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Au Vietnam, les villages misent sur le tourisme communautaire pour préserver leur identité

Publié le

Rédigé par Romane

Longtemps associé aux grandes villes, aux plages et aux sites emblématiques d’Asie du Sud-Est, le Vietnam cherche désormais à faire découvrir une autre facette de son territoire. Dans les villages ethniques, les campagnes agricoles et les espaces naturels protégés, le tourisme communautaire s’impose progressivement comme un moyen de voyager autrement. L’objectif : proposer des expériences plus authentiques tout en permettant aux habitants de préserver leur patrimoine, de développer leurs revenus et de devenir de véritables acteurs du tourisme.


Le Vietnam mise sur un tourisme davantage tourné vers les habitants

Le tourisme vietnamien connaît une évolution qui dépasse la simple découverte de monuments ou de paysages. Les voyageurs recherchent de plus en plus des expériences immersives, à taille humaine, permettant de rencontrer les populations locales et de mieux comprendre leur mode de vie.

Cette évolution favorise le développement du tourisme communautaire, un modèle dans lequel les habitants ne sont plus seulement les bénéficiaires des retombées touristiques, mais participent directement à la conception et à la gestion des activités.

L’intérêt est double. Pour les visiteurs, ces séjours offrent un accès à une culture et à des savoir-faire difficiles à découvrir dans les circuits traditionnels. Pour les communautés, ils constituent une source de revenus susceptible de compléter l’agriculture, l’artisanat ou d’autres activités locales.

Cette orientation prend une importance particulière alors que la demande pour un tourisme plus responsable progresse. Une enquête de Booking.com citée lors de l’International Travel Expo Ho Chi Minh City 2026 indique ainsi que 85 % des voyageurs accordent de l’importance à la durabilité et que 30 % privilégient les destinations considérées comme vertes.

Préserver les cultures locales grâce au tourisme

Au Vietnam, le tourisme communautaire présente un intérêt particulier dans les régions montagneuses et auprès des communautés ethniques minoritaires. Le principe consiste à valoriser ce qui existe déjà plutôt qu’à transformer profondément les territoires pour répondre aux attentes des visiteurs.

Maisons traditionnelles, vêtements, cuisine locale, artisanat, agriculture, fêtes, savoir-faire et paysages deviennent ainsi autant de composantes d’une expérience touristique.

Le projet national consacré au développement du tourisme communautaire entend précisément renforcer cette approche. Il prévoit notamment de soutenir des produits touristiques reflétant les caractéristiques culturelles et les modes de vie propres à chaque territoire, tout en favorisant l’emploi et l’amélioration des revenus locaux.

L’ambition est également de professionnaliser les villages et les activités touristiques, notamment dans les régions montagneuses et auprès des minorités ethniques. La formation aux métiers du tourisme, à l’accueil et à la gestion doit permettre d’améliorer la qualité des prestations sans perdre leur dimension locale.

Le défi consiste donc à trouver un équilibre : accueillir davantage de visiteurs sans transformer les villages en décors touristiques. La préservation culturelle ne peut être durable que si les traditions restent intégrées à la vie quotidienne des communautés.

Nặm Đăm, un exemple de tourisme communautaire réussi

Dans la province de Hà Giang, le village culturel et touristique communautaire de Nặm Đăm illustre concrètement cette démarche.

Situé à environ 45 kilomètres au nord de Hà Giang, dans le district de Quản Bạ, le village compte plus de 60 foyers et près de 300 habitants, principalement issus de l’ethnie Dao. Vingt-six familles participent aux activités de tourisme communautaire.

Le village attire notamment par ses maisons traditionnelles en terre, ses paysages et la possibilité de découvrir le quotidien et les traditions de la communauté Dao. Le tourisme y complète ainsi les activités locales tout en donnant une valeur économique à un patrimoine qui aurait pu progressivement disparaître.

Nặm Đăm a par ailleurs été distingué à plusieurs reprises par des prix touristiques de l’ASEAN, signe que ce type de modèle peut trouver sa place sur les marchés touristiques au-delà de la seule clientèle nationale.

De Lô Lô Chải aux villages de Tuyên Quang, des modèles qui se diversifient

Tuyên Quang figure aujourd’hui parmi les territoires qui cherchent à structurer cette offre. La province compte 54 villages présentant un potentiel pour le tourisme culturel communautaire, dont 28 répondent déjà aux standards nécessaires pour accueillir des visiteurs. Dix villages ou modèles de tourisme communautaire ont également obtenu une reconnaissance OCOP de trois ou quatre étoiles.

Parmi les exemples les plus visibles figure Lô Lô Chải, reconnu par l’Organisation mondiale du tourisme comme l’un des Best Tourism Villages 2025. Pả Vi Mông, Tha, Khâu Tràng et Nậm Hồng ont eux aussi développé des produits touristiques reposant sur leurs particularités locales.

Ces expériences soulignent une idée importante : il n’existe pas de modèle unique de village touristique. Chaque communauté doit identifier ce qui fait sa singularité, qu’il s’agisse d’un patrimoine architectural, d’une cuisine, d’un savoir-faire artisanal, d’une activité agricole ou d’un environnement naturel.

L’enjeu est ensuite de transformer ces ressources en expériences suffisamment structurées pour être proposées aux voyageurs, tout en conservant leur authenticité.

