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De la Vallée des Rois aux soins médicaux : Louxor mise sur le tourisme de santé

Publié le

Rédigé par Arthur

Déjà réputée dans le monde entier pour ses temples et ses vestiges pharaoniques, Louxor entend désormais attirer une nouvelle catégorie de visiteurs : les patients internationaux. Comme nous l’avions évoqué dans un article précédent, l’Égypte développe son offre de tourisme médical avec l’ambition de rivaliser avec des destinations comme la Turquie et les Émirats arabes unis, en associant soins spécialisés, infrastructures hôtelières et découverte du patrimoine.

Louxor renoue avec une ancienne tradition de tourisme de santé

Le projet égyptien ne part pas de zéro. Dès le XIXe siècle, Louxor attirait des voyageurs européens et américains venus rechercher les bienfaits supposés de son climat chaud et sec, notamment pour soulager certaines maladies respiratoires. La ville accueillait alors des visiteurs qui pouvaient y séjourner plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Parmi eux figurait l’écrivaine et voyageuse britannique Lucie Duff Gordon, qui fit de Louxor sa résidence et y mourut. D’autres personnalités, comme Florence Nightingale ou Arthur Conan Doyle et son épouse, y séjournèrent également. L’essor de ces séjours liés à la santé avait même conduit Thomas Cook, alors acteur majeur des voyages sur le Nil, à ouvrir un établissement hospitalier destiné aux étrangers comme aux habitants locaux.

Plus d’un siècle plus tard, les autorités égyptiennes cherchent à s’appuyer sur cette histoire pour développer une activité beaucoup plus structurée : le tourisme médical international.

L’Égypte veut se faire une place sur le marché mondial

Le marché mondial du tourisme médical était estimé à environ 34 milliards de dollars l’an dernier par Grand View Research, selon les informations reprises par Bloomberg. L’Égypte souhaite capter une part de cette activité en s’appuyant sur plusieurs atouts : sa position géographique entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, son patrimoine touristique et culturel, ainsi que le développement de son secteur hôtelier.

L’objectif est de proposer aux patients étrangers une gamme de soins allant des interventions chirurgicales importantes aux soins dentaires et à la chirurgie esthétique. Les autorités veulent notamment se positionner sur des spécialités telles que la chirurgie cardiovasculaire, la chirurgie bariatrique, les interventions esthétiques, la procréation médicalement assistée et les soins dentaires avancés.

Cette stratégie vise notamment à renforcer la concurrence avec la Turquie et les Émirats arabes unis, déjà bien implantés sur le marché régional. Mais les autorités égyptiennes ne souhaitent pas simplement reproduire les modèles développés par ces deux pays. Selon Emre Atceken, cofondateur de la société londonienne WeCure, l’Égypte devra parvenir à construire une offre suffisamment spécifique pour convaincre des patients qui disposent déjà de destinations médicales établies.

Six hôpitaux dédiés à Louxor

Louxor occupe une place centrale dans cette stratégie. La ville possède déjà une importante capacité d’accueil touristique et bénéficie d’une renommée internationale grâce à des sites comme le temple de Karnak et la Vallée des Rois.

L’autorité égyptienne chargée des soins de santé, l’Egypt Healthcare Authority (EHA), développe parallèlement un réseau de services destinés aux touristes médicaux à Louxor, mais aussi à Assouan et sur la côte de la mer Rouge.

À Louxor, six hôpitaux disposent notamment de chambres ou de suites aménagées sur un modèle proche de celui de l’hôtellerie. Ils proposent des services spécialisés dans plusieurs domaines, parmi lesquels l’obstétrique, la pédiatrie et la radiologie.

L’idée défendue par les autorités est de rapprocher deux activités habituellement distinctes : le séjour médical et le voyage touristique. Un patient international pourrait ainsi venir en Égypte pour recevoir des soins, puis profiter, selon son état de santé et la durée de son séjour, des sites historiques et des infrastructures touristiques de la région.

« Un patient international peut recevoir des soins de santé avancés tout en profitant des attractions touristiques, culturelles et de divertissement », explique Ahmed El-Sobky, président de l’EHA.

Une fréquentation internationale en forte progression

Les premiers chiffres communiqués par l’EHA témoignent d’une hausse importante du nombre de patients étrangers pris en charge dans ses établissements. En 2022, ils étaient 2 075. En 2025, leur nombre est passé à 13 370, soit une progression considérable en trois ans.

