Longtemps associé à ses plages sauvages, ses volcans et son incroyable biodiversité, le Costa Rica veut désormais écrire une nouvelle page de son histoire touristique. Face aux défis environnementaux et à la pression croissante sur ses territoires les plus fréquentés, le pays fait le choix d’un modèle différent : attirer moins une clientèle de masse que des voyageurs prêts à vivre des expériences plus longues, plus responsables et à plus forte valeur ajoutée.
Le Costa Rica tourne le dos au tourisme de masse
Le Costa Rica renforce son positionnement comme destination premium, mais sans pour autant se limiter au tourisme de luxe. La stratégie portée par l’Institut costaricien du tourisme (ICT) repose sur une idée simple : privilégier la qualité des séjours plutôt que la seule augmentation du nombre d’arrivées.
Avec sa nouvelle campagne européenne « Empieza a vivir, Pura Vida » (« Commencez à vivre, Pura Vida »), le pays cherche à séduire plusieurs marchés clés, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suisse et le Royaume-Uni. Le message met en avant une approche du voyage fondée sur la reconnexion avec la nature, le bien-être, les rencontres locales et les expériences authentiques.
Cette orientation traduit une évolution profonde de la vision touristique nationale. Plutôt que de se présenter comme une simple destination balnéaire, le Costa Rica souhaite valoriser un voyage transformateur mêlant découverte des écosystèmes, immersion culturelle et respect de l’environnement.
Des voyageurs moins nombreux à rester longtemps, mais davantage enclins à dépenser
Les dernières données illustrent un paradoxe intéressant pour l’industrie touristique costaricienne : les visiteurs restent moins longtemps, mais dépensent davantage.
En 2025, les touristes arrivés par voie aérienne ont séjourné en moyenne 10,3 nuits dans le pays, soit la durée la plus basse enregistrée depuis le début de cette série statistique en 2006. En comparaison, la moyenne atteignait 12,2 nuits en 2024.
Pour autant, cette diminution du temps passé sur place ne s’est pas traduite par une baisse des revenus. La dépense moyenne par visiteur a atteint 1 848 dollars en 2025, contre environ 1 602 dollars un an plus tôt. Il s’agit du deuxième meilleur niveau enregistré en deux décennies, juste derrière 2023, année durant laquelle la dépense moyenne avait atteint près de 1 893 dollars.
Le profil du voyageur évolue donc : les visiteurs semblent privilégier des séjours plus courts, mais composés d’activités et de services à plus forte valeur ajoutée.
Une nouvelle clientèle attirée par des expériences exclusives
Cette évolution correspond au modèle touristique que souhaite développer le Costa Rica. Le pays ne cherche plus seulement à accueillir des voyageurs à la recherche d’un séjour économique, mais à attirer ceux qui souhaitent investir dans une expérience complète.
Les itinéraires privilégiés combinent généralement plusieurs facettes du territoire : exploration des parcs nationaux, observation de la faune, découverte des plantations de café, activités d’aventure, retraites bien-être, hébergements de charme, surf ou encore expériences culturelles auprès des communautés locales.
Cette stratégie ne vise pas uniquement une clientèle fortunée. Elle concerne aussi bien les familles, les retraités, les couples en voyage de noces, les amateurs de nature, les passionnés d’ornithologie, les surfeurs ou encore les travailleurs nomades à distance.
L’objectif est de séduire des voyageurs qui recherchent davantage de sens et d’authenticité dans leur séjour, plutôt qu’une simple consommation touristique.
Les marchés internationaux ne voyagent pas tous de la même manière
La transformation du tourisme costaricien s’observe également selon les pays d’origine des visiteurs.
Les voyageurs européens ont tendance à rester plus longtemps, notamment en raison de la distance qui les sépare du Costa Rica et de leur habitude de parcourir plusieurs régions lors d’un même voyage. Les touristes allemands affichent ainsi l’une des durées moyennes de séjour les plus élevées, avec environ 19,2 nuits.
À l’inverse, les visiteurs américains, qui représentent le premier marché touristique du pays, restent en moyenne moins longtemps, autour de 9,3 nuits. La facilité d’accès depuis les États-Unis favorise davantage les courts séjours, parfois concentrés autour d’une région ou de quelques activités.
Cette différence influence fortement les statistiques nationales et pousse le Costa Rica à rechercher un équilibre entre volume de visiteurs et niveau de dépenses.
Un positionnement plus cher assumé face aux enjeux économiques
Cette montée en gamme s’accompagne toutefois d’un défi majeur : le Costa Rica est devenu une destination coûteuse par rapport à plusieurs pays voisins d’Amérique centrale.
Le renforcement du colón face au dollar a également contribué à augmenter le prix ressenti des hôtels, restaurants, excursions ou locations de véhicules pour les visiteurs internationaux payant en devise américaine.
Pour les professionnels du tourisme, la situation est contrastée. Si les voyageurs continuent de dépenser davantage, les entreprises locales doivent aussi composer avec des coûts plus élevés, notamment pour les salaires, les services et les charges quotidiennes.
Le pays fait donc le choix de ne pas entrer dans une compétition par les prix. Il préfère renforcer son image de destination sûre, responsable et qualitative, fondée sur la richesse naturelle de ses paysages et la préservation de ses écosystèmes.
Le défi : faire profiter les territoires locaux de cette nouvelle dynamique
Cette stratégie touristique répond également à une nécessité environnementale. Le Costa Rica doit protéger des ressources naturelles qui constituent précisément son principal atout : forêts tropicales, zones côtières, volcans et parcs nationaux.
Une augmentation trop rapide de la fréquentation pourrait fragiliser certaines infrastructures et accentuer la pression sur les milieux naturels les plus sensibles. En attirant des visiteurs qui dépensent davantage sans forcément augmenter fortement leur nombre, le pays espère limiter les impacts du tourisme de masse.
Mais le succès de ce modèle dépendra de la capacité à répartir les bénéfices au-delà des grands hôtels et des zones les plus populaires.
Les petites entreprises familiales, les guides locaux, les hébergements indépendants, les communautés rurales et les projets de conservation devront eux aussi bénéficier de cette évolution. Pour les régions moins connues du pays, l’enjeu sera notamment d’encourager les voyageurs à sortir des circuits classiques et à découvrir l’ensemble du territoire.
Vers un tourisme plus responsable au Costa Rica ?
Le Costa Rica semble avoir choisi une voie singulière dans un secteur touristique mondial souvent dominé par la recherche de volumes records. Le pays mise désormais sur un visiteur plus engagé, prêt à consacrer davantage de budget à des expériences respectueuses de l’environnement et ancrées dans les territoires.
Reste à trouver le juste équilibre entre attractivité internationale, accessibilité et protection des ressources naturelles. Car l’avenir du tourisme costaricien ne se mesurera pas uniquement au montant dépensé par les visiteurs, mais aussi à la manière dont ces revenus contribueront à préserver le modèle écologique qui fait aujourd’hui la renommée du pays.