Quand l’agriculture devient une expérience touristique

Le tourisme communautaire ne se limite pas aux villages ethniques. Dans le sud du Vietnam, l’agriculture et les villages artisanaux constituent également une base importante pour développer des expériences durables.

La province de Đồng Tháp mise notamment sur cette complémentarité entre agriculture, culture et tourisme. Au cours des huit premiers mois de 2026, elle a accueilli environ 3,6 millions de visiteurs, dont près de 1,25 million dans des modèles liés au tourisme agricole et aux villages artisanaux. Les recettes touristiques ont atteint environ 1 900 milliards de dôngs, soit près de 72,8 millions de dollars.

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Cette stratégie permet de donner davantage de valeur aux productions locales et de créer de nouvelles sources de revenus pour les habitants. Une exploitation agricole, un atelier artisanal ou une spécialité culinaire deviennent alors non seulement des activités économiques, mais aussi des portes d’entrée vers la découverte d’un territoire.

Plutôt que de multiplier les nouveaux sites touristiques, les acteurs du secteur défendent désormais une autre approche : mieux valoriser les ressources existantes, leur donner une histoire et les relier entre elles sous la forme de circuits et d’expériences.

La nature au cœur du modèle

Le développement du tourisme communautaire s’accompagne également d’une volonté de mieux protéger les espaces naturels.

Dans le nord du pays, le parc national de Cuc Phuong constitue à ce titre un terrain d’expérimentation intéressant. Créé en 1962, il est le plus ancien parc national du Vietnam et abrite une biodiversité remarquable ainsi qu’un important patrimoine culturel.

La pandémie de Covid-19 avait durement affecté son activité touristique : en 2020, la fréquentation du parc avait diminué de moitié, avec des conséquences directes pour les communautés installées aux alentours.

Dans le cadre d’un projet mené par Planeterra avec l’Union internationale pour la conservation de la nature, quatre villages présentant un fort potentiel en matière de tourisme communautaire et d’impact socio-économique ont été identifiés autour de Cuc Phuong. Une enquête menée auprès de 185 habitants a montré un intérêt marqué pour le tourisme, mais aussi un accès encore limité aux marchés et une expérience réduite dans le secteur.

L’approche retenue place donc les habitants au centre du développement : comprendre leurs besoins, identifier leurs compétences et construire les futures activités touristiques à partir de leurs attentes plutôt que d’imposer un modèle extérieur.

Des infrastructures et des compétences encore nécessaires

Le potentiel du tourisme communautaire ne garantit pas à lui seul sa réussite. Pour transformer les ressources locales en véritable activité économique, plusieurs conditions doivent être réunies.

Les infrastructures constituent un premier enjeu. Routes, électricité, accès à l’eau potable, équipements collectifs et services de base doivent pouvoir accompagner l’accueil des voyageurs. La technologie peut également faciliter la gestion des destinations, leur promotion et leur mise en relation avec d’autres territoires.

La formation représente un autre volet essentiel. Le projet national prévoit notamment de développer les compétences en matière d’accueil, de gestion touristique et de service à la clientèle, tout en sensibilisant les professionnels aux questions environnementales et à la préservation du patrimoine.

Cette professionnalisation doit permettre aux villages d’améliorer leur visibilité et leur qualité de service sans standardiser leurs expériences.

Un tourisme qui doit profiter directement aux communautés

La question des retombées économiques est au cœur de la réflexion. Le tourisme communautaire n’est réellement durable que si une part significative de la valeur créée revient aux populations qui font vivre les destinations.

Cela suppose de favoriser l’emploi local, de vendre les productions agricoles et artisanales sur place, d’associer les habitants à l’hébergement et à la restauration et de développer des activités dont ils maîtrisent eux-mêmes l’organisation.

Le modèle défendu par les acteurs du secteur vise ainsi à créer un cercle vertueux : le patrimoine attire les visiteurs, les visiteurs génèrent des revenus, ces revenus contribuent à maintenir les savoir-faire et les paysages, lesquels renforcent à leur tour l’attractivité du territoire.

Cette logique rejoint les critères du programme Best Tourism Villages de l’Organisation mondiale du tourisme. En 2026, plus de 1 000 candidatures avaient été déposées dans le cadre du programme, tandis que 319 villages avaient été distingués et 83 autres, issus de 65 pays, participaient à un programme de montée en gamme.

Vers une autre façon de découvrir le Vietnam

Le développement du tourisme communautaire pourrait progressivement modifier la manière dont les voyageurs découvrent le Vietnam. Aux itinéraires classiques peuvent désormais s’ajouter des séjours dans des villages de montagne, des expériences agricoles, des rencontres avec des artisans ou des activités de pleine nature conduites avec les populations locales.

Cette évolution répond à une attente croissante des voyageurs, mais elle constitue surtout une opportunité pour les territoires ruraux. En donnant une valeur économique à la culture, à l’agriculture et aux paysages sans nécessairement les dénaturer, le tourisme peut devenir un outil de développement plutôt qu’une simple activité de consommation.

Le Vietnam semble ainsi privilégier une approche où la réussite touristique ne se mesure plus uniquement au nombre de visiteurs. La capacité à préserver les identités locales, à protéger les écosystèmes et à améliorer concrètement les conditions de vie des habitants devient progressivement un autre indicateur de succès.

Pour les voyageurs, cette transformation ouvre surtout la porte à une découverte plus intime du pays : un Vietnam où l’on ne vient plus seulement voir, mais aussi rencontrer, comprendre et partager.

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