À l’heure où les réseaux sociaux permettent de communiquer en permanence avec le monde entier, la solitude continue pourtant de gagner du terrain. Une étude internationale menée dans 36 pays révèle que le sentiment d’isolement ne dépend pas seulement du nombre de personnes qui nous entourent. Dans plusieurs sociétés réputées pour leurs liens familiaux et communautaires forts, de plus en plus d’habitants déclarent se sentir seuls, déconnectés ou incompris. Un constat qui met en lumière une réalité souvent invisible : il est possible d’être entouré sans pour autant se sentir véritablement connecté aux autres.
La Turquie et l’Inde en tête des pays les plus touchés par la solitude
Selon une étude publiée en 2026 par la plateforme de divertissement numérique JB.com, la Turquie est le pays où le risque de solitude est le plus élevé parmi les 36 nations analysées. Elle obtient un score maximal de 100 sur l’indice élaboré par les chercheurs.
L’Inde occupe la deuxième place avec un score de 89, suivie du Brésil (86), de l’Arabie saoudite (85) et de l’Afrique du Sud (83). Les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Australie et l’Indonésie complètent le top 10.
Pour établir ce classement, l’étude s’est appuyée sur plusieurs indicateurs : fréquence du sentiment de solitude ou d’isolement, niveaux de tristesse et de bonheur déclarés, prévalence de la dépression ainsi que certaines caractéristiques des ménages, comme la taille moyenne des foyers ou la proportion de personnes vivant seules.
Pourquoi se sent-on seul même entouré de proches ?
L’un des enseignements les plus marquants de l’étude concerne l’Inde. Malgré des structures familiales encore très présentes, le pays affiche l’un des niveaux de solitude les plus élevés au monde.
Près de 58 % des personnes interrogées déclarent ressentir de la solitude et 34 % disent se sentir isolées. Plus frappant encore, seuls 3,7 % des ménages indiens sont composés d’une seule personne et la taille moyenne des foyers dépasse quatre membres.
Pour les spécialistes, ce paradoxe démontre que la solitude est avant tout une expérience émotionnelle. Vivre avec sa famille ou être entouré d’amis ne garantit pas nécessairement un sentiment de connexion authentique.
Les experts interrogés dans le cadre de l’étude soulignent qu’une personne peut se sentir invisible ou incomprise même dans une pièce remplie de monde. La solitude correspond davantage à l’écart entre les relations que l’on souhaiterait avoir et celles que l’on vit réellement.
Un phénomène mondial qui dépasse le simple isolement physique
La Turquie illustre également cette tendance. Si 61 % des répondants y déclarent se sentir seuls et 45 % isolés, les chercheurs estiment que la déconnexion émotionnelle joue un rôle plus important que le fait de vivre seul.
Le Brésil présente lui aussi un profil intéressant. Plus de la moitié des habitants interrogés affirment ressentir de la solitude, mais les niveaux de satisfaction de vie restent relativement élevés. L’étude montre ainsi que bonheur et solitude ne sont pas nécessairement opposés.
En Afrique du Sud, 65 % des répondants indiquent éprouver de la solitude, soit la proportion la plus élevée parmi les principaux pays du classement. Pourtant, seuls 18 % se disent isolés. Cette différence suggère que la présence d’un réseau social ne suffit pas toujours à prévenir le sentiment de solitude.
La Corée du Sud figure également parmi les pays les plus concernés. Plus de 57 % des personnes interrogées y déclarent se sentir seules. Le pays se distingue aussi par la part importante de ménages composés d’une seule personne, qui atteint 36,1 %, le taux le plus élevé parmi tous les pays étudiés.
Les effets de la vie moderne et de l’hyperconnexion
Pour les professionnels de la santé mentale, la montée de la solitude reflète des évolutions profondes des modes de vie contemporains.
L’urbanisation, les déménagements fréquents, l’éloignement familial et la transformation des relations sociales contribuent à fragiliser les liens humains. Les jeunes installés seuls dans les grandes villes, les étudiants, les personnes âgées éloignées de leurs proches ou encore les personnes confrontées à des difficultés psychologiques figurent parmi les populations les plus vulnérables.
Les spécialistes mettent également en garde contre l’illusion de proximité créée par les réseaux sociaux. Si les outils numériques facilitent les échanges, ils ne remplacent pas nécessairement les relations profondes et significatives. Être joignable à tout moment ne signifie pas forcément être véritablement proche des autres.
Quand la solitude devient un enjeu de santé publique
Les experts alertent sur les conséquences potentiellement graves de la solitude chronique. Selon les données citées dans l’étude, les personnes souffrant durablement d’isolement émotionnel présentent un risque nettement plus élevé de développer une dépression.
Les effets ne se limitent pas à la santé mentale. Une solitude prolongée peut également favoriser le stress chronique, augmenter les risques cardiovasculaires, affaiblir le système immunitaire et accélérer le déclin cognitif.
Parmi les signaux d’alerte figurent le repli sur soi, la perte d’intérêt pour les activités sociales, les troubles du sommeil, la tristesse persistante ou encore le sentiment d’être un fardeau pour les autres.
Les pays les moins touchés par la solitude
À l’opposé du classement, l’Ouzbékistan et les Pays-Bas apparaissent comme les pays les moins concernés par la solitude. Ils affichent à la fois des niveaux d’isolement plus faibles et des indicateurs de bonheur plus élevés.
Le Canada et la Thaïlande figurent également parmi les pays où le sentiment de solitude semble moins répandu.
Ces résultats rappellent que la qualité des relations humaines compte souvent davantage que leur quantité. Dans un monde toujours plus connecté technologiquement, le véritable défi semble désormais être de préserver des liens sociaux authentiques et durables.




