Après des années de conflit et d’isolement, la Syrie enregistre une nette hausse de sa fréquentation touristique. Plus de 3,5 millions de visiteurs ont été recensés au premier semestre 2026, tandis que les arrivées internationales progressent à un rythme particulièrement soutenu. Le pays cherche désormais à transformer ce regain d’intérêt en véritable reprise économique, malgré des infrastructures encore limitées et des procédures d’entrée qui restent parfois difficiles à comprendre pour les voyageurs étrangers.
Un retour sur le devant de la scène
La fréquentation touristique syrienne connaît une progression spectaculaire en 2026. Selon les chiffres communiqués par le ministère syrien du Tourisme, 3,52 millions de visiteurs ont été enregistrés entre janvier et juin, contre 1,67 million sur la même période en 2025. La hausse atteint ainsi 111 % en un an.
Mais c’est surtout l’évolution de la clientèle internationale qui retient l’attention. Le nombre de visiteurs étrangers est passé de 131 000 à 719 000 en l’espace d’un an, soit une progression de 448 %.
Cette reprise intervient alors que les autorités cherchent à reconstruire un secteur touristique fortement affecté par plus d’une décennie de conflit et d’isolement économique.
Une clientèle internationale de plus en plus diversifiée
Le redémarrage ne repose pas uniquement sur les pays voisins. La Syrie constate une progression de la demande en provenance de plusieurs régions du monde, signe d’une ouverture progressive de son marché touristique.
La Turquie demeure l’un des principaux pays d’origine des visiteurs étrangers. Plusieurs marchés européens affichent également une demande en hausse, notamment l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Des voyageurs venus des États-Unis et du Canada sont également recensés.
Du côté des pays arabes, les arrivées ont progressé de 107 %. La Jordanie, le Liban et les États du Conseil de coopération du Golfe contribuent notamment à cette augmentation. Les autorités syriennes souhaitent désormais renforcer leur présence sur ces marchés, en particulier en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, considérés comme des destinations émettrices importantes en matière de tourisme.
La diaspora syrienne constitue par ailleurs une part majeure des déplacements. Quelque 2,13 millions de Syriens vivant à l’étranger sont venus dans le pays au cours des six premiers mois de 2026, soit 75 % de plus qu’un an auparavant.
Selon le ministre du Tourisme Mazen Al Salhani, cette diversification géographique est particulièrement importante pour l’avenir du secteur. L’objectif n’est plus seulement d’augmenter le nombre d’arrivées, mais de faire émerger une clientèle internationale plus large et plus durable.

Des chiffres qui dépassent déjà ceux du premier semestre
La dynamique semble s’être poursuivie pendant l’été. Les premières données communiquées par le ministère indiquent que près de trois millions de visiteurs supplémentaires auraient déjà été enregistrés au troisième trimestre.
Ces chiffres restent préliminaires, mais ils illustrent l’accélération du phénomène. Pour les autorités, l’enjeu consiste désormais à convertir cette demande en retombées économiques concrètes.
Le ministère souhaite ainsi suivre davantage d’indicateurs que le seul nombre d’entrées sur le territoire : dépenses des visiteurs, durée des séjours, nombre de nuitées, taux d’occupation des hôtels, emplois créés ou encore investissements réalisés dans le secteur.
Cette évolution traduit une volonté de mesurer la contribution réelle du tourisme à l’économie syrienne plutôt que de se concentrer uniquement sur les volumes de visiteurs.
Le manque d’hôtels devient un enjeu majeur
Cette croissance rapide se heurte toutefois à une difficulté très concrète : la capacité d’accueil reste limitée.
La Syrie compte actuellement moins de 20 000 chambres d’hôtel, selon les données du ministère du Tourisme. Près de 60 % d’entre elles appartiennent en outre aux catégories une et deux étoiles.
Les autorités cherchent donc à attirer des capitaux afin de développer de nouveaux établissements, mais aussi des complexes touristiques, des résidences avec services et différentes infrastructures destinées aux visiteurs.
Le défi est d’autant plus important que la progression de la demande semble actuellement plus rapide que celle de l’offre. Le développement de l’hébergement constitue ainsi l’une des conditions essentielles à la poursuite de la reprise.
Pour attirer des investisseurs et des professionnels internationaux, la Syrie a recommencé à participer à plusieurs grands rendez-vous du secteur, dont l’Arabian Travel Market et l’ITB Berlin. Des discussions sont également engagées avec des groupes hôteliers, des promoteurs, des entreprises de voyage et des investisseurs autour de projets et de partenariats.
