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Sobriété hydrique : le tourisme français se mobilise face à l’urgence climatique

Publié le

Rédigé par Arthur

Dans un contexte de raréfaction croissante de la ressource en eau, le secteur du tourisme français affiche sa volonté de changement. À l’occasion du deuxième anniversaire du Plan Eau, lancé en 2023 par le gouvernement, les principaux acteurs du tourisme ont dévoilé leurs feuilles de route pour contribuer à l’effort national de réduction de 10 % des prélèvements d’eau d’ici 2030.


Une impulsion gouvernementale

Réunis à Bercy le 24 avril, sous l’égide de Nathalie Delattre, ministre déléguée chargée du Tourisme, les représentants de l’hébergement, de la restauration, des sports de pleine nature, ainsi que des parcs de loisirs et sites culturels, ont présenté leurs engagements sectoriels. Pour la première fois, des plans d’action distincts ont été élaborés par chaque grande filière, avec une coordination assurée par la Direction générale des entreprises (DGE) et la Confédération des acteurs du tourisme (CAT).

Des usages très inégaux selon les filières

Selon une étude de la DGE, le tourisme est à l’origine de 335 millions de m³ de prélèvements d’eau chaque année. L’hébergement concentre à lui seul 59 % de cette consommation, suivi par la restauration (27 %), la production de neige artificielle (9 %) et les golfs (3 %). Des secteurs qui, bien que composés d’un nombre limité d’acteurs par rapport à d’autres industries, « exercent une pression forte sur la ressource ».

Des disparités marquées apparaissent au sein même des filières : les établissements haut de gamme tendent à consommer plus, tandis que dans la restauration, les volumes moyens par structure sont faibles, mais le nombre d’établissements est important. D’où la nécessité d’adopter des mesures adaptées à chaque typologie d’acteur.

Des mesures concrètes pour une transition durable

Les engagements pris se structurent autour de cinq axes majeurs : renforcer la sobriété hydrique, désigner des référents chargés de la coordination, développer l’usage de la donnée pour piloter la consommation, accompagner les professionnels et le public par la formation, et enfin, concilier performance économique et transition écologique.

Concrètement, les initiatives annoncées incluent l’intégration des professionnels du tourisme dans les instances locales de gestion de l’eau, la création d’outils de suivi et de détection des fuites, ou encore l’élaboration de guides de bonnes pratiques et de manuels d’« écogestes ». Certaines branches, comme la filière neige, se sont engagées à réduire de 10 % leur consommation par hectare de piste, tandis que les golfs viseront l’usage exclusif d’eaux non potables pour l’entretien de leurs terrains.

Pour Éric Abihssira, vice-président de l’UMIH et de la CAT, cette mobilisation s’inscrit dans une vision à long terme : préserver les ressources naturelles est une condition essentielle à l’attractivité touristique des territoires.

The Originals Hotels, un exemple d’engagement local

La coopérative The Originals Hotels illustre cette transition à l’échelle des établissements indépendants. Grâce à une subvention de 25 000 euros accordée dans le cadre de l’Appel à Manifestation d’Intérêt « Gestion des ressources en eau dans le tourisme », 62 hôtels du réseau vont bénéficier d’un accompagnement complet pour maîtriser leur empreinte hydrique. Entre diagnostics individualisés, modélisation des économies et formation en ligne des équipes, le dispositif – mis en œuvre avec l’éditeur Betterfly Tourism – se veut pragmatique et duplicable.

« Ce programme permettra à nos hôteliers d’accélérer leur transition et de participer activement aux objectifs de sobriété fixés pour l’ensemble du secteur », affirme Jérôme Andriot, responsable RSE de The Originals, Human Hotels & Resorts, dans la presse spécialisée.

Une mobilisation désormais indispensable

L’été 2022, marqué par une sécheresse sans précédent, a agi comme un électrochoc. Depuis, l’ensemble de la filière semble avoir pris conscience de la vulnérabilité du tourisme face au changement climatique. Stations de ski, campings, hôtels, parcs d’attractions : tous cherchent désormais à adapter leur modèle, sous peine de voir leur activité compromise.

« Nous devons faire front commun face au dérèglement climatique, mieux répartir les flux touristiques et préserver nos ressources naturelles, à commencer par l’eau », a déclaré Nathalie Delattre.

Reste désormais à transformer ces promesses en actions durables et mesurables. Car l’eau, devenue ressource stratégique, pourrait bientôt devenir un facteur décisif de compétitivité touristique.