Le Maghreb connaît une saison touristique 2025 contrastée. Alors que la Tunisie affiche des chiffres en hausse mais laisse perplexes ses commerçants, le Maroc traverse une phase de ralentissement préoccupante malgré des arrivées record.
Tunisie : un tourisme qui ne profite pas à tous
En Tunisie, le cap des 5 millions de visiteurs a été franchi fin juillet 2025, avec des recettes touristiques avoisinant les 900 millions d’euros. Pourtant, dans les souks de la Médina de Tunis, les commerçants disent ne pas ressentir cet élan.
Mohamed, vendeur depuis trois décennies, confie à RFI : « Honnêtement, je suis un peu choqué par les chiffres annoncés sur la reprise. On a tous entendu que cette saison allait être bonne, mais on tarde à le voir concrètement ici. » Selon lui, les touristes de croisières consomment peu et passent rapidement, tandis que ceux qui séjournent négocient âprement les prix.
D’autres, comme Abdelaziz Ben Jemaa, relativisent : « Moi, je suis dans la rue principale du souk et ma clientèle, c’est surtout la diaspora des Tunisiens de l’étranger qui viennent passer leurs vacances ici. C’est ça qui fait ma saison, rien d’autre. » Les transferts de cette diaspora pèsent d’ailleurs davantage dans l’économie que le tourisme, atteignant 1,3 milliard d’euros sur la même période. Ces constats arrivent alors que le pays prévoit de restreindre les possibilités de voyage sans passeport pour les touristes français.
Maroc : un ralentissement qui inquiète
Au Maroc, le constat est plus paradoxal. Sur les sept premiers mois de l’année, 11,6 millions de touristes ont visité le pays, soit une hausse de 16 % par rapport à 2024. Mais derrière cette croissance, la dynamique s’essouffle. Après un démarrage tonitruant (+27 % en janvier et avril), la progression a chuté à +6 % en juillet.
Pour l’expert en tourisme Zoubir B., cité dans le média TN, « au cours de l’été 2025, le secteur du tourisme a continué à enregistrer des performances. Mais ce qu’on remarque, c’est que le rythme de progression a diminué ». Selon lui, la hausse des prix a provoqué « beaucoup de discussions sur les réseaux sociaux », freinant l’attractivité du pays.
Les Marocains résidant à l’étranger, qui constituent une part essentielle des visiteurs estivaux, dénoncent particulièrement des tarifs d’hébergement jugés excessifs. Des vidéos virales ont illustré leur mécontentement, montrant des hôtels pratiquant des prix exorbitants sans amélioration des services.
Marrakech : un symbole fragilisé
Cette tendance se traduit fortement à Marrakech, l’une des vitrines touristiques du royaume. Selon un sondage de l’Association régionale de l’industrie hôtelière, la ville a enregistré une baisse de fréquentation de 30 % en juin dernier, touchant surtout les établissements 3 et 4 étoiles.
Ahmed Bennani, président de l’association, souligne que les promotions n’ont pas suffi à enrayer ce recul. Mustapha Amalik, secrétaire général du Conseil régional du tourisme Marrakech/Safi, confirme que cette « tendance est inquiétante », évoquant « une régression de 3 % des arrivées » cet été.
Les critiques abondent sur la qualité de l’expérience touristique : prestations jugées décevantes, prix trop élevés, voire pratiques abusives dénoncées sur TripAdvisor et autres plateformes.
Un modèle à réinventer
Entre Tunisie et Maroc, les constats convergent : si les arrivées progressent, la perception des professionnels et des visiteurs soulève de réelles interrogations. Inflation des prix, inadéquation de l’offre, dépendance à la diaspora : autant de signaux qui appellent à une refonte du modèle touristique maghrébin pour rester compétitif face aux destinations voisines et internationales.




