Depuis près de trente ans, Eurostar est l’unique opérateur ferroviaire exploitant le tunnel sous la Manche, reliant le Royaume-Uni à l’Europe continentale. Mais cette situation de monopole touche à sa fin, grâce à des changements réglementaires et une demande croissante pour des alternatives de transport écologiques.
Une ouverture à la concurrence facilitée
Plusieurs obstacles ont longtemps freiné l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché, notamment des coûts élevés pour l’acquisition de trains conformes aux normes du tunnel (entre 35 et 60 millions d’euros par train), un accès limité aux infrastructures et des frais d’utilisation très élevés pour la ligne à grande vitesse entre Londres et le tunnel sous la Manche. Cependant, un rapport récent de l’Office of Rail and Road (ORR) du Royaume-Uni a statué qu’Eurostar doit partager l’accès au dépôt de Temple Mills, facilitant ainsi l’entrée de nouveaux concurrents.
Les nouveaux opérateurs prêts à défier Eurostar
Parmi les compagnies souhaitant profiter de cette ouverture, plusieurs se positionnent déjà comme des challengers sérieux :
- Virgin Trains : Soutenue par Sir Richard Branson, la compagnie prévoit d’investir 760 millions de livres sterling pour lancer des services entre Londres, Paris et Bruxelles d’ici 2028.
- Evolyn : Ce consortium franco-espagnol a déjà commandé 12 trains à grande vitesse à Alstom, avec une option pour 16 de plus, et vise un lancement d’ici 2026-2027 sur la ligne Londres-Paris.
- Gemini Trains : Dirigée par Lord Tony Berkeley, cette startup britannique envisage des liaisons vers Paris, Strasbourg, Cologne et Genève avec une flotte de 10 trains à l’horizon 2029.
- Heuro : Basée aux Pays-Bas et dirigée par l’ancien PDG de Thalys, cette entreprise veut proposer jusqu’à 15 trains quotidiens entre Londres et Amsterdam à partir de 2028, avec une expérience client haut de gamme et intégrée technologiquement.
- Midnight Trains : Initialement axée sur des trains-hôtels nocturnes en Europe, cette startup londonienne pourrait ressusciter ses ambitions de relier Londres à diverses destinations européennes.
Des destinations élargies et une expérience améliorée
L’ouverture à la concurrence signifie non seulement une baisse des prix, mais aussi une amélioration de l’expérience de voyage. Les destinations envisagées incluent Cologne, Lyon, Francfort et Genève, rendant les trajets plus directs et pratiques. Actuellement, ces villes sont accessibles en train depuis Londres, mais avec des correspondances souvent complexes. La simplification des trajets pourrait inciter davantage de voyageurs à choisir le rail plutôt que l’avion, une option plus respectueuse de l’environnement.
Un impact écologique et économique positif
La réduction des trajets aériens est un enjeu clé pour l’Europe, qui multiplie les initiatives pour limiter les vols courts. La France a déjà interdit certaines liaisons aériennes nationales lorsque des alternatives ferroviaires existent. De leur côté, l’Autriche et la Suède imposent des taxes et des restrictions pour encourager l’usage du train. L’augmentation de l’offre ferroviaire entre Londres et l’Europe s’inscrit dans cette dynamique en proposant une alternative plus verte et efficace.
Un avenir prometteur pour les voyageurs
Avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs, les voyageurs peuvent s’attendre à une meilleure compétition, des prix plus attractifs et un confort accru. Yann Leriche, PDG de Getlink (opérateur du tunnel sous la Manche), résume la situation à la BBC : « Nous souhaitons proposer des opportunités attractives en matière de mobilité à faible émission de carbone avec une gamme de nouvelles destinations en Allemagne, en Suisse et en France. »
Alors que les premières nouvelles liaisons pourraient voir le jour d’ici quelques années, l’époque du monopole d’Eurostar semble toucher à sa fin. Une bonne nouvelle pour les passagers en quête de choix, d’économies et d’une expérience de voyage réinventée.