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Ces patients représentaient environ 124 nationalités, originaires notamment de pays arabes et africains, mais aussi d’Asie, d’Europe et des Amériques.

La dynamique s’est poursuivie en 2026. Près de 8 000 patients étrangers avaient déjà été enregistrés dans les établissements concernés à la fin du mois de juillet.

Les recettes restent toutefois encore modestes à l’échelle du secteur. L’EHA prévoit environ 6 millions de dollars de revenus liés aux visites médicales en 2026, contre 3,8 millions en 2025. Il n’existe cependant pas encore de chiffre consolidé permettant de mesurer l’ensemble des revenus du tourisme médical en Égypte : les dépenses des patients sont réparties entre différents acteurs publics et privés et ne sont pas regroupées dans un système national unique.

5 000 nouveaux sites médicaux envisagés

Pour accompagner cette croissance, l’Égypte prévoit une importante extension de ses infrastructures. L’EHA, qui gère près de 400 établissements à travers le pays, parmi lesquels des hôpitaux, des laboratoires et des cliniques, prévoit d’ajouter 5 000 sites médicaux au cours des six prochaines années.

Le développement devrait notamment reposer sur des partenariats entre les secteurs public et privé. Les nouvelles infrastructures doivent répondre à une demande portant sur plusieurs spécialités considérées comme particulièrement recherchées par les patients internationaux : chirurgie cardiovasculaire, chirurgie bariatrique et esthétique, assistance médicale à la procréation et dentisterie spécialisée.

Les autorités ont également lancé des services numériques destinés aux patients étrangers. Présentés au Grand Egyptian Museum, ces outils doivent faciliter les démarches des visiteurs internationaux souhaitant accéder aux soins en Égypte.

Un développement qui soulève aussi des questions

Le développement du tourisme médical présente des avantages potentiels pour les patients comme pour l’économie locale, mais il comporte également des risques. L’Organisation mondiale de la santé et l’Association médicale mondiale soulignent notamment que l’économie réalisée grâce à des soins à l’étranger peut rapidement disparaître en cas de complication. Les questions de responsabilité et de prise en charge peuvent par ailleurs devenir complexes lorsqu’un problème survient après le retour du patient dans son pays.

L’essor du secteur soulève également une question à l’intérieur même de l’Égypte : celle de l’accès aux soins pour la population locale.

L’OMS souligne les progrès réalisés par le pays dans le développement de son système de santé, tout en relevant que l’accès aux soins reste inégal pour une population qui dépasse les 108 millions d’habitants. L’arrivée de patients internationaux pourrait accentuer certaines tensions si des médecins spécialistes, des chirurgiens ou du personnel infirmier quittaient en nombre le secteur public pour répondre aux besoins des établissements destinés à une clientèle étrangère.

L’EHA a parallèlement pour mission de moderniser les infrastructures publiques de santé. Une loi adoptée en 2024 permet notamment au secteur privé d’établir, de gérer, d’exploiter et de développer certains établissements médicaux publics.

Pour les acteurs du secteur, l’enjeu consiste donc à faire en sorte que les revenus générés par les patients internationaux contribuent également à l’amélioration du système de santé égyptien dans son ensemble.

Louxor, entre patrimoine et nouvelle vocation médicale

Avec ses temples antiques, ses tombeaux royaux et sa longue histoire touristique, Louxor dispose d’un argument difficile à reproduire ailleurs : la possibilité d’associer un séjour médical à une expérience culturelle exceptionnelle. Cette combinaison constitue précisément l’un des axes sur lesquels l’Égypte entend construire son offre.

Le pays dispose désormais d’un réseau médical en développement, d’une fréquentation internationale en hausse et d’un vaste programme d’investissement. Reste à transformer ces atouts en une véritable destination mondiale du tourisme médical, dans un marché où la Turquie et les Émirats arabes unis disposent déjà d’une solide expérience.

Pour Louxor, le pari consiste ainsi à faire coexister deux images de la ville : celle, historique, de la capitale touristique de l’Égypte pharaonique et celle, plus contemporaine, d’une destination capable d’accueillir des patients venus de l’étranger pour se faire soigner.

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