéroport international d’Athènes prévoit également une augmentation importante de sa capacité.

À Barcelone, le projet d’extension de l’aéroport d’El Prat a suscité de nouvelles mobilisations locales en septembre 2026. Pour ses opposants, le développement de cette infrastructure pose la question de la cohérence avec les politiques municipales destinées à limiter la pression touristique.

Ce décalage met en évidence la difficulté de gérer le surtourisme à l’échelle d’une seule ville. Les décisions concernant les logements, les sites touristiques et les visiteurs peuvent relever des autorités locales, tandis que les infrastructures de transport répondent à des politiques et à des intérêts qui dépassent largement le périmètre municipal.

Plutôt que moins de touristes, des touristes mieux répartis

Une autre tendance consiste à détourner une partie des visiteurs des destinations les plus saturées. L’Union européenne encourage ainsi une approche fondée sur un tourisme davantage équilibré, avec l’utilisation des données pour identifier les zones sous pression et orienter les voyageurs vers des territoires moins fréquentés.

L’idée est notamment de valoriser des villes secondaires, des régions rurales ou des territoires montagneux plutôt que de concentrer les visiteurs dans les mêmes capitales et monuments emblématiques.

Cette stratégie permettrait de répartir davantage les retombées économiques du tourisme tout en diminuant la pression exercée sur les sites les plus populaires. Des initiatives de transport touristique contribuent également à faire connaître des destinations alternatives.

À Copenhague, le dispositif CopenPay expérimente une autre forme d’incitation : certains visiteurs peuvent obtenir des avantages en échange d’actions considérées comme plus respectueuses de l’environnement, comme se déplacer à vélo ou participer à des opérations de ramassage de déchets.

L’intelligence artificielle pour éviter les heures de pointe

La technologie pourrait également modifier la manière dont les visiteurs se déplacent dans les destinations touristiques.

Les systèmes de collecte et d’analyse de données permettent aux autorités de suivre les flux et d’identifier les périodes durant lesquelles certains lieux risquent d’atteindre leur capacité maximale. Des capteurs et des caméras peuvent fournir des informations en temps réel sur la densité de fréquentation.

Ces données peuvent ensuite être utilisées pour prévenir les visiteurs, notamment via des applications ou les réseaux sociaux, et leur suggérer d’autres lieux ou d’autres horaires.

L’intelligence artificielle pourrait aller plus loin en combinant différentes sources d’information afin de proposer des recommandations personnalisées. Un voyageur pourrait ainsi être orienté vers une attraction moins fréquentée ou invité à décaler sa visite lorsque la concentration de touristes devient trop importante.

À Venise, des dispositifs de suivi des flux utilisant notamment des caméras et des données téléphoniques anonymisées permettent déjà d’observer la densité dans certaines zones et d’améliorer la gestion des foules.

vue de Venise

La réalité virtuelle, une autre façon de découvrir les sites saturés

La solution technologique ne consiste cependant pas uniquement à mieux répartir les visiteurs physiques. Elle peut aussi permettre de vivre une expérience touristique sans se rendre sur place.

La réalité virtuelle et la réalité augmentée offrent aujourd’hui la possibilité d’explorer certains lieux depuis son domicile. Le Louvre propose par exemple une expérience virtuelle autour de la Joconde, tandis que la Grande Muraille de Chine peut être découverte à distance grâce à des visites à 360 degrés.

Ces expériences se sont largement développées pendant la pandémie de Covid-19, lorsque les frontières et de nombreux sites touristiques étaient fermés.

Elles ne peuvent évidemment pas reproduire totalement l’expérience d’un voyage. Elles peuvent néanmoins constituer une alternative pour certains publics et, dans des sites particulièrement fragiles ou saturés, contribuer à réduire une partie de la fréquentation physique.

Les réseaux sociaux peuvent aussi devenir un outil de régulation

Le numérique présente un autre paradoxe : les réseaux sociaux contribuent parfois à rendre certains lieux célèbres du jour au lendemain, mais ils peuvent également servir à disperser les flux.

Les offices de tourisme et les organismes de gestion des destinations peuvent travailler avec des créateurs de contenu afin de mettre en avant des sites moins connus offrant des expériences comparables à celles des lieux déjà saturés.

Les plateformes numériques peuvent également diffuser des informations sur les comportements responsables : respect des habitants, protection des espaces naturels, limitation des déchets ou découverte des traditions locales.

L’enjeu consiste donc moins à combattre la technologie qu’à l’utiliser pour modifier les comportements qu’elle a parfois contribué à créer.

Vers un tourisme davantage piloté

Aucune de ces solutions ne semble pouvoir, à elle seule, régler la question du surtourisme. Une taxe ne suffit pas nécessairement à réduire les foules, tout comme une expérience virtuelle ne remplacera jamais complètement la découverte d’un monument sur place.

Les stratégies actuellement déployées dessinent plutôt un modèle combinant plusieurs leviers : limitation des visiteurs, contrôle des locations touristiques, fiscalité, régulation des croisières, fermeture temporaire de sites naturels, développement de destinations alternatives et utilisation croissante des données.

La question centrale pourrait ainsi progressivement changer. Pour les destinations les plus populaires, il ne s’agit plus seulement d’attirer des voyageurs, mais de déterminer quand, où et comment les accueillir dans des conditions compatibles avec la préservation du patrimoine, de l’environnement et de la qualité de vie des habitants.

Dans ce nouveau paysage touristique, l’intelligence artificielle, les données et la réalité virtuelle ne sont pas appelées à remplacer le voyage. Elles pourraient plutôt devenir des outils supplémentaires pour éviter que le succès des destinations les plus célèbres ne finisse par menacer ce qui fait précisément leur attrait.

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