Des liaisons aériennes et des paiements internationaux en reprise
La réouverture progressive de la Syrie aux voyageurs internationaux passe également par le rétablissement des connexions avec l’étranger.
Des compagnies aériennes européennes et du Golfe reprennent progressivement leurs liaisons avec le pays. Parallèlement, les travaux de modernisation de l’aéroport international de Damas se poursuivent.
Autre évolution importante pour les voyageurs : le retour progressif des paiements internationaux par carte. En août 2026, Visa a réalisé sa première transaction internationale en temps réel en Syrie. Mastercard et QNB ont également effectué la première transaction internationale Mastercard dans le pays depuis plus de quinze ans.
Ces avancées peuvent contribuer à réduire certaines difficultés pratiques auxquelles les visiteurs étrangers étaient confrontés et à faciliter le développement d’une activité touristique davantage tournée vers une clientèle internationale.
L’e-Visa reste un dossier à clarifier
Malgré cette réouverture progressive, l’entrée en Syrie demeure un sujet complexe pour les voyageurs étrangers, notamment en raison de la situation de l’e-Visa.
Une première plateforme de visa électronique avait été lancée en mai 2024. Elle permettait aux ressortissants arabes et étrangers de déposer leur demande en ligne. Le dispositif avait rapidement suscité de l’intérêt : plus de 8 000 demandes avaient été enregistrées dès la fin du mois de mai 2024, puis plus de 124 000 en août de la même année, selon des données citées par les médias syriens.
Le changement politique intervenu quelques mois plus tard a toutefois profondément modifié le contexte administratif. Le régime de Bachar al-Assad est tombé en décembre 2024 et Ahmed al-Sharaa a été nommé président de transition en janvier 2025.
Aujourd’hui, l’ancien portail électronique ne fonctionne plus comme auparavant. Lors de sa consultation en septembre 2026, il affichait simplement la mention « EVisa Coming Soon », sans permettre de déposer une nouvelle demande.
La situation est d’autant plus difficile à appréhender que les informations publiées par différentes autorités ne sont pas toujours parfaitement concordantes. Certaines sources consulaires continuent de renvoyer vers le portail électronique, tandis que d’autres indiquent des modalités différentes selon la nationalité du voyageur ou le point d’entrée en Syrie.
Les autorités syriennes ont toutefois confirmé qu’un nouveau système électronique faisait partie de leurs projets. Le ministre du Tourisme avait notamment indiqué en janvier 2026 que la mise en place d’un e-Visa, associée à l’amélioration des infrastructures aéroportuaires, devait faciliter l’arrivée des touristes.
À ce stade, aucun calendrier officiel précis n’a été annoncé pour son lancement.
Le patrimoine au cœur de la stratégie touristique
La Syrie ne cherche pas seulement à faire revenir davantage de visiteurs. Les autorités veulent également développer des expériences susceptibles de prolonger les séjours et d’augmenter les dépenses touristiques.
Le patrimoine constitue naturellement l’un des principaux atouts du pays. Un projet de développement doit notamment être présenté autour de la citadelle d’Alep afin d’améliorer les conditions de visite de ce site emblématique.
D’autres destinations patrimoniales et touristiques devraient progressivement faire l’objet de projets similaires, dans le cadre d’une stratégie visant à reconstruire un secteur touristique plus structuré.
Le gouvernement souhaite ainsi passer d’une logique centrée sur le volume des arrivées à une approche reposant davantage sur la qualité de l’offre, la durée des séjours et les retombées économiques.
Le Syria Travel Show, nouveau rendez-vous du secteur
Cette stratégie doit également être présentée lors du Syria Travel Show, organisé à Damas du 28 au 30 septembre 2026 sous l’égide du ministère syrien du Tourisme.
L’événement doit réunir des représentants de l’industrie touristique, des compagnies aériennes, des groupes hôteliers, des voyagistes, des investisseurs et des responsables publics.
Le programme prévoit notamment une intervention du ministre du Tourisme consacrée à la stratégie « Syria 2030 », ainsi qu’une discussion sur le cadre réglementaire nécessaire à la relance du secteur.
L’événement intervient à un moment charnière pour le tourisme syrien. Avec une fréquentation qui progresse rapidement, le pays doit désormais résoudre plusieurs questions structurelles : capacité hôtelière, transport aérien, infrastructures, investissements, paiements internationaux et procédures d’entrée.
La spectaculaire hausse du nombre de visiteurs constitue donc davantage un point de départ qu’un aboutissement. La capacité de la Syrie à transformer ce regain d’intérêt en une industrie touristique durable dépendra désormais de la rapidité avec laquelle ces différents obstacles pourront être levés.




